LES PRÉCÉDENTS, L'OMBRE D'INEZ
TOUS
Quel prodige! ( il» tombent prosternés.)
l'ombre.
Arrêtez , don Pèdre ! Un crime allait nous sé- [)arer pour jamais. Si vous voulez que l'éternité nous unisse, vivez pour nos enfants, vivez pour votre peuple. La vie est courte, et bien des hommes qui vivent ont besoin de vous sur la terre. Il m'a été permis, cher époux, de venir du séjour des Ames pour vous dire ceci de la part du Seigneur: « Vivez et souffrez , le bonheur des peuples a quelquefois besoin du malheur des rois. »
C'est bien vous, ô mon Inez! je vous revois, je vous obéirai ; mais, ange du ciel, daignez rester près de moi, ne m'échappez pas.
LES ENFANTS, tendant les bras*
Restez, restez, ma mère, nous sommes heureux!
l'ombre.
mes enfants! ô mon époux bien-aimé! il faut que je vous quitte, mais vous me reverrez toute l'éternité. Vivez, adieu ! ( L'ombw séTanouit.)
DON PEDRE.
Dieu ! quel est donc le devoir des rois, puisqu'il me faut lui sacrifier jusqu'au bonheur de mourir?
PIN d'iNEZ de CASTRO.
En 1817, le sujet proposé par F Académie pour le prix de poésie était : le Bonheur que procure Véiude dans toutes les situations de la vie.
— Si je concourais ? se dit Victor.
Cette idée ne lui fut pas plus tôt venue qu'il se mit à l'œuvre. Il fit trois cent vingt vers, dont j'extrais ceux-ci :
Quand la fraîche rosée , au retour de l'aurore , Tremble encor sur le sein du lys qui vient d'éclore, Quand les oiseaux joyeux célèbrent par leurs chants L'astre aux rayons dorés qui féconde nos champs , Mon Virgile à la main, bocages verts et sombres,
Qac j'aime à m'égarer sons tos paisibles ombres ! Que faime, en parcooraDt tos paisibles détours, A pleurer sur Didon , à plaindre ses amours ! Là, mon âme, tranquille et sans inquiétude.
S'ouvre avec plus d'ivresse au charme de l'étude ; Là , mon cœur est plus tendre et sait mieux compatir A des maux... que peut-être il doit un jour sentir!
Loin de moi ce tjxan qui , ravageant la terre , Croit imiter les dieux et n'a que leur tonnerre ! J'admire les guerriers, mais je bais les bourreaux. Étude , à mon esprit montre de vrais béros Qui ne dédaignent pas d'être ce que nous sommes Et qui ne sont béros que parce qu'ils sont bommes.
Lequel de nous peut dire au pays de sa mère : C'est dans ce lieu cbéri que sera ma poussière? Qui peut dire aux climats où l'a jeté le sort : Vous vîtes ma naissance et vous verrez ma mort?
Si le ciel, me lançant sur le torrent du monde. Livide mon frêle esquif à la merci de l'onde , Moi qui, toujours fuyant les cités et les coui^. De trois lustres à peine ai vu finir le cours, Qui pourra me guider? Quelle main courageuse Dirigera ma nef sur la mer orageuse?
Étude , tes leçons v soutiendront mon cœur ;
Grâce à toi , des écueils je sortirai vainqueur.
C'est toi qui, des pervers me peignant Tâme ingrate,
Me diras : u Dans les maux sache imiter Socrate;
Vers Taustère devoir suis les pas de Platon ,
Et, s*il te faut mourir, mon flls, songe à Caton.
Ainsi, te rapprochant de la vertu suprême,
Tu te rendras heureux au sein du malheur même. )>
J'obéirai : pour moi le sentier de l'honneur
Sera toujours le seul qui conduise au bonheur.
En vain, le front orné de Téclat qui nous trompe.
Le méchant à mes yeux étalera sa pompe;
L'étude, me montrant Zenon et sa vertu,
Rendra son énergie à mon cœur abattu ,
Et j'oserai, tout fier de suivre un tel modèle.
