William Shakespeare, conclusion, Ill
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Avec un poéte de cette tournure d’imagination, il ne faut pas s’attendre a l’observation vraie dans les choses de la nature. Ce n’est pas a lui qu’on appliquera cet éloge, autrefois mérité par [lomere : de Vexacte vérilé dans la représentation des phénomeénes naturels. Ce que Victor Hugo a vu comme curieux, actes ou paroles, il le rend avec une fidélité de mémoire dont il y a peu d’exemples. Le volume de ses Choses vues (posthume) contient des récits de fails, et des conversations reproduites, qu’on ne peut lire qu’avec la plus vive admiration; mais la ou il imagine, c’est-a- dire a peu prés partout, dans ses écrits, il devient indifférent a la vérité de fait, & observation vulgaire; il lui suffit d’étre frappé de ce qui lui vient a la pensée avec les mots, — faux, sil se trouve que ce le soit; exagéré, dans tous les cas, parce que lVidée le touche ainsi davantage; et enfin absurde, si quelque image lui vient, qui lui plait, en dehors des figures et métamorphoses de Yordre naturel des choses. C’est pour cela qu'un poete allemand célebre, et écrivain francais trés malicieux, a pu dire que Viclor Hugo était bossu! avec la bosse en dedans, a la vérilé, ce qui faisait qu’on ne s’en apercevait pas, mais trés certainement Jossu! Henri Heine mélait peutétre pas, de sa nature, sensible & la sublimité, qui rachtle,
& tant d’endroits, la difformité, saillante 4 quelques autres. Comme étranger, il ne pouvait l’étre aux merveilleuses qualités de style du créateur des rythmes nouveaux de la poésie frangaise.
Passons sans insister sur lVindifférence aux choses d’obseryation et & ce qui se rencontre ou non dans la nature; il y aurait trop de traits a remarquer, sans grande importance en euxmémes, et faux dans le fait imaginé. Mais une piéce entiére pivote parfois sur une idée fausse et prétentieuse :
Dieu! pourquoi Vorphelin, dans ses langes funebres, Dit-il : J’ai faim? L’enfant, n’est-ce pas un oiseau? Pourquoi le nid a-t-il ce qui manque au berceau? t La piece est belle, mais il n’est pas vrai que la nichée soit traitée plus favorablement par la nature que la famille humaine; ou si ce n’est pas cela que le pote veut dire, quest-ce donc? Dans un autre genre, il est regrettable de faire d’Octave lancétre de Marc-Auréle, ou de parler de lépoque de la paix romaine comme d’un temps de guerre universelle; dans un autre, de caraclériser bizarrement la poésie de Pétrarque par les expressions de few céleste, extase, sourire fatal; 4. Les Contemplations, Ill, 17. — Conf. III, 144, qui se termine
par un pur concetto : « Vous avez donc laissé la cage ouverte. »
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dans un autre encore, pour prouver que « dans tout grand écrivain il doit y avoir un grand grammairien, comme un grand algébriste dans tout grand astronome », de remarquer, a l’appui de cette derniére proposition, que « Lagrange contient Bezout » '. Lagrange, grand astronome contenant Bezout grand algébriste! C’est une faiblesse de parler de ce dont on n’a pas la plus légere notion, mais Victor Hugo eut coulume dy ajouter, particulitrement dans ses préfaces, et dans les plus anciennes, un certain ton dextréme fatuité, avec un étalage de modestie tres prétentieuse, qui produisait un effet d’agacement sur ses lecteurs les mieux disposés.
Aprés le chapitre des traits d'ignorance doit venir celui des puérilités, et, apres celui-ci, celui des absurdités. Ils seront assez remplis, tout en les abrégeant pour ne garder que des exemples bien caracléristiques de chaque sorte. Plagons dans la seconde catégorie la superstition des nombres bons ou mauyais. Victor Hugo en est tout halluciné; il maltraite le nombre sepé dans une occasion certes bien séricuse :
Sept, le chiflre du mal, le nombre ot Dieu raméne Comme en un vil cachot toute la faute humaine.
1. Pitié supréme; Fin de Satan; Chants ducrépuscule, XXXIV; Littérature et philosophie mélées, Préface.
Sept princes, Wurtemberg et Mecklembourg, Nassau, Saxe, Bade, Bavitre et Prusse, affreux réseau.
Ils dressent dans la nuit leurs tentes sépulcrales. Les cercles de ’enfer sont la, mornes spirales; Haine, hiver, guerre, deuil, peste, famine, ennui, Paris a les sept nceuds des téneébres sur lui.
Paris devant son mur a sept chefs comme Thébe 1,
Ailleurs, il se pose un point d’interrogation, mystérieux sur la rencontre dans laméme nuit de la naissance d’Alexandre et de incendie du temple d’Ephese *. Et quelle prétentieuse niaiserie que les quatre lignes placées solennellement sur une belle page blanche, pour servir de préface au poeme Religion et religions : « Ce livre a été commencé en 1870; il est terminé en 1880. L’an 1870 a donnéa la papauté Vinfaillibilité et & Pempire Sedan. Que fera l’an 1880? » L’an 1880 a donné cette préface au monde, et le povte avait soixante-dix-huit ans; mais il n’en avait que cinquante-trois Jorsqu’il écrivait au pied d'un dolmen, & l’heure de minuit, ces dix vers sur la création de la Grande-Ourse (& moins que ce ne soit de la Petite-Ourse). Le titre est Nomen, Numen, Lumen ® :
Quand il eut terminé, quand les soleils épars, Eblouis du chaos montant de toutes parts,