SUR UNE JOLIE FEMME BORGNE DE UOEIL DROTI
DONT LE FIL5 l^TAIT BORGNE DE L*OEIL GAVCilF.
De rœil droit seul H jlas voit la lumière ; Glycéris de Toeil droit n'a jamais vu le jour; Donne, charmant Hylas, ton œil àvo'û à la niùro : Elle sera Vénus et tu seras TAmour.
Des improvisations :
IMPROMPTU FAIT A UN nESSERT.
D'attraits ravissants pourvue, Seule elle réunit tout; Ses appas charment la vue Et chacun vante son goût.
Sa peau veloutée et fraîche Joint toujours la rose au !}s.
Ce pourrait être Phyllis, Si ce n'était une poche.
Oi VICTOR HUGO RACONTÉ.
Beaucoup de charades :
J'achète mon second avecque mon premier Pour le voir à la fin mang<^ par mon entier.
(5oi*m.)
Jusqu'à des calembours, comme dans ce t'ouplet d'une chanson à boire :
Que la misère importune
Change en haillons mes habits;
Mon nez, malgré la fortune,
Sera brillant de rubis.
Le maître des dieux s*étonne
De me voir à son niveau :
Juplicr aima Latone,
Et moi, j'aime le tonneau!
Ce qui ressort le plus de tous les cahiers que j'ai pu lire, c'est la tendresse absolue du fils pour la mère. 11 ne volt que sa mère au monde; <*lle est de toutes les pages; il ne laisse jamais passer sa fôte ni le premier jour de l'an sans lui adresser des vers. Il lui dédie son opéracomique. Il ne peut s'habituer à vivre sans elle:
Séparé d'une tendre mère,
Privé du bonheur de la voir, J'exhale en soupirant un sombre désespoir.
Quel crime aï -je commis?
Le poète enfant a naturellement Topinion politique de sa mère; il ne fait que répéter ce qu'il lui a entendu dire. 11 n* avait jamais entendu autre chose ; M. Foucher était royaliste; Lahorie détestait Tempire; il , connaissait à peine son père, dont Timpérialisme , assez tiède dès Fabord et refroidi par la rancune implacable de Napoléon, n'aurait pu d'ailleurs combattre l'innuence quotidienne et passionnée de la mère.
L'enfant n'est donc que l'écho de la croyance maternelle : haine de la révolution et de l'empire, amour des Bourbons. Voici des vers faits quelques jours après la bataille de Waterloo :
Tremble 1 voici rinstant où ta gloire odieuse Subira du destin la main victorieuse.
Sombre, inquiet, en proie aux remords déchirants, Aux remords qui toujours poursuivent les tyrans, Tu voulus tout dompter dans ton brûlant délire , Et pour mieux raffermir tu perdis ton empire ; Mais, du sang des Français cimentant tes malheurs , Ta chute même, hélas! nous lit verser des pleurs! champs de Waterloo ! bataille mémomble !
Jour à la fois pour nous heureux et déplorable !
Un peu plus tard , il adressait ceci au télégraphe :
toi qui seul as pu, dans un siècle de sang, Servir tous les forfaits et rester innocent,
Discret avant-coureur de Tindiscrëte histoii^e. Télégraphe! où sont-ils les beaux jours de ta gloire? Sais-tu qu'il fut des temps où, du Nord au Midi, Tu suivais Theureux camp d'un despote hardi.
Quand, sur ton front muet posant ses pieds agiles, La Renommée errait sur tes tours immobiles Et disait dans un jour au monde épouvanté Ou le Kremlin en flamme ou le Tage dompté?
Mais aussi, lorsque enfin la Victoire inconstante Du conquérant farouche eut déserté la tente , Quand Dieu, plaignant Texil où languissaient nos lys. Eut repris son tonnerre à Taigle d'Austerlitz , Tu fus Fappui du Corse, et, mentant pour sa gloire, D'un revers en courant tu fis une victoire.
Tandis que par le froid, par le nombre accablés. Nos braves en cent lieux mouraient inconsolés. Tandis que ces guerriers d'une clameur funèbre Frappaient les bords du Don et les rives de l'Èbre , Grâce à toi, bien souvent, dans ce brillant Paris, Un pompeux Te Deum fut l'écho de leurs cris.
L'adoration de la royauté n*était pas moins éperdue que la haine de l'empire. Je remarque une chanson dont le refrain est Vive le roi! vive la France! une ode où la France appelle le duc d*Angoulême « le plus grand de ses guerriers, » et une autre ode sur « la mort de Louis XYII » antérieure à celle des Odes et Ballades ^ avec une épigraphe de Delille.
Sa première tragédie (à quatorze ans) est une restauration. Le royalisme y est sans bornes.
Zobéîr, roi légitime d'Egypte, a été dépossédé par l'usurpateur Actor; Irtamëne, ancien capitaine des gardes de Zobéîr, conspire son réUiblissement, le rappelle et soulève la population; malheureusement, Tinsurrection légitime est vaincue, et Irtamène, fait prisonnier, périrait, s'il n'était pas marié. Mais il a une femme dont le tyran est amoureux : Actor lui propose la vie en échange de sa femme. Irtamène rejette avec mépris ce marché de honte. Actor, ne pouvant le décider, s'avise de lui dire que Zobéir est prisonnier aussi et mourra s'il ne consent pas : alors Irtamène est déchiré entre son amour et son royalisme; le mari cède au sujet, et il conseille à sa femme... Que le lecteur se rassure, il ap-^ prend que Zobéir est libre , et s'arrête dans son conseil. — La tragédie a une telle foi dans les rois qu'il y a une scène où Zobéir, apprenant qu'Irtamène va être égorgé, s'introduit dans sa prison et lui offre de mourir à sa place. Tout finit par le châtiment de l'usurpateur et le couronnement du roi légitime.