Flétrir du vice impur la gloire criminelle.
L'étude sut aussi soulager tes douleurs.
Toi qui, fuyant les murs de ta patrie en pleurs.
Banni par les Romains pour avoir sauvé Rome,
Dans ton illustre exil restas toujours grand homme,
Cicéron ! on te vit, évoquant les héros.
Dans Sparte avec orgueil gémir sur leurs tombeaux ;
On te vit demander aux ruines d'Athènes
Les restes éloquents de son grand Démosthënes,
Et partout, imitant et pleurant tes rivaux.
Oublier tes revers dans d'utiles travaux.
Je suivrai ton exemple I
^ur mon front lentement s'amasse la tempête;
L'éclair brille, la foudre éclate sur ma tète.
Je tombe... les méchants peuvent brayer ma loi;
Le grand homme a passé : je ne suis plus que moi I
Qu'importe? regagnons notre humble solitude;
Il me reste mon cœur; il me reste Tétude.
L'étude, ahl ce nom seul me devrait consoler.
Si la perte d'un rang avait pu m'accabler.
Et si j'entends encor la vile calomnie
Me poursuivre abattu, sûre d'être impunie,
Je pardonne aux méchants d'avoir cru me trahir;
Je les méprise trop pour pouvoir les haïr.
Les vers finis, la difficulté commençait : il fallait les porter. Victor n'avait confié son idée à personne, pas même à son frère , pas même à sa mère ; il voulait, s'il réussissait, éclater brusquement dans toute sa gloire, et, dans le cas plus probable d'un échec, s'en épargner l'humiliation; mais comment remettre au secrétariat de l'Institut le poème et la lettre cachetée qui doit contenir le nom de l'auteur ? Le secrétariat n'est pas ouvert le dimanche , le seul jour où le pensionnaire pût sortir. De plus, les vers ne furent achevés qu'un lundi , et c'était le jeudi suivant que fermait le concours. Dans l'impossibilité de s'en tirer seul , Victor fut obligé de prendre un confident ; il dit le grand secret à Biscarrat, qui fut stupéfait et ravi, et qui arrangea l'affaire.
Le jeudi, jour suprême, était jour de prome-
nade, et c'était Biscarrat qui conduisait la pension. Il la fit passer devant l'Institut, et là fut pris d'une admiration subite pour le monument et pour les lions, devant lesquels il arrêta sa colonne. Pendant que les élèves étaient absorbés dans la contemplation des jets d'eau, il fila rapidement avec Victor. Le portier vit entrer dans sa loge deux êtres effarés qui lui demandèrent où était le secrétariat de l'Académie française et qui se précipitèrent vers l'escalier. Victor fut bien aise alors d'avoir eu besoin d'un confident, car il n'aurait jamais osé entrer seul ; ce fut Biscarrat qui ouvrit la porte et qui entra le premier; Victor le suivit avec un grand battement de cœur, et aperçut, assis solennellement devant un bureau chargé de cartons , le gardien des archives sacrées, un personnage à cheveux blancs, majestueux et redoutable, qui était un bonhomme appelé Cardot.
Victor lui présenta en tremblant ses vers et sa lettre : Biscarrat, qui avait conservé un peu de sang -froid, balbutia quelques mots d'explication; le bonhomme terrible prit une plume et écrivit sur la lettre et sur le poème le chiffre 15, et le maître et l'élève redescendirent, fiers de leur courage et se disant qu'avec de la résolution les hommes venaient à bout des entreprises les plus difficiles.
r,82 VICTOR HUGO RACONTÉ.
Comme ils quittaient l'escalier en se félicilaul mutuellement, Victor se trouva face à face avec Abel qui traversait la cour.
— Tiens ! dit Abel, d'où sors-tu donc?
Un violent coup de soleil empourpra tout le visage de Victor.
