Le manu? rit A dit : « Il y a environ 25* ans
3. Le P. Colin, après avoir copie ce numéro, dit : Le Bienheureux embrasse tout ici, depuis le premier pas dans la vie purgative jusqu'au dernier point 'e perfection dans l'union et la transformation en Dieu, c"est-à dire les points les plus élevés de la connaissance et de l'amour divins, que distinguent ilans leurs traités mystiques saint Denys, saint Bernard, l'abbé Gilbert, saint Bonaventure, Gersou et d'autres auteurs modernes » (1. I, chap. xviii;. Ce même Père remarque dans ce numéro 12 et èuumère dans l'ordre suivant, quinze degrés d'oraison ou d'union avec Dieu, et quatre marques du bon esprit qui correspondent aux quinze lettres minuscules et aux quatre lettres majuscules insérées dans le texie; savoir ■"
a) voie pour arriver à l'union avec Disu;
b) par quelles considérations ;
c) par quel decrés ;
d) par quel exercice ;
e) il arrive à la connaissance de Dieu, p* : !j .ut degré de contemplation ;
A) Première marque du bon esprit : l'iiùiiiiiiU;
temps dans la vie purgative a), c'est-à-dire après avoir passé trois annéesà considérer la gravité de ses péchés, en avoir conçu une vive douleur, un extrême repentir et après les avoir pleures amèrement, cette personne s'exerça aussi durant quelques années à méditer sur la vie i-t la mort, la passion et la résurrection de Notre- Seigneur. En cela consiste la voie illuminative de ceux qui avancent dans la perfection. Elle fut alors élevée à la considération des perfections divines et cette considération unit son àme à Dieu Notre-Seigneur par voie d'amour. Dans cet exercice son cœur s'enflammait et s'embiasait d'un très grand amour pour Dieu; b) parce que Dieu lui donnait une grande connaissance d'ellemême par la considération de sa bonté et de son amour infini, par celle de son être et de ses perfections infinies; enfin par la vue des bienfaits si considérables et si nombreux qu'elle avait reçus de lui et qu'elle en recelait sans cesse. Il lui faisait voir aussi quel était d'une part le bienfaiteur,de l'autre celui qui avait reçu et recevait encore ses bienfaits. C'est par ces méditations et d'autres encore sur les perfections divines, qu'une àme arrive à connaître et à aimer Dieu, et à se connaître véritablement; et cette double connaissance Tembrase d'amour pour son Dieu.
f) extase;
g) ressemblance avec les ao2es;
h) union et transformation spirituelles de l'âme avec Dieu par voie d'amour ;
B) Seconde marque du bon esprit : la paix ;
(,') Troisième marque du bon esprit : la mortification ; i) divinisation (endiosamiento) de l'âme ;
D) Quatrième marque du bon esprit :1e repos dans l'oraison;
j) oraison sans discours ;
k) amour réciproque ;
/) faveurs du bien- aimé ;
m) sein de Dieu, où l'âme se repose ;
«) obscurité spirituelle (littéralement : brouillard spirituel;
p> possession et jouissance de Dieu, qu'il communique a l'àme, dès cette vie.
Par cette voie du raisonnement, c) l'entendement donne aliment à la volonté, qui vient après comme puissance de l'âme ; la volonté, elle, s'occupe tout (.'litière à aimer Dieu déjà connu et s'enflamme du désir de souffrir de grandes choses pour un si bon Maître.
Plus l'âme s'abaisse et s'humilie, plus elle s'élève vers Dieu e! mieux elle le connaît. C'est pourquoi cette personne se mettait en la présence de Dieu en lui disant affectueusement de cœur et de bouche : d) « Seigneur, que je vous connaisse et que je me connaisse, » et aussitôt elle était élevée au-dessus de tout le créé ; e) elle se trouvait comme dans une autre région, seule avec Dieu qui lui donnait de grandes lumières concernant la connaissance de Dieu et sa propre connaissance. Son âme en venait ainsi à comprendre Dieu, non par la voie du raisonnement, mais en lui-même, par une claire vue surnaturelle. Plus elle s'humiliait en la présence de Dieu, A) plus Dieu se découvrait à elle, et plus elle s'embrasait d'amour pour lui ; et à mesure que cet amour croissait eu elle, croissait aussi cette double connaissance de Dieu et d'elle-même. Ainsi Dieu et l'âme rivalisaient ; Dieu, pour l'élever, l'âme pour s'abaisser, s'humilier et se confondre devant lui. Enfin sa connaissance de Dieu, immédiate, sans raisonnement, et par suite son amour pour Dieu et son intime familiarité avec lui, en vinrent à un tel point, qu'il semblait, pour ainsi dire, que le Seigneur voulût se découvrir à elle comme aux bienheureux.