Le dernier vers de la pièce résume parfaitement ce que l'enfant voyait alors dans le mot rovauté :
Quand ou hait les tyrans, on doit aimer les rois. Pour lui, les Bourbons apportaient la liberif».
On allait respirer après la longue oppression impériale. Je lis dans une Épttre à M. Ourry :
Peut-être tu me crois de ces vieux cacochymes, Nobles, et grands précheui's des anciennes maximes; Ourry, détrompe- toi : j'ai seize ans, et mes jours Dans une humble roture ont commencé leur cours; Je respecte la Charte et son frein salutaire; Je lis YEsprit des lois et j'admire Voltaire.
Il veut que la royauté soit le progrès :
Rions de ces cerveaux de préjugés imbus Pour qui nos arts nouveaux sont de nouveaux abus. L'un, sachant que F. — s'est couvert d'infamie, Proscrit avec F. — l'algèbre et la chimie; D'autres aimeraient mieux se voir, sans référés, Pendus au parlement qu'absous par les jurés; Tel enfin qui jadis, jouet d'un empirique.
Croyait mille vertus au baquet magnétique , Contre un remède utile aujourd'hui déchaîné.
Préférerait mourir à vivre vacciné.
Son royalisme était le royalisme voltairien de sa mère : le trône sans l'autel. On a vu qu'il « admirait Voltaire. » Le dimanche , pendant la messe, que la pension allait entendre h Saint- Germain -des -Prés, il employait tout 1(* temps à ruminer des vers, souvent fort peu orthodoxes , épigrammes , odes galantes traduites
«l'Horace, élégies, contes où, comme dans celuici, le fanatisme n'était pas mieux traité que la barbarie et que la guerre :
Sire Jupin, d'homërique mémoire,
Un certain soir ayant cuvé son vin ,
Las de Junon et fatigué de boire ,
Daigna jeter, dans son ennui .divin ,
Des yeux distraits (comme vous pouvez croire)
Sur le taudis du pauvre genre humain.
Il vit, hélas I sur ce globe de fange,
De cent forfaits un monstrueux mélange.
Là par un Grec c'est un vieux Turc volé ,
Et puis le Grec par son maître sanglé.
Et puis le Turc que le cadi foit vendre,
Puis le cadi par Fémir empalé,
Et puis rémir que le pacha fait pendre,
Puis le pacha, par le vizir pillé,
Livrant sa tête au fer d'un janissaire.
Et puis enfin le vizir étranglé
Par le sultan , dont il tua le père
Pour ce bon fils, qui se Test rappelé I
Ce que voyant, le dieu plein de colère
Se détourna vers de plus doux climats ;
Mais les humains peuplaient la terre entière ;
Aussi Jupin ne vit que des ingrats.
Là, sans aigreur, des moines, bonnes âmes.
Brûlaient en chœur, pour le sauver des flammes ,
Un homme atteint d'avoir mangé du gras.
Hurlant plus loin, maints furieux apôtres,
En bonnets noirs, en soutane, en rabats,
Se déchaînaient pour le grand saint Thomas ,
£t, glapissant d'obscures patenôtres.
Ennuyaient tout du bruit de leurs combats.
Jupin leur dit : Je ne suis pas des Tôtres.
Il Tit alors, sous Tœil d'un souverain.
Mille guerriers, tout cuirassés d'airain,
S'entre-tuer pour arracher à d'autres
Un tas de boue aussi grand que sa main
(Sa main, je crois, en vaut bien deux des nôtres}.
Par instants il en voulait à cette politique qui Tarait pris tout enfant et qui accaparait si égoïstement Fattention universelle :
— Bonjour, mon cher. — Entrez, Damon, je vous salue ; Votre femme?... — L'on dit l'affau-e résolue,
La loi vient de passer. — Voire fils?... — A propos. Mina des insurgés veut quitter les drapeaux.
— Votre père?... — Merci. Lisez -vous les gazettes?
— Non, mais... — Je suis au fait des intrigues secrètes. Et vous , rien de nouveau ? — Si fait , j'ai , ce matin , Relu... — Vous avez lu le dernier bulletin ?
Rien de piquant. Pour vous, comment vont les affaires?
— Assez bien. Mon volume est chez tous les libraires. Et puis, j'ai, ce matin, tiré de mon cerveau
Le plan d'un nouveau drame... — Ainsi rien de nouveau? Serviteur! — Insolent!...
L'auteur des pièces militaires que jouait el applaudissait la pension n^était pas pour s'en tenir à une seule tragédie. Il était poussé ver>
Tart dramatique, par son instinct d'abord, et puis par le théâtre de Voltaire, que lui avait donné autrefois le général Lahorie et qu'il avait dévoré , dans sa maladie , de Mahomet aux Guèbres et de Zaïre à Nanine. Deux ans après Irtamëne, il commença une nouvelle tragédie, Alhélie ou les Scandinaves^ parfaitement régulière , en cinq actes, avec unités de temps et de lieu, songe, confidents, etc. Mais il avait déjà quinze ans alors , il s*en dégoûta en la faisant et n'alla pas plus loin que le second acte. 11 se mit à écrire un opéra-comique, A quelque chose hasard est bon; puis il se tourna vers le drame, et fit la pièce suivante , curieuse à connaître comme première ébauche et point de départ de son théâtre.