Biscarrat lui-même, pris en flagrant délit, ne sut pas mentir. 11 avoua tout. Victor s'attendait à être grondé de l'énormité qu'il avait commise, mais Abel, qui n'avait plus quinze ans et qui n'était plua en pension, n'avait pas l'épouvante de l'Académie et trouva la chose toute simple. Victor, un peu rassuré, lui recommanda cependant le secret le plus absolu.
— Sois tranquille, dit le grand frère, je vais le crier sur les toits !
Je n'ai pas besoin de raconter dans quelles émotions, dans quelles alternatives d'espérance et de crainte, Victor et Biscarrat attendirent le jugement du docte corps qui tient entre ses mains souveraines la gloire des poètes. Ce grave souci n'empêchait pas les récréations, où Victor oubliait l'Académie française pour la balle élastique et pour le saute-mouton. Un jour qu'il était dans l'ardeur d'une partie de barres, il vil apparaître Abel accompagné de deux amis. Celte ontrée imposante lui inspira un vague soupçon.
— Viens ici , imbécile ! lui cria son frère.
Il s'approcha un peu ému.
— Tu es un fier animal ! reprit Abel. C'était bien la peine de mettre ces bêtises-là dans tes vers. Qu'est-ce qui te demandait ton âge ? L'Académie a cru que tu voulais la mystifier. Sans cela lu avais le prix. Quel âne tu es ! Tu as une mention.
C'est ainsi que M. Victor Hugo apprit son premier succès.
La bonne figure joyeuse d'Abel démentait la brusquerie de ses paroles. Il était très- content. Le secrétaire perpétuel, M. Raynouard, avait lu, au grand applaudissement du public, et surtout du public féminin, le passage sur les amours de Didon. L'Académie avait fait, en effet, cet honneur à l'auteur de douter de son âge. Le rapport disait :
« L'auteur dit dans son ouvrage qu'il est âgé seulement de quinze ans :
Moi qui, toujours fuyant les cités et les cours, De trois lustres à peine ai vu finir le cours.
Si véritablement il n'a que cet âge, etc. »
Dans ce temps-là, une mention à l'Académie 4*tait un événement. Les journaux s'occupèrent
384 VICTOR HQGO RACONTÉ.
de Victor; il fut presque célèbre. Sa royauté s'en accrut, son peuple fut fier de lui appartenir, la désertion se mit dans celui d'Eugène, et bon nombre de veaux se métamorphosèrent en chiens. Quant à M. Gordier, le soleil se serait mis eu pension chez lui qu'il n'aurait pas été phis ébloui.
Le farouche Decotte lui-même fut vaincu.
Cela tombait dans un moment où le maître el rélève étaient plus mal que jamais ensemble. Ils avaient eu une dispute violente dont la rancune durait encore ; voici à quelle occasion.
Victor serrait tout ce qu'il écrivait dans le tiroir de sa table, qu'il avait toujours bien soin de fermer; un jour, en rentrant dans sa chambre, il trouva le tiroir ouvert et les papiers enlevés. Il n'hésita pas, il se dit à Finstant que le violateur de son tiroir ne pouvait être que M. Decotte, et il se préparait à aller parler à ce voleur de papiers, quand on vint lui dire que M. Decotte le demandait. II y alla , et trouva M. Decotte et M. Cordier sévèrement assis à une table sur laquelle s'étalaient tous ses cahiers.
Faire des vers en pension, c'est déjà un crime impardonnable, surtout après des défenses expresses et réitérées comme celles que M. Decotte avait faites à Victor. Mais ici les vers s'aggravaient d'un journal. Victor avait l'habitude
d'écrire tous les soirs les incidents et les impressions de sa journée. Malheureusement ce manuscrit, dont Fencre a pâli, est devenu illisible par endroits; des pages ont été déchirées; je n'en puis donc donner que peu de chose :
« — Aussitôt qu'Eugène a eu fini son épitre à Baour, il Ta donnée à maman , qui n'a pas prononcé entre la sienne et la mienne. »
Ceci avait trait à une épitre de M. Baour- Lormian , dont les deux frères avaient parlé fort peu respectueusement devant leur mère; elle les avait défiés d'en faire autant ; ils concoururent ; mais quand c'est la mère qui juge , les enfants ont tous le prix.
