LES DEUX ENFANTS
Ma mère , oh ! venez.
INEZ
Prince, que voulez-vous? Ciel!
DON PÈDRE
Que tu me suives ! Couvre-toi de ce manteau.
INEZ
Oh ! non; si nous étions surpris, j'exposerais vos jours..,
DON PÉDRE.
Qu'importe , lorsqu'il s'agit des tiens !
INEZ
Dieu! Déjà peut-être votre vie est menacée. Comment avez-vous pu vous introduire ici?
DON PEDRE.
Écoute, j'étais au camp, près de la côte de Billegas; un messager secret m'avertit de tes périls , j'accours. Le haut tribunal était assemblé, en une séance il allait décider ta mort; un
des juges, mon ami dévoué, suscite un incident pour retarder la délibération. Le comte de Mayo, qui nje sert aussi, me facilite secrètement l'entrée de cette prison. Le peuple est prêt à se soulever, les soldats murmurent. Fuyons, tout nous favorise , j'ai un château fort dans les Algarves, j'y soutiendrai, s'il le faut, une guerre contre le roi; mon absence permettra aux Maures de débarquer.
INEZ
Y pensez -vous, seigneur? La révolte, la guerre civile!
DON PÈDRE
Tout pour te sauver !
INEZ
Ah! plutôt mille fois mourir!
DON PEDRE.
Inez , n'es-tu pas mon épouse ? n'est-ce pas mon premier devoir que de t'immoler tout, père, trône, patrie?... Eh bien, point de révolte, point de guerre, viens, mon Inez, je ne combattrai pas. Je ferai plus pour toi, je me cacherai. Oh! laisse-toi fléchir, tu sais que je mourrai si tu meurs, ne fais pas deux orphelins de ces enfants auxquels tu dois ta vie puisqu'ils ne t'ont point demandé la leur.
35i VICTOR HUGO RACONTÉ.
LES E?ÎFANTS.
Oh î venez! venez ! Ma mère, ne pleurez plus!
INEZ
Mes enfants, prince, cher prince, laissezmoi, je n'ai point de force dans le cœur. — Laissez-moi, de grâce.
ROMERO, à g«aou.
Madame, au nom du ciel!... (En ce moment la
porte da fond s'ourre. Vnt foule de gardes et de geAlien entrent arei des torches. Le hénrat de justice les précède. Les enfants effnjés s^ jettent dans les bras d'Inez et de don Pèdre.)