L’Ane, I, Il et VIL; La fin de Satan, 2° livr., I
Dans des poemes de la plus belle époque du poete, on trouve des traits comme ceux-ci: Bion, « pénétré de jour », Epicure, « un des prétres de la joie »;« ce mot: Riez, écrit par Epicure », ete. Mais & propos d’ en qui est d’ailleurs pour Victor Hugo, — probablement & cause de sa grande et légitime admiration pour Lucréce, — un des héros de la pensée, comment ne pas noter Vétonnante, Vincroyable méprise de trois mots, dans ces vers (qui viennent ala suite d’un passage d'une grande beauté) :
Quand le Christ expira, quand mourut le grand Pan,
Jean et Luc en Judée, et dans (Inde Epicure,
Entendirent un cri d’inquiétude obscure; La terre tressaillit.... 4
La figure d’Kpicure se dessine évidemment pour le poete a la limite des connaissances géographiques, dans le lointain. Ou peut-étre savait-il ce qu'il en était réellement, mais son imagination, a ce moment, demandait autre chose. En ce cas, le trait n’en serait que plus: caractéristique.
Les mots, méme les noms propres, les noms historiques, et des plus illustres, semblent avoir exercé sur la sensibilité de Victor Hugo une action esthétique, toute matérielle, qui les lui recom-
41. Les Contemplations, Les Mages; La légende des siécles: La Trompetie du gugement : L’Année terrible; octobre, I.
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mandait indépendamment de leur sens, ou sur de vagues rapports. Quand il dit: « Je suis oiseau, | — comme cet étre qu’Amos révait », ce n’est pas — qu'il soit en effet question de cet étre dans le livre d Amos, mais c'est que ce nom: Amos, d’un prophéte, fait bien dans cet endroit. Il doit y avoir quelque chose du méme motif dans l’emploi et le retour de plus en plus fréquent en ses vers de certains mots qui lui sont chers, tels que farouche, énorme, formidable, immense, effaré, ravi, etc. Cest quelquefois, non toujours, la rime qui les ameéne; ils ont une valeur propre, un air imposant et superbe qui leur sert d’excuse pour se présenter sans qu’on ait besoin d’eux.
La mythologie aussi, instrument essentiel de la poésie et source des plus grandes beautés poétiques, tourne au pur amusement et se met a divaguer, sans le moindre respect pour le bon sens, quand Victor Hugo écrit — mais les vers sont bien jolis :
‘ Si Yeau murmurait : J’aime, il 1 la prenait au mot, Il saisissait l’?Ondée en fuite sous les herbes; Ivre de leurs parfums, vautré parmi leurs gerbes, Il faisait une telle orgie avec les lys, Les myrtes, les sorbiers, de ses baisers palis,
Et de telles amours, que, témoin du désordre, Le chardon, ce jaloux, s’efforcait de le mordre....
4. Il, le Satyre, dans le poeme de ce nom (Légende des siécles).
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Dans son William Shakespeare, voulant développer la these que la science va continuellement « se raturant », il accumule, en quatre pages d’exemples, des opinions plus ou moins ridicules, ou qu il se fait telles, qui ne sont pas proprement scientifiques, mais qui ont été tout individuelles et dailleurs discutées, contestées. Les savants sont, dit-il, corrigés par leurs successeurs, &]’exception de quelques-uns, « tels que Képler, Kuler, Geoffroy Saint-Hilaire et Arago », quin’ont apporte que de la lumiere. Les noms de ceux qui se sont trompés sont encore plus drédlement trouvés : c’est « Lagrange, avant-hier », auprés de « Cuvier, hier »; cest « Leibnitz avant Lagrange »,...
« Plotin avant Averroes »,... « Carnéade avant Empédocle » (!!!), « Thalés avant Pittacus, et, avant Thalés, Zoroastre, et, avant Zoroastre, Sanchoniathon ». Cela ressemble & une bouffonnerie. Cette chaine de noms remonte a Hermes et Orphée, dont l'un, dit-il, signifie science, et l'autre signifie art. Ils sont a la téte de cinquante et un génies, parmi lesquels figurent, avec Homeére et Job, Gutenberg et Montgolfier, Washington et Piranesi ', ce dernier sans doute & cause dun gout particulier qu’avait Victor Hugo pour la maniére de ce dessinateur.