LA CANADIENNE
^ISPINDAXT Al PALMIER LE CORPS DE SOK EXFANT.
KLEOIB.
Stabat mater dohrosa.
Sur ce palmier qui le balance, Dors, tendre fruit de mon amour; Mes bras, quelques instants, ont bercé ton enfance, Ce fragile palmier te soutient à son tour; Ainsi me berçait respéranco.
001*8 en paix sur ce frêle appui.
Si le vent vient gémir sur ta tombe légère,
Le vent te dura que ta mère
Gémit sans cesse comme lui.
Aussi longtemps que les pleurs de Taurore Mouilleront ton front pâle en arrosant les fleurs. Aussi longtemps, mon fils, ta mère qui t'adore
Te viendra baigner de ses pleurs.
LA CANADIENNE. 2^r>
Tout sur l'arbre de mort te peindra ma souffrance. Si pourtant le ramier de ses accords touchants
Te fait entendre la cadence , Ne crois pas de ta mère entendre les doux chants : Ta mère comme toi veut garder le silence.
Tu n'es donc plus ? Mes yeux ne te verront jamais
Rire et folâtrer dans nos plaines, Poursuivre le chevreuil de sommets en sommets
Et gravir le vieux tronc des chênes.
Je ne te verrai point, dans l'âge des amours, Quand un duvet léger t'embellirait à peine , A ta craintive amante apportant tous les jours
Le fruit d'une chasse lointaine , Lui demander, pour prix des dépouilles des oui*s,
L'une de ses tresses d'ébène.
Nos guerriers ne me diront pas :
Ton fils est digne de son père ; 11 porte sans frémir la lance des combats
Et le calumet de la guerre.
Je vivrai comme une étrangère ; Et l'on dira : Son fils est le jouet du vent , 11 n'est point mort en brave , étendu sur la terre ;
C'est lui dont le cercueil mouvant
Courbe le palmier solitaire.
Tu n'es plus ; quel est mon malheur !
Tes yeux, à peine ouverts, sont fermés à l'aurore; Je fus un instant mère; hélas 1 à ma douleur,
Cher enfant , je crois l'être encore.
20'i VICTOR HUGO RACONTÉ.
Au sommet du triste palmier.
Ce berceau , qui te sert de tombe , Servira de nid au ramier Ou de demeure à la colombe ; Et quand demain Tastre des jours
Teindra ton froid cercueil de sa couleur riante. Au fond de ta couche odorante
L*oiseau s'éveillera : tu dormiras toujours.
Quand, pour bénii* reniant dont sa fille est la mère,
Viendra mon père aux che?eui blancs ,
Je guiderai ses pas tremblants
Au pied de Tarbre funéraire ; Que lui dirai-je? hélas I Son regard attristé Se remplira des pleurs dont ici je t'arrose...
Le fils que j'ai porté repose
Sur le palmier qu'il a planté.
Le jour meurt : Taquilon s'endort au sein des nues ; Nous abordons d'Enna les rives inconnues; Un grand port loin des vents nous offrait ses abris; Mais TEtna sur ces bords vomit d'affreux débris. Tantôt s'ouvre en tonnant son immense cratère ; De longs torrents de cendre il inonde la terre ; Tantôt ses rocs aux cîeux roulent en tourbillons, Tombent, et sur ses flancs tracent d'ardents sillons ; Le gouffre en feu mugit; sous sa voûte qui fume, La lave enfle en grondant ses flots noirs de bitume.
Encelade, dit-on, sous ces rocs obscurcis
Cache ses vastes flancs que la foudre a noircis;
Le poids du mont l'écrase ; et sa brûlante haleine *
Chasse au loin les rochers qu'il soulève avec peine ;
Si, las de ses douleure, il retourne son corps,
Le ciel fume, et l'Etna tremble de ses efforts.
Effrayés de ce bruit, sans le comprendre encore.
Dans la sombre foret nous attendons l'aurore;
La nuit qui règne aux cieux, ce fracas plein d'horreui-,
Ce prodige, en nos sens tout verse la terreur;
Des naages éi>ais nous cachent les étoiles.
Et la lune en fuyant se couvre de leurs Toiles.
L*01ympe enfin se dore ; effacée à son tour, L'ombre humide s'enfuit devant Fastre du jour. Soudain, hors des forêts, une ombre à face humaine. Pâle, les bras tendus, vers la plage se traîne-, Ses cheveux hérissés, son visage maigri, Nous montrent un mortel que ses maux ont flétri- Son corps faible est couvert de jonc tressé d'épine. Mais c'est un GrecI de Troie il bâta la ruine. Lui-même il reconnaît nos armes, nos soldats. Il recule , et la peur semble arrêter ses pas ; Mais bientôt, jusqu'à nous accourant tout en larmes*. <( Par cet astre brillant témoin de tant d'alarmes, Par ce ciel , par ces dieux dont tout subit la loi , Arrachez-moi, Troyens, de ces lieux pleins d'effroi! Que je fuie, il suffit. Jadis, sous vos murailles, Sur les vaisseaux des Grecs, j'apportai les batailles. Je le sais trop : eh bien, fils de Laomédon , Si mon crime ne peut espérer de pardon , Frappez, ou plongez-moi dans ces mers où nous sommes. Si je meui^s, je mourrai du moins des mains des hommes. ^>
il dit, tombe à nos pieds sans force et sans chaleur, Les embrasse, et d'un Grec nous pleurons le malheurl u Quel est, lui disons-nous, le sujet de vos plaintes? Votre nom? vos aïeux? Qui peut causer vos craintes? >' Anchise le premier, pour gage de sa foi.
