‹ Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (volume 2)Chapitre 25 sur 65 · LA CANADIENNE · texte numérisé non relu

LA CANADIENNE

Tu n'es donc plus ? Mes yeux ne te verront jamais

Rire et folâtrer dans nos plaines.

Poursuivre le chevreuil de sommets en sommets

Et gravir le vieux tronc des chênes.

Je ne te verrai point, dans l'âge des amours, Quand un duvet léger t'embellirait à peine, A ta craintive amante apportant tous les jours

Le fruit d'une chasse lointaine, Lui demander, pour prix des dépouilles des ours,

L'une de ses tresses d'ébène.

Nos guerriers ne me diront pas :

Ton fils est digne de son père ; Il porte sans frémir la lance des combats

Et le calumet de la guerre ; —

Je vivrai comme une étrangère ; Et l'on dira : Son fils est le jouet du vent, Il n'est point mort en brave, étendu sur la terre ;

C'est lui dont le cercueil mouvant

Courbe le palmier solitaire.

Tu n'es plus ; quel est mon malheur ! Tes yeux, à peine ouverts, sont fermés à l'aurore ; Je fus un instant mère ; hélas ! à ma douleur,

Cher enfant, je crois l'être encore.

Au sommet du triste palmier, Ce berceau, qui te sert de tombe, Servira de nid au ramier Ou de demeure à la colombe ; Et quand demain l'astre des jours Teindra ton froid cercueil de sa couleur riante, Au fond de ta couche odorante L'oiseau s'éveillera ; tu dormiras toujours.

Quand, pour bénir l'enfant dont sa fille est la mère, Viendra mon père aux cheveux blancs,

26o ŒUVRES DE LA JEUNESSE

Je guiderai ses pas tremblants Au pied de l'arbre funéraire ; Que lui dirai-je ? hélas ! Son regard attristé Se remplira des pleurs dont ici je t'arrose... Le fils que j'ai porté repose Sur le palmier qu'il a planté.

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