(f — J'ai fait cette nuit en dormant ces quatre vers dont je ne puis qu'imparfaitement deviner le sens :
Si Ton quitte Tenfer, c'est pour monter aux deux. L'on ne sort pas des feux pour rentrer dans les feux. Le saint office est donc très-salutaire ; C'est déjà l'enfer sur la terre. »
Voici une note curieuse comme spécimen de la politique que lui enseignait sa mère :
« — On rentre de récréation à neuf heures.
M. Cadot vient:, nous prenons notre leçon de dessin jusqu'à dix. Maman vient sur les deux heures. Il fait un triste temps. Nous causons des affaires. On juge aujourd'hui vingt- cinq frères et amis dont le projet était de faire sauter les Tuileries , de massacrer la famille royale et d'égorger la garde , pour rétablir le gAchis. Je voudrais que l'on exterminât de tels scélérats. 11 parait qu'il y a de grosses têtes que l'on ne connaît pas qui font mouvoir les ressorts de la conspiration. Maman dira à Âbel de venir nous voir ; il nous rapportera les pièces de vers que nous lui avons données. Elle sort sur les trois heures. On n'ira pas promener aujourd'hui. On dîne*. M. Decotte nous avertit de nous tenir prêts pour notre leçon de géométrie qu'il fera ce soir. Mais il vient du monde , ce sera pour un autre jour. Nous allons nous coucher sur les neuf heures. »
La note la plus remarquable est celle-ci, datée du iO juillet 1816 (quatorze ans) :
« — Je veux être Chateaubriand ou rien. »
Cette dernière ligne aurait suffi à exaspérer M. Decotte, mais, en racontant sa journée, Victor racontait nécessairement ses rapports avec M. De-
cotte ; si le maître n'aimait pas le pensionnaire, le pensionnaire aimait encore moins le mattre; on sait quelles proportions les défauts des maîtres prennent pour les élèves : M. Decotte était, dans le journal, le résumé de toutes les difformités morales et physiques.
D'un geste froid et digne, le maître offensé montra les cahiers ouverts sur la table, mais, ne voulant pas paraître obéir à un sentiment personnel, il ne parla pas du journal.
— Monsieur, dit- il d'un ton aussi grave que son geste, je vous avais défendu de faire des vers.
— Et moi, monsieur, répondit hardiment l'élève , je ne vous avais pas permis de crocheter mes tiroirs.
M. Decotte fut renversé. Il s'attendait à un coupable pris en faute et suppliant, et il se trouvait devant un accusateur. Il essaya de le foudroyer de son éloquence la plus magistrale, mais Victor ne baissa ni le front ni la voix et persista ik dire que le mal n'était pas de faire des vers ni un journal , mais de forcer les serrures. Le maître, à bout d'arguments, termina le di.alogue par cet arrêt :
— Puisque vous ajoutez l'insolence à la désobéissance, à partir de ce moment vous cessez d'appartenir à l'institution.
— C'est ce que j'allais vous dire, riposta rélève.
Mais ici M. Cordier intervint. Si Victor s'en allait, Eugène s'en irait évidemment aussi. Deux pensionnaires en chambre , c'était à considérer. M. Cordier n'avait pas, lui, les mêmes raisons que son associé pour sacrifier les intérêts de la bourse commune : les vers ne choquaient pas sa rivalité , et le journal , bienveillant pour sa personne, ne manquait de respect qu'à sa pelisse arménienne. Il raccommoda tant bien que mal la fracture de Tharmonie, et la paix fut faite, à l'avantage de Victor, qui remporta ses cahiers et qui eut désormais le droit tacite d'y écrire tout ce qu'il voudrait. Mais la paix n'était qu'à la surface, et depuis ce jour-là M. Decotte et Victor étaient dans une situation d'inimitié sourde; ils évitaient de se parler, ce qui n'était pas mal gênant pour tous deux, M. Decotte faisant luimême les répétitions de mathématiques. Quand c'était le tour de Victor de faire les démonstrations, il allait au tableau sans attendre qu'on le lui dit; M. Decotte ne prononçait jamais son nom, et, vivant perpétuellement ensemble, ils avaient l'air de ne pas se connaître. Les mathématiques profitèrent de cette brouille : il en eût trop coûté à l'amour-propre du vainqueur de mériter une réprimande de son vaincu ; il travaillait
donc ses théorèmes et ses équations avec un acharnement hostile.
