‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 28 sur 87 · DE QUELQUES FAITS PARTICULIERS QUI ARRIVÈRENT A CETTE PERSONNE · texte numérisé non relu

DE QUELQUES FAITS PARTICULIERS QUI ARRIVÈRENT A CETTE PERSONNE

•». Il lui arriva ce qui suit : un jour de l'Assomption de la vierge Marie Notre-Dame, qui fut toujours l'objet

4. Alphonse entra dans la Compagnie au eollècre de Valencia le 31 janvier 1571, passa le« six premiers mois de noviciat à Gandie suivant le P. Colin, à Valencia suivant d'autres auteurs ; il termina son noviciat et passa le reste de sa vie à Palma île Majorque, où il arriva en août Jo7l. 11 fit ses premiers vœux le o avril )o7:5 à la messe célébrée par le P. Barthélémy Goc, Recteur de Montésion, et les derniers, le S avril 1585, entre les mains du P. Aiphon.se Rotuau, visiteur du collège.

de sa tendre dévotion. An moment où elle s'agenouillait après la communion, pour faire son action de grâces, elle fut subitement ravie et portée dans le ciel. Son àme était entre les mains de la vierge Marie, et celle-ci ayant d'un côté l'ange gardien de cette personne, de l'autre saint François, ;son saint favori, l'offrait au Père Eternel. Ce ravissement fut de telle nature qu'elle ne peut dire si, pendant qu'il dura, son âme demeura en son corps ou hors de lui, vu la promptitude avec laquelle elle fut ravie et privée entièrement de ses sens. Elle se souvient que, circulant ensuite dans les rues, elle ne pouvait encore bien revenir à elle. Ceci lui arriva à Ségovie, dans l'Eglise de notre Collège, un an environ après sa conversion (1) ; elle ne se rappelle pas bien le temps que le ravissement dura ; il lui semble qu'il ne dura pas longtemps (2).

Il lui arriva encore ceci, quelques années après sa conversion, en cette même fête de l'Assomption de la Mère de Dieu. Gomme elle s'était retirée dans sa chambre, pour méditer sur la mort et l'assomption de Notre-Dame et pour considérer la multitude des anges qui l'assistaient alors ; elle vit comment, au moment où Notre-Dame expira, sa très sainte àme fut transportée au ciel au milieu d'une nombreuse troupe d'anges pleins d'allégresse ; et comment à son arrivée, les cieux s'ouvrirent pour recevoir leur Reine. Cette personne

1. C'est-à-dire après qu'il eut commencé à se donner entièrement aux exercices de la prière et de la péniteuce.

2. Pendant sa dernière maladie, alors que le Saint ne pouvait plus écrire, il coinoiuniquait verbalement ses souvenirs au P. Jean Torrens, préfet spirituel, lequel les écrivait dans un cahier, qui se trouve dans le tome A avec les originaux du Bienheureux Frère. Ou y lit : « Le 8 novembre 1617, il me dit diverses choses qui lui venaient à la mémoire ; et il ajouta qu'il y en avait un très prrand nombre qu'il avait oubliées, mais que certaines lui demeureraient toujours présentes » et il raconta ce ravissement au Père, à peu près dans les mêmes termes.

les suivait en esprit, sans jamais se séparer d'eux, de sorte qu'elle vit les anges entrer au ciel avec leur précieux trésor. Ce fut la première fête que les anges firent à la Mère de Dieu, après qu'elle eut quitté la terre.

Une seconde fête suivit aussitôt celle-ci : car lorsque la Mère de Dieu fut entrée au ciel, accompagnée de ntte troupe d'anges, elle fut fêtée par une autre multitude innombrable d'esprits célestes qui l'attendaient comme leur Reine et Souveraine. Quelle inénarrable réception fut celle-là, quelles l'êtes et quelles réjouissances les anges firent à leur manière, à leur Reine et Souveraine ! Ces choses ne sauraient être décrites ? Car ce sont des fêtes du ciel, données par ses bienheureux habitants à leur souveraine, à la Mère de Dieu luimême ; et elles se peuvent mieux goûter et entendre en l'esprit, quand Dieu les communique à l'àme dans un ravissement (car je crois que cette personne était hors de ses sens) qu'elles ne se peuvent raconter. Il est impossible à l'homme de les bien décrire, parce qu'il est corporel et que ces fêtes sont spirituelles.

