‹ Victor Hugo raconté par témoin de sa vieChapitre 6 sur 33 · II · texte numérisé non relu

II

titres exigent de vous. Vous ne l'oublierez jamais, si vous vous souvenez que vous êtes chrétien, si vous cherchez dans la religion la règle nécessaire de votre vie, la force de supporter les peines dont nul n'est exempt, et celle mémo d'être heureux. La joie que vous ressentez est légitime, elle est dans l'ordre de Dieu, si vous la lui rapportez, et je me plais à en trouver dans votre lettre l'expression naïve et touchante. Mais entendez aussi que c'est une joie du temps, et fugitive comme lui. 11 y a une autre joie dans l'éternité, et c'est celle-là qui doit être l'objet de tous les désirs de votre Ame. Que le ciel cependant, cher ami, répande sur vous et sur celle dont le sort ne sera plus désormais séparé du vôtre tout ce qu'il y a de plus doux dans les grâces qu'il accorde aux jeunes époux. Qu'il daigne écarter de votre route à travers ce monde ce qui pourrait affliger votre vie et en troubler l'aimable paix. Voilà les vœux que forme pour vous le plus sincère et le plus tendre de vos amis.

Bientôt après cette lettre, M. de Lamennais revint à Paris, et ce fut lui qui donna à Victor le billet de confession dont il eut besoin pour se marier.

Les sept cents francs que Victor avait gagnés avec ses Odes ne lui servirent pas cette fois à vivre une année : il les dépensa d'un coup à l'achat d'un cachemire français qui fut la splendeur de la corbeille.

Le général ne vint pas à la noce. Les témoins . de Victor furent MM. Soumet et Ancelot. La cérémonie religieuse eut lieu à Saint-Sulpice, dans cette même chapelle de la Vierge où, dix-huit mois auparavant, on avait porté le corps de sa mère. Une autre madame Hugo mit son prie- Dieu où avait été la bière et couvrit de son voile blanc la place du drap noir.

La salle à manger de madame Foucher étant trop petite, on dîna dans une salle du conseil de guerre qu'une cloison mobile séparait de celle où Lahorie avait été jugé et condamna. Après la mort de sa mère, Victor rencontrait celle de son parrain.

Il y eut le lendemain quelque chose de plus triste que la mort* Biscarrat, le brave maître d'étude de la pension Cordier, était naturellement de la noce : au dîner, il avait été frappé de quelques paroles incohérentes d'Eugène, dont la bizarrerie redoublait depuis quelque temps. 11 en avait averti Abel, et tous les deux, au sortir de table, l'avaient emmené sans en parler à personne. Au milieu de la nuit, la folie s'était décla-

rée. Le matin, Biscarrat accourut bouleversé; Victor le suivit bien vite et trouva le pauvre compagnon de toute son enfance en pleine divagation. On ne pensa plus qu'à lui. Le général, qui n'était pas venu prendre sa part du bonheur, voulut être du malheur, et vint à Paris. La crise s'apaisa et Ton eut un peu d'espérance ; on essaya de garder le cher malade, mais on reconnut bientôt qu'il serait mieux soigné dans une maison spéciale. On le mit chez M. Esquirol. Mais la raison ne devait plus revenir, et sa guérison fut la mort.

Victor Hugo s'était remis à Han d'Islande; il l'acheva dans les premiers mois qui suivirent son mariage et en vendit la première édition mille francs à un marquis ruiné qui s'était fait libraire. Ce marquis, M. Persan, lui acheta en même temps la seconde édition de ses Odes, qui parurent cette fois sous une forme plus convenable et qui remplacèrent leur bocal par une lyre.

Je suppose que le noble libraire préférait les vers à la prose, car il fut loin de soigner Han dislande comme les Odes. Peut-être était-ce au contraire qu'il estimait que les vers avaient besoin de provoquer les acheteurs par leurs beaux

dehors et que la prose serait prise pour ellemême. Quelle que fut son idée, Han dislande se (rontenta de gros papier gris imprimé en tètes de clous, et parut en quatre petits volumes, sans nom d'auteur, suivant en cela l'exemple qu'avaient donné René^ Werther^ Adolphe^ le Voyage au-tour de ma chambre^ etc., dont la première édition ne portait pas le nom de Chateaubriand, de Gœthe, de Benjamin Constant, de Xavier de Maistre, etc.

