VIGNETTES, DOCUMENTS INÉDITS OU PEU CONNUS
Par van I3i}Dliopl:iile Cévenol.
Les premiers essais de Victor Hugo ont paru dans le Conservateur littéraire, recueil sur lequel Asselineau a donné des détails intéressants que nous jugeons utile de reproduire en partie.
« Le Conservateur littéraire. — Paris, Le Normand, Pichard, Pélicier, Ponthieu, 1819-1820 ; imprimerie Anthelme Boucher, in-8, 30 livraisons, formant 3 vol. de 404 et 416 pages.
(( Revue très rare et pièce essentielle à toute collection de romantiques un peu sérieuse. Elle a été fondée par Eugène et Victor Hugo, et rédigée, pour la plus grande partie, par celuici ; leur frère aîné Abel a quelques articles dans le troisième volume. Les autres collaborateurs étaient Ader, Théodore Pavie, J. Sainte-Marie, Jules de Saint-Félix, madame Tastu, Alfred de Vigny, A. Souillard Saint-Valry, Emile Deschamps, Jules de Rességuier, Alexandre Soumet; mais la bonne moi-
lié des trois volumes revient aux trois frères Hugo, et un entier au plus jeune.
« Sous le titre de Journal dea idées, des opinions et des lectures d'un jeune Jacohite, Victor Hugo a composé la première partie de son livre, Littérature et philosophie mêlées (18.1i), de fragments choisis, et atténués, de ses articles du Conservateur ; mais c'est dans le recueil même qu'il faut aller rechercher le polémiste et le poète satirique jacohite, dans toute la vivacité et la verdeur de ses opinions et de son talent; car le mot de génie n'a i)u être prononcé que quelques années plus tard : le jeune homme se montre ici d'une maturité surprenante, niais il ne s'agit pas encore de sublimité.
« A dix-sept ans, Victor Hugo se manifeste avec un fonds de lectures et de connaissances littéraires des plus riches, et il a beaucoup réfléchi.
« Le Victor Hugo du Conseruafewr persistant, faisait un fier journaliste; il a autrement tourné. Nous avons compté jusqu'à vingl-un articles signés V., des plus divers (i) et quelques autres, celui sur André Chénier, par exemple, sont signés E. ou H., sans préjudice du pseudonyme insolent de Pul)licola Petisot, au bas de deux lettres bouffonnes sur VArl politique, poème de Berchoux. La signature V.-M. Hugo ne se trouve en toutes lettres, que deux fois, pour la prose; l'auteur déclare dans une lettre à ses collaborateurs sur la Biographie nouvelle des contemporains, que comme il s'est vu forcé à quelques attaques un peu vives, il s'en rend responsable en signant.
(1) • Et pourquoi n'en pas donner la liste vraiment curieuse?
« Les Véiires siciliennes, de Casimir Uelavigne ; Louis /.V, d'Ancelol. — Trois ctiants de l'Iliade, en vers franrais, par A. Bignan. — Vie privée de Voltaire et de M— du Châtelet, lettres de M"* de Gratigny. — Méditations poèliqucs, de Lamartine.— Constant et Discrète, poème, par le comte Gaspard de Pons. — Charles de France, duc de Bi'rrij,sa. vse et sa mort, par M"', ancien oflicier d'artillerie. — Ivanhoe, pnv Wal 1er Scott. — Lalla lioukh, de Thomas Moore. — Œuvres posthumes de Jacques Delillc. — Mémoire», lettres et pièces authentiques touchant li vie et la mort de Mgr le duc de Bei-ry, par M. de Chateaubriand. — Mémoires pour servir à l'histoire de la maison de Condé. — Los l'suumes et EU^gics vendéennes, par Sapinaud de r.oishuguct. — Examen rritiiiur et complément des Dictionnaires Itisloriques les ]>lus répandus, par M. Barbier. -^ Collège royal de F'ranco, clôture du cours de poésie latine de M. Tissot. — Histoire de (Jil Bios, de M. le comte François de Neufchàteau. — Projet de proposition d'accusation contre M. le duc de Cazes, par M. Clausel de Cousserpues; Observations, par le comte d'.\rgout. — Mémoire pour le comte Dunnadieu ; Réponse, par M. de Saint-Aulaire. — L'Observateur au XIX' siècle, par Samt-Prosper. — liistoir-- générale de France, par M. Uufau. — l'oésies dç M"' Dcsbordos-Valmorc. — L'Émigré en 1794, drame.