Une troisième fête, plus solennelle que les précédentes eut lieu quand, après cette glorieuse réception, la Très Sainte Vierge fut de nouveau transportée par les anges et présentée à la bienheureuse Trinité. Alors, la joie et le contentement de tous les habitants du Ciel fuient si grands que, tous ensemble firent entendre un magnifique concert, à la manière des esprits, non à celle des hommes.

Cette personne voyait la fête comme si elle y eut été présente; elle se réjouissait de se trouver avec les anges et de prendre part à leur joie. L'intelligence de tous les hommes ne pourrait suffire à comprendre comment cela se fit, car cette fête ne ressemblait à aucune

de relies que l'on fait ;m\ rois de la terre. Bien que les an-vs fussehi innombrables, que leur demeure fût immense, qu'ils lussent si disperses, chacun jouissait de ce •••■leste concert et participait à la joie spirituelle de la tète, comme si tous avaient été réunis : et cette personne en jouissait grandement, parce qu'elle était au milieu â'euxjellé les apercevait tous à la fois et vovait comment ils se réjouissaient et faisaient fête à leur Souveraine : elle discernait aussi chacun de ers esprits bienheureux en particulier, comme si son âme eut été simultanément, tout entière en chacun et tout entière en tous: et elle goûtait pleinement, sans en perdre la moindre jouissance, la fête solennelle qui se faisait à la vierge notre Souveraine (1). Or. si un seul ange fait une musique assez mélodieuse pour élever l'entendement des hommes au point que pendant plusieurs années ils ne peuvent revenir à eux, que dire de celle de tous les habitants du ciel, surtout lorsqu'ils sont inspirés par leur amour pour leur Reine et Souveraine .' C'est une chose si haute qu'il n'y a personne ici-bas qui le puisse bien donner à entendre.

Cela arriva à cette personne vers le soir, au collège de .Majorque, dans sa chambre, qui était au-dessus delà

1, Dans la relation qu'il fit le 8 novembre 1017 au P. Torrens, Alpliouse étend à tous les bienheureux ce qu'ici il semble limiter aux ancres. Il dit : « Un aiure jour de l'Assomption, étant à Majorque dans la Compagnie, je fus enlevé en esprit au ciel; et là, Notre Seimieur Jésus-Christ nie montra trojs très protides et Ire- solennelles fêtes, qui s'y faisaient; une 4e l'Assomption tlè li Vléfrpé ; une autre de sou entrée au > ïel ; la troisième de son couronnement : ees lètes étaient différentes et très solennelles. Je vis aussi là les bienheureux ; je les connaissais tous, chacun en particulier, sans les avoir jamais vus ni entendu nommer et je me disais en moi-même : celui-ci est un tel ; celle- 15; uut telle ; et d'un seul regard, je les reconnaissais tous aussi bieu que chacun. «

dépense donnant sur le cloître (1). Comme la contemplation de ces choses se passa au Ciel, il est clair qu'elle eut un ravissement, qu'ici il n'y eut rien ne* corporel, mais que loin tut purement spirituel ; elle ne se rappelle pas combien dura le ravissement.

7. Un jour quœlle récitait le rosaire, elle vit tout à coup en esprit Notre-Dame et son Fils bien aimé venir à elle. Le Fils vint à droite desaMère et par suite â gauche de cette personne et il se mit en son cœur. La Sainte Vierge apportait un autre cœur ; elle le mit au cote droit de cette personne et se plaça elle-même dans ce cœur, de sorte que là Mère et le Fils vinrent reposer enelled'une manière sensible- Aujourd'hui encore, après plus de douze ans, leur présence dans son ànle est si sensible qu'elle ne peut même s'en distraire [z)'. Elle en retire lin grand profit, car elle ne s'est jamais élevée dans son cœur ni pour cette faveur, ni pour celles dotit elle a parlé plus haut ; elle vit, au contraire, dans la crainte et le tremblement. Ces choses extraordinaires donnent même plus de peine que de joie; elle se consolerait et ^surferait si elles disparaissaient, tant elle redoute d'être trompée. En supposant que Dieu lui donnât à choisir, elle serait très contente de ne pas être conduite par des voies si périlleuses, si une voie ordinaire devait procurer une plus grande gloire à Dieu et un plus grand bien à son àme; aussi elle demande à Dieu d'écarter d'elle ces laveurs et ces révélations, qui l'ex-

1. « Cette chambre était au lieu même où est aujourd'hui la chapelle en pierre polie, et à peu près au milieu de celle-ci. »

eu marse de la copie du P. Siljar.)