Les journaux, qui avaient été la plupart fort sympathiques aux Odes^ le furent beaucoup moins à Han d'Islande. On commençait à se diviser en deux camps, les classiques et les romantiques, et ceux-ci étaient les moins nombreux, surtout dans les journaux. Il y eut beaucoup de colère, et autant d'étonnement. Je retrouve, dans un vieux numéro de la Quotidienne, un article de M. Charles Nodier qui peint bien le moment littéraire et l'impression de plaisir inquiet et violent que faisaient les œuvres nouvelles aux esprits non malveillants. J'en détache quelques fragments :

« Les classiques continuent à régner au nom (l'Aristote sur la littérature européenne, mais ils régnent comme ces rois détrônés qui n'ont conservé de la puissance que des droits méconnus

et le vain appareil d'un titre sans autorité. Leur domaine n*est plus qu'un vaste désert dont les productions languissantes et flétries en naissant n'attestent que Faride pauvreté d'un sol épuisé et d'une nature décrépite. Si les arts entreprennent quelque monument digne de la postérité, c'est sur un autre terrain. S'il s'élève quelque talent prodigue en riches espérances, c'est sous une autre bannière. Les classiques ont raison dans les journaux, dans les académies, dans les cercles littéraires. Les romantiques réussissent au théâtre, chez les libraires et dans les salons. On avoue les premiers; ce sont les autres qu'on lit, et l'ouvrage le plus distingué qui puisse sortir aujourd'hui de la bonne école ne partagera pas un moment la vogue irrésistible des rêveries souvent fort extravagantes qui pullulent dans la mauvaise. Que faut- il conclure de là, sinon que l'état de la société est changé, que ses besoins le sont aussi, que cet ordre de choses est irréparable comme il était inévitable, et que, si on ne prend pas la littérature comme elle est, on court grand risque de n'en plus avoir du tout?... Un des caractères de cette nouvelle littérature, et ce n'est probablement pas celui qui la fera dédaigner d'un peuple patriote, c'est cette observation religieuse des mœurs et des localités qui transporte dans les fictions

mêmes de rimaginatioa les enseignements de

l'histoire...

« Le révérend Mathurin s'est rendu célèbre dans cette école par les fables monstrueuses de Melmoth et de Montorio... et l'on croyait que l'auteur avait épuisé dans ses combinaisons atroces toutes les horreurs dont peut épouvanter la pensée cette poésie de cours d'assises et de pandœmonium qui a reçu assez heureusement le nom de genre frénétique, et qui le gardera peut-être quoiqu'il lui ait été imposé par un critique sans autorité. Cependant il s'est trouvé, dans cette nouvelle génération de poètes qui a fait en France la fortune du genre romantique, un rival de ce triste romancier anglais, assez malheureux pour le surpasser dans l'horrible exagération des moyens, et qui, empressé comme on l'est à son âge de dépenser toutes les ressources de l'imagination, s'est montré plus jaloux de faire valoir avec soudaineté les facultés que la nature et l'étude lui ont départies que de les ménager habilement pour sa réputation. 11 en est, dans les hommes d'une certaine organisation, des tentatives qui ont la gloire pour objet comme de celles qui aspirent au bonheur et à la volupté. Les intelligences précoces et les sensibilités profondes ne calculent pas l'avenir, elles le dévorent. Les passions d'une Ame jeune et puissante ne con-