La mention changea tout cela. M. Decotte abdiqua toute jalousie devant ce triomphe ; il sentit qu'il n'y avait pas à lutter contre un gaillard qui avait des mentions à l'Académie , et il oublia la déroute de sa poésie pour jouir de l'honneur qui rejaillissait sur sa pension. Il pardonna le journal, qui n'avait été, d'ailleurs, que le moindre de ses griefs.
Victor voulut convaincre l'Académie de ses quinze ans, et envoya à M. Raynouard son acte de naissance avec un mot de remerclment. Le secrétaire perpétuel de l'Académie française répondit une lettre aimable qui finissait ainsi : Je fairai avec plaisir votre connaissance.
Victor montra cette lettre à M. Cordier, qui n'y vit qu'une chose, le lustre que cela faisait à sa pension d'avoir un élève à qui les académiciens écrivaient; Victor fut libre de choisir son jour pour sa visite. En vertu de son secrétariat, M. Raynouard logeait à l'Institut; ce fut donc dans le temple même que le néophyte alla voir le grand prêtre. Pour comble de solennité, il tomba sur un jour de séance. On l'introduisit dans la bibliothèque, séparée par une porte vitrée de la salle où se tenaient les immortels. En attendant l'auteur des Templiers, Victor resta en
tête-à-tête avec un vieil académicien, en habit d'uniforme et en calotte violette, qui était M. de Roquelaure, êvêque de Senlis avant la révolution; ce vieillard, qui lisait à une table et qui ne fit nulle attention à lui , Tintimida beaucoup.
M. Raynouard vint enfin, de l'air affairé et maussade d'un homme qu'on dérange ; il vit un gamin , et , après n'avoir pas cru assez à son enfance , il y crut trop , ne l'invita pas à s'asseoir, lui dit que l'incrédulité de l'Académie le servirait , qu'il était bon pour lui de n'avoir pas eu le prix si jeune, qu'un tel succès à son âge l'aurait infatué et dégoûté du travail , et lui tourna le dos avec une simplicité qui fit dire à Victor qu'il savait la politesse comme l'orthographe.
Tous les académiciens ne furent pas aussi hargneux que M. Raynouard; au contraire, l'Académie fut pleine de sourires pour l'adolescent. M. Gampenon, dont il devait plus tard prononcer l'éloge comme directeur de l'Académie , le complimenta en vers :
L'esprit et ie bon goût nous ont rassasiés; J'ai rencontré des cœurs de glace Pour des yevs pleins d'àme et de grâce Que Malfilâtre eût enviés.
Le doyen des académiciens, M. François de
Neufchàteau, avait eu lui-même, à treize ans, un prix à une Académie de province. Le glorieux incident, remis en lumière, fut comparé au triomphe nouveau , les quinze ans furent opposés aux treize, on fit le parallèle des deux prodiges, et Ton prédit à Victor qu'il serait un autre François de Neufchâteau.
Le vieux lauréat voulut connaître celui dont l'adolescence répétait les splendeurs de la sienne , d'autant plus qu'à l'époque de son prix Voltaire (car cela remontait à Louis XV) l'avait sacré poète et adopté publiquement.
Il faut bien que Ton me succède Et j*aime en vous mon héritier.
M. François de Neufchâteau, à qui l'on rappelait ces vers, fut charmé d'avoir à les dire à son tour et d'être le Voltaire de quelqu'un, 11 exprima son désir devant un ami d'Abel, Victor y courut, et il s'ensuivit bientôt cet échange de rimes :