REGRETS
Arbres qui, sous vos frais ombrages Me voyez méditer les sages Et les chantres de tous les temps, Que ne vais- je sous vos feuillages, Au lieu d'écouter leurs ramages, Poursuivre encor vos habitants !
Hélas ! dans le courant du monde Bientôt ma barque vagabonde Entrera pour n'en plus sortir, jouet de maint écueil perfide, Roulant jusqu'à ce gouffre avide, Toujours comblé, mais toujours vide, Qui pour jamais doit l'engloutir !
Toi qui de mon enfance heureuse Soutenais les pas chancelants, De ma jeunesse aventureuse Modère les fougueux élans, O ma mère ! Jeté sur l'onde, Si contre moi l'orage gronde, Tes yeux de la mer en courroux Calmeront les eaux convulsives.
Tu rendis mes plaisirs plus doux ; Tu rendras mes peines moins vives.
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L'AVARICE ET L'EXYlE
L'Avarice et l'Envie, à la marche incertaine, Un jour s'en allaient par la plaine Chez un méchant ou chez un fou, Chez vous ou chez un autre, ou chez moi-même. En somme Elles allaient je ne sais où, Comme le héron du bonhomme.
Bien que sœurs, ces monstres hideux Ne s'aiment pas ; aussi, tout le long de la route, Sans se parler, ils cheminaient tous deux.
L'Avarice, le dos en voûte, Examinait ce coffre hasardeux
Pour qui toujours elle redoute.
L'Envie aussi l'examinait sans doute.
Comptant tous les écus dans son coffre entassés, Chemin faisant, dame Avarice Se répétait pour son supplice :
a Je n'en ai point encore assez ! 1> De son côté, l'Envie au regard louche, Lorgnant cet or, objet de tous ses soins, Disait, en se tordant la bouche :
« Elle en a trop, car j'en ai moins. & Chacune, à sa façon, méditait sur ce coffre. Désir soudain à leurs yeux s'offre, Désir, ce dieu galant qui seul peut exaucer Tous les souhaits qu'on lui veut adresser. Désir dit aux deux sœurs : « Mesdames, Je suis galant, vous êtes femmes,