2. Le Saint Frèfe reçut cette faveur plusieurs fois. Le 24 janvier 1014, il dit au P. Torrens, que peu de jours auparavaut, il avait été c'usolé par une semblable visite de Jésus et de sa très 6ainte Mère.

posent à tomber dans l'illusion et à offenser son Dieu qu'elle aime tant.

La sainteté, en effet, ne consiste pas à avoir des

visions ou des consolations, le don de prophétie ou des révélations, ni à l'aire des miracles; toutes ces choses coûtent peu à l'âme, puisque c'est Dieu qui les lui donne (1).

Mais la sainteté coûte à l'âme de grands efforts pour se mortifier et se vaincre avec la grâce de Dieu, pour subjuguer par la lutte les vices et les passions. Ainsi la sainteté consiste dans l'amour de Dieu et du prochain, dans une profonde humilité de cœur, dans la patience, l'obéissance et la résignation, enfin dans l'imitation de Jésus-Christ Notre-Seigneur. En ceci il n'y a pas de danger comme en ces autres choses.

La vision précédente eut lieu vers le soir dans la chambre de cette personne, chambre qui se trouvait à l'en Iroit où est maintenant le blé. On nomme les visions de cette sorte, visions intellectuelles, parce qu'elle ne passent pas promptement comme celle de "imagination, mais qu'elles durent beaucoup de jours et d'années. Elles arrivent lorsque l'âme est sans préoccupation de choses semblables, ou même sans qu'elle y ait jamais pensé.

S. Un autre jour, qu'elle servait la messe (2) et ne

1 . Dans le volume A, on lit : « Qu'on remarque que toutes ces visions lui causent beaucoup de honte et de confusion devant Notre -Seiçrceur, de sorte qu'elle ose à peine lever le? yeux et demeure tout interdite ; ce qui est l'indice du bon esprit, parce que le mauvais, qui est orgueilleux, ne cause que présomption et orgueil. »

2. t Le snint Frère fut très dévot à la sainte Messe. Nulle occupation, nul prétexte ne pouvaient l'empêcher d'y arriver ponctuellement. Quand on l'appelait par ordre du supérieur, on savait où il allait à la rapidité de sa marche et à la joie «le son visaae... Certains parvenaient à savoir à quelle beure il servait la messe, afin de se trouver alors à l'église. Ceux qui, après avoir entendu une messe, le voyaient sortir pour servir la sui-

songeait à rien de semblable. Jésus-Christ Notre Seigneur lui apparut, debout sur l'autel, du enté de l'évangile. Il «'tau vêtu d'une longue robe, comme lorsqu'il vivait sur la terre, au milieu des hommes ; son visage était d'une grande beauté, de couleur brunâtre tirant un peu sur le jaune, comme de couleur noisette, et laissait voir une divine majesté. La modestie de S"S yeux et la sérénité de son visage étaient admirables et toutes divines. Il semble qu'il ait voulu enseigner luimême à cette personne coin nient elle devait les pratiquer à son exemple. En effet, en lui laissant voir la modestie de son regard, il l'éclaira subitement et lui montra comme dans un miroir et d'une manière spirituelle les immenses trésors de son cœur. Cette vision de Jésus-Christ eut une telle vertu et une telle action sur cette personne, que, toutes les fois qu'elle se la rappelle, elle se sent recueillie, pénétrée de dévotion et même transformée extérieurement et intérieurement, comme on l'est après une fervente oraison. Il semble que Notre-Seigneur jette alors dans son cœur une vive étincelle, qui transforme cette personne au dedans et au dehors et la laisse ensuite profondément recueillie. Quoique plus de douze ans se soient écoulés depuis cette vision, elle lui est toujours aussi présente et opère toujours les mêmes effets; il semble qu'elle ne puisse pas l'oublier, bien qu'elle vive toujours dans la crainte et l'inquiétude au sujet de ces choses, à cause du danger et de Terreur auxquelles elles exposent.

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