Victor Hugo
La première idée du travail que nous publions aujourd'hui nous a été aimablement suggérée par M. l'abbé Guibert, Supérieur du Séminaire de l'Institut Catholique et par M. Alfred Rébelhau. Ils ont fait plus : ils nous ont encouragé, aidé, réconforté au milieu des difficultés que nous avons rencontrées. Qu'ils daignent recevoir au début de cette préface, l'hommage de notre respectueuse reconnaissance et de notre sincère attachement.
Ils nous avaient dit : Etudiez, mais de près, les idées religieuses de Victor Hugo ; voyez si vraiment il fut un chrétien, un catholique, ou s'il n'en eut que les apparences, même aux heures rayonnantes de son printemps, alors qu'élève de Chateaubriand il montait, à sa suite, vers les voûtes immortelles », et que ses chants semblaient une prière au Dieu qui réjouissait sa jeunesse.
Le sujet était-il neuf ? Edmond Biré, dans Victor Hugo (tuant 1830, semblait avoir résolu la question. Pour lui, Victor Hugo fut royaliste et catholique sous la Restauration, quoiqu'il ait ensuite tourné le dos et au trône et à l'autel. M. Ernest Dubedout, au cours de son ouvrage Le Sentiment chrétien dans la poésie romantique, sans être aussi catégorique que Biré, a cependant cherché à prouver que le sentiment religieux a vivifié l'œuvre de Victor Plugo. M. Claudius Gillet (1), convaincu de la conversion du poète par Lamennais, parle de la ferveur du néophyte, dont l'imagination et la sensibilité vibrent, croit-il, aux appels de la foi et gardent l'ébranlement des méditations sur les fins dernières que lui a certai-
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n PRÉFACE
nement imposées son confesseur. Mais un autre témoignage, contraire, nous arrivait du passé, celui toujours considérable de Sainte-Beuve. Leurs relations s'étaient ébauchées à cette époque où Victor Hugo recevait encore l'encens des royalistes et des catholiques. Or, qu'a prétendu Sainte-Beuve ? Son ami, d'après lui, ne fut jamais qu'un « chrétien littéraire ».
On avait donc grandement raison de nous conseiller d'étudier une question qui était loin d'être résolue et dont plusieurs aspects nélaient pas encore suffisamment éclairés. Si Victor Hugo était allé de l'incrédulité à la foi, quels chemins avait-il suivis ? quel guide lui avait pris la main pour l'introduire dans l'Eglise, quelles raisons avaient dessillé ses yeux ? quelles causes avaient produit en lui ces évolutions successives dont les critiques et les biographes parlaient à l'envi ? Nous sommes donc parti à la poursuite de la vérité, assez confiant, nous devons l'avouer, dans les assertions de Biré, et cependant avec cette arrière-pensée que Sainte-Beuve pouvait peut-être n'avoir pas tort. Nous avons consciencieusement cherché l'évolution religieuse de Victor Hugo et les raisons qui l'avaient provoquée. Peu à peu les résultats inattendus, qui se dressaient devant nous, nous ont étonné ; nous étions en présence d'une apparente conversion et d'une évolution qui n'avait rien de réel et de sérieux. Il nous a fallu reconnaître en définitive que Sainte-Beuve avait vu clair dans l'âme de son ami et que, une fois de plus, le malin critique avait raison.
Comment sommes-nous arrivé à cette conclusion et quels ont été nos procédés dans la conduite de notre enquête ? Avouons -le : nous avons employé une méthode très positive, terre à terre, celle qui force l'auteur à marcher pas à pas avec toute la lenteur d'un éclaireur d'armée avançant avec précaution sur un terrain qu'il soupçonne couvert d'embûches : il fouille tous les bouquets d'arbres, tous les buissons, tous les replis du sol pour ne laisser derrière lui aucun ennemi qui puisse le prendre à revers.
PRÉFACE m
Pour être plus sûr de ne pas nous tromper, nous sommes remonté jusqu'aux ascendants de Victor Hugo, racontant ainsi « la préhistoire de son génie », comme nous le disaient nos conseillers. Nous avons fait des trouvailles intéressantes, qui nous ont renseigné sur les ancêtres maternels du poète. La famille Liberge, de Nantes, Mlle Claire Trébuchet, fille d'Adolphe Trébuchet, le cousin germain du poète, nous ont permis de consulter les papiers qu'elles conservaient' pieusement. Qu'elles reçoivent ici l'expression de notre vive reconnaissance.
A la Bibliothèque municipale de Nantes, M. Giraud- Mangin, obligeamment a guidé nos recherches dans la collection de l'érudit vendéen Dugast-Matifeux. Aux Archives départementales nous n'avons pas été moins heureux.
Nous avons pu ainsi consulter une abondante correspondance inédite, des documents manuscrits qui nous ont permis de mieux connaître Sophie Trébuchet et sa famille et de la présenter au lecteur sous un jour tout nouveau.
Nous avons lu avec un soin scrupuleux les Mémoires et les lettres du général Hugo, nous demandant quelle part il avait eue dans la formation des idées religieuses de son fils. Nous n'avons négligé ni les biographies, ni les livres de critique littéraire, ni les articles de journaux ou de revues qui, surtout depuis la mort du poète, ont été publiés. Les énumérer serait long et fastidieux : d'ailleurs, si quelques-uns sont le fruit d'un travail sérieux, beaucoup d'autres, des articles de revue en particulier, ont été écrits sans le moindre souci de l'exactitude scientifique : louange exagérée, blâme inconsidéré, voilà surtout ce que l'on y trouve.
Le travail nécessité par la lecture de tous ces ouvrages a été pour nous moins fructueux que l'étude des documents contemporains de Victor Hugo. Nous avons parcouru les journaux et les revues auxquels il a collaboré, qu'il a pu lire, pour voir en quelle atmosphère il a vécu, quelles idées étaient à la mode au moment de