« Le roman de Bucj-Jargal « extrait d'un ouvrage inédit intitulé les Contes sous la tente » a paru anonyme dans le tome II, du. Conservateur ; nous parlons plus loin de cette rédaction primitive.
« Les premières pages de chaque numéro étaient consacrées à la poésie; dans l'esprit des fondateurs du recueil, c'en était la partie maîtresse. Victor Hugo se fait ici, à bon droit, la part du lion, mais il faut convenir que ses vers de 1819 laissent aussi peu prévoir ceux des Odes et Ballades et des Orientales, que sa prose, celle de Notre-Dame de Paris.
(( Sept des pièces ou fragments poétiques qu'il a donnés au Conservateur ont trouvé place dans les éditions successives des Odes, mais dix ne sont pas entrées dans les œuvres, et ne se trouvent que dans cette revue ou dans les recueils qui l'ont copiée. Elles se divisent en : Satires politiques, Poésies diverses, Traductions du latin.
« Satires politiques, — L'Enrôleur politique, satire signée V.-^L Hugo ; près de 200 vers, jamais réimprimée.
« Épitreà Brutus, les Vous et les Tu, signée Aristide, réimprimée à moitié dans Littérature et philosophie mêlées.
« Poésies diverses. — L'Avarice et l'Envie, conte, signé d'Auverney ; réimprimé dans la Psyché, volume d'octobre 1829, et dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. Auverney ou Auverné est un village situé à douze kilomètres de Chàteaubriant, dans la Loire-Inférieure, où madame Hugo mère avait sans doute un bien patrimonial. On lit, au tome III du Conservateur, un Voyage à Auverney, signé J.-A., que l'auteur semble avoir fait en compagnie de d'Auverney, c'est-à-dire de Victor Hugo.
« Les derniers Bardes, poème ossianique, signé V.-H. Hugo ; reproduit dans le recueil de l'Académie des Jeux Floraux, de 1819, dans l'édition des Odes de 1822, mais non dans les suivantes, et en partie seulement, sous le titre Le dernier Barde, dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
« Ce que jaime, vers faits à un dessert, signés V. d'Auverney; reproduits dans le Chansonnier du gastronome, do 1831, dans ia Goguette, de iS^td, dans la Petite Bévue, du 10 juin 1805, et dans Victor Hugo raconté, etc.
<( Le Jeune Banni; Raymond à Emma, élégie, signée
— lu —
\.-M. lliij,ro; réiiupriiuée dans le recueil tic l'Acadéiiiie des Jeux Floiaux de 18'2(), et sous^lefilre de Raymond iVAscoli, dans l'édilion des Odes de 1822, seulement.
« Les Deux Ages, idylle, signée V,-M.^Hugo;§ reproduite sous le titre d'Id>jUe,\ dans l'édition des Odes de 1822, seulement, et dans Victor Hugo raconté, etc.
H Traductions du latin. — Lacus (extrait d'une traductiuii inédile de V lùtcide) :
« Jam primum saxis suspensam hanc adspice rupem
(lib. viii); si^^né M.-V. d'Auverney; non réimprimé.
« Achéménide ( extrait d'une traduction inédite de VKnéide):
a Interea fessos ventus cum solereliguit... (lib. m); signé M.-V. d'Auverney ; réimprimé dans Victor Hugo raconté, etc.
« L'A^itre des Cj/ciojjes^extrait d'une traduction inédite de YÉnéide) :
« Insula[Sicanium juxta latus Œoliara que « Erigitnr Liparen, fumatdihus ardua saxis... (lib.viii); signé M.-V. d'Auverney, non réimprimé.
« César 2}asse le Ruhicon (traduit de Lucain) : '
« Jam gelidas cursu Cœsar superaverat Alpes. . . {Phars., lib. i); signé M.-V. d'Auverney, réimprimé sous le nom de Victor Ilugo dans les Annales Roma^digues de 1833, auxquelles la Bibliographie Ta emprunté (p. 118).
<r Un exemplaire du Conservateur littéraire a été adjugé (l'Iiiver dernier) salle Sylvestre, au prix de 80 fr. L'adjudicataire, M. Paul L:icroix, était, il l'aut le dire, pcnit-ètre le seul dans rassemblée à connaître Timporlance et la rareté de ce recueil. »
Nous allons donner maintenant, en suivant l'ordre des dates, la suite des diverses publications de Victor Huyo.