naissent point de lendemain. Elles croient pouvoir rassasier toutes leurs ambitions et toutes leurs espérances dans la renommée et dans les plaisirs d*un jour. Han d'Islande a été le résultat d'une combinaison pareille, si Ton peut appeler combinaison Tinstinct irréfléchi d*un génie original qui obéit, sans le savoir, à une impulsion étrangère à ses véritables intérêts, mais dont la belle et vaste carrière peut justifier tout ce qu'a promis de bien et racheter tout ce qu'a fait craindre l'heureuse faute de son départ. 11 appartient à un très-petit nombre d'hommes de commencer par de pareilles erreurs, et de ne laisser d'autres torts à reprendre à la critique que ceux qu'ils se sont volontairement donnés. Je n'analyserai pas Han d'Islande, ou plutôt j'en donnerai une idée beaucoup plus vraie que ne pourrait le faire l'analyse la plus exacte, en disant qu'^an d'Islande est un de ces ouvrages qu'on ne peut dépouiller de l'ensemble général de l'exécution sans tomber dans une caricature aussi injuste que facile. Qu'on se représente un auteur condamné par sa propre volonté à rechercher péniblement toutes les infirmités morales de la vie, toutes les horreurs de la société, toutes jses monstruosités, toutes ses dégradations, toutes les exceptions affreuses de l'état naturel et de l'état civilisé, pour choisir dans ces rebuts hideux

quelques anomalies dégoûtantes auxquelles les langues humaines ont à peine accordé un nom, la morgue, Féchafaud, la potence, Tanthropophage et le bourreau, je ne sais quoi de plus innomé encore, car il attache à ces derniers états d'exécrables ambitions et d'incompréhensibles joies... Et pourquoi faut-il qu'un pareil talent se soit cru obligé de recourir à de pareils artifices? 11 lui était si aisé de s'en passer!

(( La connaissance particulière des lieux ou des études très-bien faites ont donné jusqu'à un certain point à l'auteur d'//an d'Islande cette piquante vérité de couleur locale qui distingue l'auteur de Waverley^ je dis, jusqu'à un certain point , parce que, plus familier que lui peut-être avec le ciel des latitudes qu'il a décrites, j'ai désiré dans ses peintures quelques-uns des effets qu'il était si facile de tirer de la mesure inaccoutumée des jours et de la bizarrerie des saisons polaires. On reconnaît d'ailleurs dans Han d'/slande une bonne lecture de l'Edda et de l'histoire, beaucoup d'érudition, beaucoup d'esprit, même celui qui naît du bonheur et qu'on appelle la gaieté, même celui qui vient de l'expérience et que l'auteur n'a pas eu le temps de devoir à l'habitude du monde et à l'observation. On y trouve enfin un style vif, pittoresque, plein de nerf, et, ce qu'il y a de plus étonnant, cette délicatesse de

tact et cette finesse de sentiment qui sont des acquisitions de la vie, et qui contrastent ici de la manière la plus surprenante avec les jeux barbares d'une imagination malade. Cependant ce ne sont pas toutes ces qualités qui feront la vogue d'Han d' Islande et qui forceront Tinflexible et savant Minos de la librairie à reconnaître le débit authentique et légitime de douze mille exemplaires de ce roman que tout le monde voudra lire. Ce seront ses défauts. »

* L*auteurde//an d' Islande ne connaissait M. Charles Nodier que de nom ; il alla le remercier ; il monta trois étages rue de Provence et sonna ; une jeune fille à l'air souriant vînt lui ouvrir.

— M. Charles Nodier?

— Papa est sorti, monsieur.

— Pourrais-je écrire un mot?

Pendant que la jeune fille allait chercher de quoi écrire , Victor Hugo regardait l'antichambre qui était en même temps la salle à manger et dont l'ameublement, chaises de paille, table et buffet de noyer, rehaussait sa physionomie bourj^eoise d'une propreté flamande.

Le lendemain, M. Nodier accourut. Victor liugo ne demeurait déjà plus au conseil de guerre. Le roi lui avait, de lui-même, donné une seconde pension, de deux mille francs, sur le ministëro

de rintérieur. Riche alors, il avail voulu être chez lui, et il venait d'emménager rue de Vaugirard, n^ 90. Le romancier et son critique se sentirent amis en se voyant. 11 fut convenu aussitôt que M. Nodier viendrait pendre la crémaillère et amènerait sa femme et sa fille. Madame Nodier, qui n'avait jamais vu madame Victor Hugo, accepta rinvitatîon avec la simplicité intelligente qu'elle avait en tout. Elle et sa fille Marie vinrent sans se faire autrement prier, et ce fut entre les trois femmes le commencement d'une affection de toute la vie.

