‹ Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (volume 2)Chapitre 38 sur 65 · SCÈNE IV ROMERO, ALIX, GOMEZ · texte numérisé non relu

SCÈNE IV ROMERO, ALIX, GOMEZ

Pendant cette scène, on entend plusieurs fois le bruit du cor dans le bois.

ALIX

Comment ! est-ce bien vrai, mon père ?

ROMERO

Quoi?

GOMEZ

Seigneur Romero, mon père m'a dit...

ALIX

Que vous ne vouliez plus me marier avec Gomez.

ROMERO

Votre père vous a dit vrai, Gomez.

ALIX

O ciel ! et pourquoi donc, mon père ?

ROMERO

Par notre mère de Atocha, les jeunes filles interrogent maintenant leur père comme la très sainte inquisition interroge les hérétiques.

GOMEZ

Souffrez au moins que je vous demande, seigneur Romero, si vous avez quelque reproche à me faire.

ROMERO

Aucun.

GOMEZ

Eh bien ! alors, pourquoi donc me refuser mon Alix après me l'avoir tant promise ?

ROMERO

Je ne saurais vous dire, mon cher Gomez, mais cela ne se peut plus.

ALIX

Mon pèrel

GOMEZ

Moi qui menais tous les jours votre jument blanche à l'abreuvoir de Horcarral...

ROMERO

Cela est vrai.

GOMEZ

Moi qui ai contraint le nécroman Zulco de lever le sort qu'il avait jeté sur vos moutons...

ROMERO

Je ne le conteste pas.

GOMEZ

Moi qui vous ai cédé ce morceau des saints vêtements du bienheureux Jean-Baptiste que m'avait légué ma grand'mère...

ROMERO, avec impatience.

Fort bien, fort bien, Gomez ! Épargnez- vous des paroles inutiles. Je ne puis vous donner Alix. J'en suis fâché, que voulez-vous ? Les affaires ont changé.

GOMEZ

Quoi ! auriez-vous éprouvé quelque malheur, quelque perte ? Dites, seigneur Romero, et sur-lechamp ma cabane, mes filets, mon bateau, tout est vendu pour vous.

ROMERO, à part.

Bon jeune homme ! il m'afflige ; mais dans le fait, ma fille est devenue riche, et les doublons de la belle dame relèvent au-dessus d'un pêcheur.

ALIX

Eh bien ! mon père

ROMERO

Bien désolé, ma chère fille ; mais j'ai réfléchi ; la naissance de Gomez...

GOMEZ

Seigneur Romero, je suis le fils d'un honnête pêcheur.

ROMERO

Il n'y en a pas de plus honnête sur toute la côte, d'Ortiz à Pilavera ; mais savez-vous, mon cher Gomez, que l'un de mes ancêtres a été grenier de l'alcade d'Alpunar ?

GOMEZ

J'ignorais...

ALIX

Mon père, est-ce une raison pareille qui vous fera décider le malheur de votre fille ? Je vous en supplie.

ROMERO

Allons, jeune fille, il y a du chanvre à filer chez votre mère, et les heures qu'on donne aux larmes sont perdues pour le travail.

ALIX

Non ! vous m'écouterez, mon père. Je vous fléchirai. Hélas ! Gomez est toute mon espérance et toute ma joie. Viens. Gomez, aide-moi à l'attendrir ; dis-lui que tu m'aimes, que tu me rendras heureuse... Mon père, ayez pitié de moi, de mes

larmes, Ô Dieu ! (Elle tombe à ses pieds.)

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