Le Télégraphe, satire, par V.-M. Hugo.
Ici des machines qui parlent ; Là des bêtes que l'on adore.
Paris, Delaimay, 1819, in-8. 5 fr.
Le Génie, ode à M, le vicomte de Chateaubriand, par Victor-Marie Hugo. — Paris, Boucher, imprimeur-liljraire, 1821, in-8. 5 fr.
Buonaparte, ode, par M. Victor Hugo. — Paris, Pélicier, 1822, in-8. 5 fr.
Les destins de la Vendée, ode, par V.-M. Hugo. — Paris, Boucher (?) 1822 (?) in-8. 5 fr.
Ode sur la naissance de S. A. R. Monseigneur le duc de Bordeaux, suivie d'une Ode sur la mort de S. A. R. Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, fds de France ; par Victor-Marie Hugo, de l'Académie des Jeux Floraux. — Paris, 1822 (?) in-8. 5 fr.
Cette ode a été lue le 3 mai, à la séance de la Société des Bonnes-Lettres, présidée par M. le vicomte de Chateaubriand.
Odes et poésies diverses, par Victor-M. Hugo. — Paris, Pélicier, place du Palais-Pvoyal, n" 245. 1822, imprimerie de Guiraudet. 1 vol. in-18, de ij et 234 p. avec la table, couverture grise ; tiré à 500 exemplaires, et publié à 3 f . 50.
« Louis XVHI prit le volume, le regarda, l'ouvrit et dit : « C'est mal fagoté. Le volume, en effet, n'était pas pour les « bibliophiles. C'était un in-18, d'un papier gris sale, im- « primé en caractères de rebut, assez bon pour les vers. La « couverture, trop étroite, était ornée d'un dessin figurant un (( vase entouré de serpents qui voulaient sans doute être les « serpents de l'Envie, mais qui semblaient plutôt être les « couleuvres d'une pharmacie s'échappant de leur bocal. » {Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.)
Les pièces supprimées dans les éditions suivantes sont :
Raiwond d'Asaoli ; Les derniers Bardes' khjUe. Cette dernière pièce a été reproduite dans les Annales Romantiques, 1825, sous le litre : les Deux Afjes.
Ce petit volume est très recherché. 80 fr.
On en trouve des exemplaires non rog:nés, avec envoi auto j^raphe signé, particularité qui rehausse la valeur du livre, et (|ui est assez fréquente pour les ouvrages de V. Hugo, grâce à la libéralité du poète.
Han d'Islande. — Paris, Persan, 1823. Imprimerie Nicolas Vaurhisc. \ vol. in-12, brociiés. — T. I, vu et 31G p.; T. II, 237 p.; T. III, 237 p.; T. IV, 347 p. 100 fr.
Persan, un marquis ruiné qui s'était fait libraire et avait acheté à Victor Hugo Ihin d'Islande et la seconde édition des Odes, se contenta, pour le roman, de gros papier gris imprimé en tètes de clous. (Viclor Ilugo raconté, etc..)
L'ouvrage parut sans nom d'auteur. La suspension de paiements de l'éditeur arrêta la vente du livre et donna lieu à une polémique très acerbe entre lui et Tauteur, dans les journaux VEclair et le Miroir. Victor Hugo avait annoncé la mise en vente de la deuxième édition chez Lecoinle et Durey, tandis que Persan prétendait avoir encore en magasin 500 exemplaires, la moitié de l'édition originale.
Un article bienveillant de Charles Nodier dans la Quotidienne, au sujet de Ilan d'Islande, fut le point de départ de ses rapports avec Hugo et de l'étroite amitié qui les unit.
Odes, par Victor-M. Hugo. Seconde édition, augmentée de deux odes nouvelles. — Paris, Persan, rue de î"Arbre-Sec, n" 22 ; Pélicier, place du Palais-lioyal, n'^ 2i3. 1823. Inquimerif di- lîiisst lier. \ vol. in-18, broché, 20 Ir.
Nouvelles Odes, par Victor-M. Hugo.
,Vr//! canimus surdis.
Paris, Ladvocat. I82i. Imprimerie de J. Tastii. 1 v(tl. in-18, broché, de xxviij et 232 p. avec la table, 50 fr.
Vignette frontispice de Devéria, le Sijlphe, gravée par (lodefroy. — H y a des tirages de la vignette sur chine et av;int la lettre.