Parmi les rares défenseurs de Han d'Islande, un des plus vaillants fut M. Méry. Les Tablettes universelles, dont il était le principal rédacteur, prêtèrent au roman le double appui de l'énergie et du talent. M. Méry avait pour collaborateur M. Alphonse Rabbe , Marseillais comme lui. M. Rabbe avait été très-beau; une affreuse maladie l'avait défiguré. Ses paupières, ses narines, ses lèvres étaient rongées; plus de barbe, et des dents de charbon. Il n'avait conservé que ses cheveux , dont les boucles blondes flottaient sur ses épaules, et un seul œil dont le fier regard et le sourire ferme et franc jetait encore un éclair de beauté sur ce masque hideux. 11 avait créé à Marseille un journal d'opposition, le Phocéen, et puis il était venu à Paris, où il travaillait au

Courrier français et aux Tablettes universelles. Un feuilleton où il soutint vigoureusement Han d'Islande le mit en relations avec l'auteur, pour lequel il se prit aussitôt d'une affection paternelle, ayant vingt ans de plus que lui. 11 plut beaucoup, de son côté, à Victor Hugo par son caractère entier et résolu. Us se virent très-souvent, surtout chez M. Rabbe, car il évitait de sortir, à cause de sa figure; Victor Hugo obtenait pourtant quelquefois qu'il vint chez lui.

Une fois même , il le décida à accepter d'y dîner. M. Rabbe désirait connaître M. de Lamennais.

— Eh bien, dit M. Victor Hugo, je l'inviterai à dîner, et vous viendrez dîner avec nous.

— Soit, dit M. Rabbe.

Mais dans la conversation un mot lui apprit que madame Victor Hugo était grosse. 11 ne dit rien ; mais le jour du dîner, il écrivit qu'il était malade, et pendant plusieurs mois il ne reparut plus rue de Vaugirard. M. Victor Hugo lui reprochant de ne plus venir le voir, et insistant pour en savoir la raison :

— Votre femme est grosse, répondit le pauvre défiguré.

11 était fort ombrageux et voyait partout des allusions à sa laideur. 11 faillit se f&cher avec M.Victor Hugo pour l'ode à son camarade du collège

des Nobles , Ramon de Benavente . laquelle parut d'abord avec rioitiale seulement: A mon ami A... Les vers parlant d'un malheur mystérieux, il crut que R... voulait dire Rabbe , et il fallut pour Tapaiser que Tode fût republiée avec Ramon en toutes lettres.

M. Rabbe était fataliste. Un jour qu'il soutenait sa croyance à la fatalité contre M. Victor Hugo qui l'avait rencontré dans le jardin du Luxembourg :

— Tenez , lui dit-il , voici un fait auquel je vous défie de répondre. 11 y a quelques mois, c'était l'hiver, un épais brouillard tombait en pluie fine et le Luxembourg était presque désert, cinq hommes marchaient dans l'allée où nous marchons. Quatre conspiraient, et le cinquième était leur confident. On discutait les movens d'action et l'opportunité. Trois étaient pour agir toul de suite, un pour attendre. Les trois, impatients d'en finir, disaient au quatrième que, s'il ne vouhiit pas en être, ils se passeraient de lui. 11 hésitait. Une carte, dont on voyait le dos souillé de boue, se rencontra sous son pied. — Eh bien, ditil , si cette carte est la dame de cœur, j'en suis. Il y avait trente et une chances sur trente-deux pour que cela ne fût pas. Il releva la carte. C'était la dame de cœur.

