‹ Victor Hugo, Waterloo, NapoléonChapitre 31 sur 38 · BERANGER · texte numérisé non relu

BERANGER

Méry et Barthélémy

L'œuvre poétique de Méry et Barthélémy est considérable et certains de leurs poèmes, tels que le Fils de l'Homme et Napoléon en Egypte ne sont pas tout à fait oubliés aujourd'hui et supportent, grâce à l'aimable facilité du vers, la lecture. Nous croyons qu'ils n'eurent qu'une seule fois l'occasion d'écrire de Waterloo. Ce fut en de pénibles circonstances. Le 8 août 1829, Charles X offrit le portefeuille de ministre de la Guerre au général de Bourmont. Ce Bourmont était celui-là même, qui, le 14 juin 1815, quatre jours avant Waterloo, avait déserté l'armée impériale pour passer à l'ennemi. Cette nomination souleva en France de vives et ardentes colères. Le nom seul du nouveau ministre paraissait un défi jeté à l'opinion publique, à l'armée, — cette armée que quatorze années à peine séparaient du désastre de 1815. Sous le coup d'une véhémente indignation, Méry et Barthélémy publièrent une brochure où le général de Bourmont était pris à partie avec un lyrisme violent (1). Entrai-

(1) Méry et Barthélémy, Waterloo ; Au général Bourmont , Paris; 1829, in-S*.

nés par le sujet, ils abordèrent la description de la bataille, le chant de la Grande Armée vaincue. Certes, à côté du magnifique poème^de L'Expiation, celui-ci est peu de chose, et ses couleurs sont bien ternes et bien faibles en regard de celles qui illuminent et incendient ce fragment des Châtiments. Mais les circonstances de la publication du poème de Méry et Barthélémy le sauvèrent de l'oubli. Au reste, il a de la flamme et de l'émotion et peut soutenir la comparaison avec la méssénnienne de Casimir Delavigne. Nous en donnons la partie essentielle, qui est le récit de la bataille, rejetant les apostrophes préliminaires à l'Angleterre et à Bourmont qui n'ajoutent rien au mérite de l'œuvre.

Souvent, dans ces grands chocs qui brisent un empire,

Dans ce moment suprême où tout un peuple expire,

Quand, sur un. même point, deux potentats rivaux

Poussent des tourbillons d'hommes et de chevaux,

Et que la terre attend, dans sa stupeur profonde,

Un grand événement qui va changer le monde ;

Des signes précurseurs, au firmament écrits,

Parlent de l'avenir aux vulgaires esprits;

Le ciel fait retentir, aux accords du tonnerre,

Le prologue effrayant du drame de la terre;

Il annonce aux mortels, par cette grande voix.

Qu'il prend aussi sa part aux querelles des rois,

Et prédit par son deuil l'éclipsé d'un grand homme,

Comme il fit pour César, Napoléon de Rome.

Ils ne faillirent point, ces éloquents signaux !

La nue avait ouvert ses profonds arsenaux ;

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