‹ Victor Hugo raconté par un témoin de sa vieChapitre 18 sur 49 · DÎNERS CHEZ ÉDON · texte numérisé non relu

DÎNERS CHEZ ÉDON

Cependant Victor suivait toujours, ainsi qu'Eugène, les cours de philosophie, de physique et de mathématiques élémentaires au collège Louis-le- Grand.

Le professeur de mathématiques, M. Guillard, était si facile et sa laideur sympathique avait quelque chose de si paternel que les élèves l'appelaient le père Guillard. Il était fort distrait, et avait l'innocente manie de retrousser sa robe, comme s'il traversait un ruisseau ; il la retroussait pour aller de sa chaire au tableau. Il avait un nez à facettes qui faisait rire les élèves et dont il convenait. Un jour qu'un élève ne pouvait pas parvenir à comprendre le polyèdre, il lui dit : — Regardez mon nez.

La philosophie était professée par un M. Maugras qui, comme M. Larivière et M. Cordier, avait été dans les ordres. Trouvant qu'il avait assez porté la robe comme prêtre, il s'en dispensait comme professeur. Son costume pourtant restait grave ; il était toujours en redingote boutonnée jusqu'au menton et en cravate blanche. La petite vérole, dont sa figure blême était criblée, lui servait à trouver qu'il ressemblait à Mirabeau, dont il

réussissait à imiter le geste et l'attitude mieux que l'éloquence. Son enseignement concluait au matérialisme. Sa classe était beaucoup moins nombreuse que celle du père Guillard, et il prouvait sa philosophie autrement que par son titre en expliquant la théorie des sensations aux banquettes.

La gloire académique n'empêche pas la puérilité. M. Maugras était frappé et reconnaissant de l'attention profonde avec laquelle Victor prenait des notes pendant qu'il parlait ; c'est que Victor s'était imposé la loi de commencer toutes les lignes de chaque page par la même lettre, « ou ^ ou ime autre, ce qui exigeait une attention soutenue ; il fallait espacer ou serrer les mots pour que la lettre voulue tombât juste. Victor ne se laissait pas distraire de ce soin important, et était cité comme modèle d'application. ^lalheureusement M. Maugras l'interrogeait quelquefois, et s'apercevait qu'il n'avait rien entendu de ce qu'il avait si bien écouté.

M. Maugras n'en garda pas moins une certaine estime pour cet auditeur machinal, mais excellent extérieurement ; quand \'int l'époque du concours général, il l'y envoya :

— Je compte sur vous. Quand on a eu une mention à l'académie, c'est bien le moins qu'on ait un prix à l'université.

L'université fut plus difficile que l'académie ; Victor n'eut rien du tout. Le sujet allait pourtant bien à son imagination ; c'était la démonstration de l'existence de Dieu.

Il fut plus heureux en physique, où il eut un sixième accessit. Contrairement à la philosophie, la physique l'avait \dvement intéressé. Le professeur, M. Thillaye, enseignait en action ; sa première

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