Les quatre conjurés étaient les sergents de

La Rochelle. Le confident était M. Rabbe luimême. Il raconta plus tard Fincident dans les Tablettes universelles. Il avait \ii, disait- il, « tomber la tête du prédestiné. »

M. Victor Hugo se trouvait un jour chez M. Rabbe. Une discussion s'élevaentre eux au sujet de M. de Chateaubriand, que M. Rabbe n*aimait pas. La causerie, courtoise entre les deux amis, s*anima par l'intervention de quelqu'un que M. Victor Hugo n'avait pas vu en entrant et qui était masqué par un bureau sur lequel il écrivait. Ce quelqu'un, d'une voix tranchante et impérative, déclara que Chateaubriand était un écrivain maniéré et boursouflé dont la réputation surfaite ne durerait pas vingt ans, et que tout ce qu'il avait écrit ne valait pas une page de Bossuet. M. Victor Hugo répliqua vivement à cet interlocuteur inconnu qui donnait ses opinions comme des ordres, et M. Rabbe eut quelque peine à calmer la conversation.

Quand M. Victor Hugo fut sorti , l'homme du bureau demanda à M. Rabbe quel était ce petit monsieur qui lui avait tenu tête si hardiment.

— C'est Victor Hugo, dit Rabbe.

— Celui qui fait des vers royalistes ?

— Oui, j'attendais, pour vous présenter l'un à l'autre, que vous eussiez fini d'écrire. Mais vous vous êtes précipité dans la causerie d'une

telle façon que je n'ai pas pu. Il faudra pourtant que je vous fasse faire connaissance. Je chercherai une occasion.

— Elle est toute trouvée, dit l'interlocuteur. Il écrivit quelques mots sur une feuille de

papier à lettre qu'il tendit à M. Alphonse Rabbe :

— Voulez -vous porter cela de ma part à M. Victor Hugo?

C'était une provocation, signée Armand Carrel.

— Êtes -vous fou? dit M. Rabbe. Un duel, parce qu'on ne pense pas comme vous sur une page de Bossuet! D'ailleurs, ceci s'est passé chez moi, et c'est de ma faute; J'aurais dû vous dire à tous deux avec qui vous étiez, vous auriez mis l'un et l'autre dans votre discussion les ménagements qu'on a toujours entre talents; si donc il y a un tort, il est à moi, et c'est à moi qu'il faut vous en prendre. Battons-nous, si vous voulez.

M. Carrel, revenu d'Espagne après l'expédition française qu'il avait combattue et ayant sa carrière militaire brisée, s'était fait journaliste et avait de la reconnaissance pour M. Alphonse Rabbe, qui l'avait fait entrer au Courrier français* Il s'arrêta devant la ferme volonté de son ami, et déchira sa lettre.

M. Victor Hugo déjeuna une fois c^ez M. Rabbe, avec plusieurs amis.. Il n'y avait pas de dômes-

tique; lorsqu'on entra dans la salle à manger, tout était sur la table; les assiettes de rechange étaient à portée des convives. A un moment, une porte s'ouvrit, et l'on vit entrer une jeune et jolie fille en tenue de servante et qui portait gentiment un petit bonnet ruche. M. Rabbe se leva en colère et lui demanda durdment pourquoi elle venait sans être appelée. La pauvre enfant sortit et ne rentra plus. Les invités, embarrassés de cette scène, furent quelque temps à se remettre en gaieté.

Une autre fois encore, étant chez M. Rabbe, M. Victor Hugo entrevit, par une porte entrebâillée, la jeune fille au petit bonnet. M. Rabbe alla fermer la porte presque brutalement.

On finit par savoir qu'il était l'amant de la jolie fille, et qu'il l'adorait. Était-ce par jalousie qu'il la cachait à tout le monde? ou par honte d'avoir accepté l'amour de cette belle enfant, ravagé comme il était?

Sa sauvagerie devint tout à coup de la misanthropie, et sa mélancolie du désespoir : la jeune servante était morte. Elle était enterrée au cimetière du Montparnasse; il allait tous les jours pleurer sur sa tombe, et le gardien était bien souvent obligé de le renvoyer pour fermer le

cimetière.

Je lis dans une' lettre qu'il écrivait à M. Victor Hugo :

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