‹ Victor Hugo, le philosopheChapitre 40 sur 95 · Les Misérables, '6e partie, I · texte numérisé non relu

Les Misérables, '6e partie, I

■2. Pendant l'exil, discours prononcé par Victor Hugo à sa rentrée à Jersey en 1860 (époque de l'expédition des Mille). Notons, à la suite de ce discours, un toast d'une admirable éloquence, ému et touchant, a Jersey, a l'Ile, à son climat, à ses hommes, à son hospitalité.

vertes sur les seuils, les nations sœurs, les hommes justes, les vieillards bénissant les enfants, le passé aimant le présent, les penseurs en pleine liberté, les croyants en pleine égalité; pour religion le ciel, Dieu prêtre direct, la conscience humaine devenue V autel \ plus de haines, la fraternité de l'atelier et de l'école ; pour pénalité et pour récompense la notoriété ; à tous le travail, pour tous le droit, sur tous la paix, plus de sang versé, plus de guerres, les mères heureuses!... citoyens, où allons-nous? A la science faite gouvernement, à la force des choses devenue seide force publique, à la loi naturelle ayant sa sanction et sa pénalité en elle-même et se promulguant par l'évidence, à un lever de vérité correspondant au lever du jour \ »

Dans le même roman, et théorisant cette fois pour son propre compte : « Oui, l'énigme dira son mot, le sphinx parlera, le problème sera résolu. Oui, le peuple, ébauché par le xvm° siècle, sera achevé par le xixe. Idiot qui en douterait. L'éclosion future, Céclosion prochaine du bien-être universel est un pihénomènc divinement fatal*. »

1. Les Misérables, 'je partie, I, 5 : « Quel horizon on voit du haut de la barricade ».

2. Les Misérables, 4" partie, VII, i : >• les Deux devoirs : Veiller et Espérer ».

Au Congrès de la paix tenu à Lausanne, en 1869, Victor Hugo, président honoraire, adhéra aux principes professés par « ses concitoyens des Etats- Unis d'Europe », non pas simplement dans la partie utile et infiniment respectable de la propagande relative aux fédérations internationales et au but universel de la pacification, mais encore dans cette idée fausse que la paix doit suivre nécessairement la liberté, et dans cette illusion, que la paix définitive doit être obtenue par une dernière guerre. « La première des servitudes, écrivait-il de Bruxelles ', où il se trouvait alors, c'est la frontière... Effacez la frontière, otez le douanier, otez le soldat, en d'autres termes, soy^z libres; la paix suit. Paix désormais profonde. Paix faite une fois pour toutes. Paix inviolable... Qui a intérêt aux frontières? Les rois... Le jour où le peuple n'aura plus hors de lui l'homme de guerre, ce frère ennemi, le peuple se retrouvera un, entier, aimant, et la civilisation se nommera harmonie. »

Dans ce même congrès, où il se rendit, il prononça ces paroles : « La première condition de la paix, c'est la délivrance. Pour cette délivrance, il faudra, à coup sur, une révolution, qui sera la suprême, et peut-être, hélas! une guerre, qui sera

Page 1