Lui tend sa main sacrée et calme son effroi.
« Ithaque est ma patrie. Adamaste mon père Vécut pauvre (que n'ai-je estimé sa misère!). Mais son Achéménide au pied de vos remparts Voulut, auprès d'Ulysse, affronter les hasards. Ici nos Grecs, fuyant un Gyclope terrible, M'oublièrent errant sous sa caverne horrible. C'est là que Polyphème étend son corps pesant , Après qu'il s'est repu de carnage et de sang. S'il sort (dieux, sauvez-nous de ce géant difforme!) . Ce monstre jusqu'aux cieux lève sa tète énorme , Tout fuit, tout s'épouvante à son aspect affreux , Et sa gorge engloutit les chairs des malheureux. Je l'ai vu, dans son antre, apprêtant leur supplice. Prendre en sa vaste main deux des soldats d'Uivsso. J'ai vu leurs corps brisés sur un roc tressaillir. Leurs crftnes sur le seuil en mille éclats jaillir, Et sa faim, saisissant leurs entrailles mourantes. Faire crier leurs os sous ses dents dévorantes. Témoin de leur trépas, brûlant de les venger, Ulysse se souvint d'Ulysse en ce danger.
Dès qu'enivré de sang , sur son bras redoutable Le géant courbe enfin sa tête épouvantable , Dès que, parmi les chairs et les vins qu'il vomit, Immense, il couvre au loin son antre qui gémit. En cercle rassemblés autour de ses victimes , Le sort désigne ceux qui vont punir ses crimes ; Nous l'entourons, des dieux nous implorons l'appui, Nous approchons du monstre et nous fondons sur lui. Un tronc d'arbre noueux, qu'un fer aigu prolonge, Dans son œil effroyable au même instant se plonge. Cet œil étincelait sur son front menaçant; D'un bouclier d'Argos tel brille le croissant;
Telle Phëbë rayonne en Thorreur des nuits sombres . Du moins, de nos amis nous vengeâmes les ombres.
u Fuyez ces bords, fuyez, trop imprudents nochers. Cent Cyclopes hideux errent sur ces rochers; Tous, tels que Polyphëme, en des antres sauvages Parquent les noirs troupeaux qui paissent ces rivages. Phébé ni*a vu trois fois en commençant son cours Traîner de bois en bois mes misérables jours ; J'entendais des géants tonner la voix bruyante ; Je frissonnais au pas de leur niasse effrayante; Nourri d'herbes, de glands, de quelques fruits amei-s. Mes yeux, même la nuit, inteirogeaient les mers; J'aperçois vos vaisseaux ! sans les connaître encore. Je vole, heureux de fuir ces rives que j'abhorre! Frappez, je meurs content, quel que soit mon trépas, Mais sur ces bords cruels ne m'abandonnez pas ! n
V peine il a parlé , nous voyons vers la plage , Vppuyant son grand corps sur un pin sans feuillage, S'avancer hors d'un roc, son ténébreux séjour, l^n monstre informe, affreux, vaste et privé du jour. Son troupeau qui le suit charme seul sa souffrance; Son chalumeau pesant pend à son col immense, il touche enfin les flots, et s'y plonge en hurlant, 8e courbe , et dans leur sein lave son œil sanglant. Au milieu de leur gouffre il fend les mers profondas, Marche , et son buste entier s'élève sur les ondes. Nous nous hâtons de fuir : tout se tait ; nos vaisseaux Reçoivent notre Grec et volent sur \es eaux.
TRADUIT DE L'ÉNÉÎDE. 299
La rame entre nos mains monte et tombe en cadence.
Polyphënie Pentend, se retourne, s'élance.
Étend ses vastes bras, rechasse au loin les flots.
Et poursuit, mais en vain, les pâles matelots.
11 pousse un cri : soudain Tltalie agitée
Voit frissonner longtemps sa rive épouvantée.
La mer est en fureur; de sourds ébranlements
Font mugir de TEtna les abîmes fumants.
Les Cyclopes , au cri , sortent , prêts aux ravages :
Ils descendent des monts et couvrent les rivages.
Mais ces enfants d'Etna, dont le front touche aux cienx.
Nous menacent en vain de regards furieux.
Race horrible! on croit voir dans un bois solitaire
Le Cyprès de Diane ou l'arbre du Tonnerre.
La voile est déployée au souffle heureux des vents; L'on fatigue à l'envi les cordages mouvants; Mais les rocs de Scylla montrent déjà leurs cimes Et Charybde près d'eux fait gronder ses abîmes. La mort est là : fu}X)ns, ou, redoublant d'efforts. Suivons l'étroit canal sans toucher les deux bords. Du détroit de Pélore accourt soudain Borée; Du Pantage écumant nous franchissons l'entrée ; Achéménide alors , vei^ Mégare et Tapsos , Sur ces mers qu'il connaît dirige nos vaisseaux. Ainsi, de tant d'écueils dont elle était la proie Tn compagnon d'Ulysse, un Grec a sauvé Troie I