Odes, par Victor Hugo. Troisième édition. — Paris,
Ladvocat, 1825. Imprimerie de .T. Pinard. 1 vol. in-18, Lroché, 25 fr.
Vignette frontispice de Devcria, gravée par Mauduit : La Chauve-Souris.
« Un jour, Victor apporta à sa fiancée un papier soigneusece ment plié et épingle. Elle crut qu'il contenait quelque fleur « précieuse et l'ouvrit avec précaution : il s'en échappa une (( chauve-souris. Elle eut grand peur et ne pardonna cette « vilaine surprise qu'en lisant les vers écrits sur le papier : « La Chauve-Souris. »
Et chaque soir, rôdant sur le bord des abîmes, Jette aux vautours du gouffre un pâle voyageur.
(Victor Hugo raconté....)
Le sacre de Charles X, ode, par Victor Hugo. — Paris, Imprimerie Royale, 1825, in-4o, et aussi Paris, Ladvocat, éditeur au Palais-Pioyal, 1825, in-8 de 16 p., notes comprises.
Le titre est entouré d'un encadrement bleu. Le premier feuillet porte pour épigraphe, en caractères gothiques :
Os superbum conticcscat. — Simplex (ides acquiesçât Dei magisterio.
Que l'orgueil se taise. — Que la simple foi contemple l'exercice du pouvoir de Dieu.
Rare, . 15 fr.
Bug-Jargal, par l'auteur de Ha^i d'Islande. — Paris, Urbain Canel, 1826. Imprimerie de Lachevardière fds. 1 vol. in-18. de iv et 386 p.
Vignette frontispice de Devéria, sur chine, gravée à l'eauforte par Pierre Adam : Ilahihrah cherchant à entraîner Léopold d'Auverney avec lui dans V abîme. 40 fr.
Il a été tiré quelques exemplaires en papier vélin, devenus très rares. 70 à 80 fr.
La couverture porte l'avis suivant :
« N. R. Les amateui's qui seraient curieux de se procurer (( la traduction anglaise de Ha7i d'Islande, ornée de quatre <k gravures admirnbles de Cruiskhank, la trouveront chez le « même éditeur, au prix (h; 15 francs »
Bufj-Jargal avait été publié dans le Conservateur Littéraire de 1820, T. Il, livraisons 11, 12, 13 et 14; V. Hiijro signait souvent alors ses articles du pseudonyme de d'Auverney, nom du héros dans le Bug-Jargal de 1826.
Ce roman, composé en 1818 et reconnu par Victor Hugo comme son premier ouvrage, a été considérablement changé, remanié et augmenté en 182G. — Le héros primitif avait nom Delmar. Il a été, paraît-il, tiré à part quelques exemplaires du Bug-Jargal de 1820, mais nous n'en avons jamais vu.
Odes et Ballades, par Victor Hugo. — Paris, Ladvocat, 1820. Imprimerie de J. Tastu. 1 vol. in-18 de xx p. pour les IT, préliminaires et la préface (octobre 1826), et 238 p., table comprise. Broché. 80 fr.
Vignette frontispice de Devéria, gravée par Mauduit : Les deux Iles. Un nautonnier, dans un esquif battu par les vagues, contemple Napoléon debout sur un rocher, drapé dans son manteau, et se détachant sur un fond lumineux. — A la fin du volume, se trouve un feuillet pour Tannonce des œuvres de V. Hugo.
La Colonne de la place Vendôme, ode, par Victor Hugo. — Paris, Amltroisc Dupont. 1827. Imprimerie de .1. Tastu, in-8. 5 fr.
Une édition collective en 3 vol. in-12, des Odes, Nouvelles Odes, Odes et Ballades, fut publiée en 1827, par l'éditeur Ladvocat, mais c'est avec la troisième édition des Odes, celle de 1824 des Nouvelles Odes, et celle des Odes et Ballade>i, de 1826, que cette édition collective de 1827 a été formée. — On s'est borné à faire de nouveaux titres, et à interposer les |iréfaces d'un volume dans un autre; du moins nous avons vu celte interposition dans certains exemplaires.
Les 3 vol. brochés, 30 à 40 fr.
Croni"well, dramo, par Victor Hugo. — Paris, Ambroise Dupont, 1828. Impriinorie de .1. Tastu. 1 vol. in-8 d(> i.xiv p. pour la [)réface datée d'octobre 1827, et de 476 p. chilV. pour le drame et les notes.
Dédicace en caractères gothiques :