Parfois, en prononçant seulement avec un grand sentiment d'amour ce mot : Seigneur ! et en fixant en même temps les yeux de son âme vers Dieu par une vue de foi ; ou bien en disant à Dieu /") : « 0 mon bienaimé, ô mon amour, vous êtes tout à moi et je suis tout à vous f » elle était ravie dans l'être infini de Dieu,
18 vil: admirable
embrasée de sort amour, et plongée dans ce feu infini qui la consumait toute entière. (Jui pourri dire à quel degré d'amour parviendra une àme plongée dans un tel brasierf Celui qui à éprouvé ces choses connai seul l'intensité de cet amour; encore est-il incapable de le décrire, parce qu'il est purement spirituel, g) En suivant cette voie, l'âme devient semblable &tix Trônes; la double connaissance qu'elle acquiert de Dieu et d'elle même la fait ressembler aux Chérubins, et cet amour si relevé l'assimile aux Séraphins; elle arive enfin à s'unir à Dieu par amour, h) Alors, l'âme aime Dieu et jouit de lui, parce qu'elle est absorbée et comme baignée dans l'amour divin. L'état auquel eîle est parvenue, est celui d'une union très parfaite avec Dieu et, pour ainsi dire, d'une transformation en Dieu. À ce point, chacun donne à l'autre tout ce qu'il a et tollt ce qu'il est, et demande à l'autre tout ce qu'il a et tout ce qu'il est. L'anie dit à Dieu : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. Mou Dieu, vous êtes tout à moi et je suis tout à vous » ; elle détache tout son cœur et toute sa volonté des choses terrestres ël charnelles, pour se jeter en Dieu sans réserve et y demeurer avec lui en silence, dans une parfaite solitude. B) Arrivé à cet état, l'on n'a plus de peine à obtenir de la volonté qu'elle veuille par pur amour ce que Dieu veut, quelque pénible que ce soit ; car l'âme a déjà tant goûté et connu Dieu, que son amour lui rend aisé ce qui est difficile.
Il ne reste plus à l'âme, qu'à se nourrir de ce qui lui fait le plus envie, parmi tant de mets divins qui sont servis sur la table des perfections divines, mets qui sont d'une grande saveur, puisqu'ils ont la saveur de Dieu même. 0 festin du ciel! Dieu est celui qui invite l'aine; et, dans ce repas d'amour, il se donne
lui-même*0 amour suprême! oamoiir eéiëstfei o amnur béni ! ô amour précieux ! o amour profond et divin, qui en vient à ce que le convive se donne lui-même à l'àme en nourriture! Là, l'àme se nourrit d'un Dieu plein de douceur : Dieu se donne à elle tout entier par amour ; et elle, embrasée d'amour, reçoit ce présent de son bien-aimé.
Comme elle s'en repaît ! il est si beau, si savoureux et si agréable ! Elle le met dans son cœur, et l'y t'ait reposer, parce que la pureté de cœur voit Dieu : Beati mundo corde, qubhidm tpsi Deion ridebmit 1 : aussitôt sa dévotion se nodrrit amoureusement de lui et s'en rassasie. L'àme se livre alors entièrement par amour à son bien-aimé, et lui à elle; elle s'abandonne à lui sans réserve : elle est toute à lui, et il est tout à elle. Dans ces heureux moments, quels colloques plus doux, que le miel ont lieu entre l'àme et sou bien-aimé ! Comme elle lui parle, sans bruit de parole, par lesdésirs enflammés de son cœur! Comme elle se repose et se délasse ! Alors elle jouit de l'amour de son Dieu ; alors elle est consolée et instruite; enfin, elle loue et bénit un si grand Maître par des actes non interrompus d'amour.
Q Tandis qu'elle jouit de son bien-aimé, il lui semble ne plus être de ce monde; elle oublie toutes les choses de la terre et s'oublie elle-même, parce qu'elle s'occupe uniquement d'aimer sonDieu,qui lui est pré sent si intimement et comme à découvert. Elle arrive aussi à mourir à \outes les choses de la terre et. à vivre seulement pour Dieu, i) enfin, à être divinisée. L'àme, étant suffisamment exercée dans cette amour de Dieu,
1. Mattli., v, 8. « Bipnheureux ceux qui ont le cœur pUr, parce qu ils verront Dieu. »
le pratique avec une telle perfection, qu'elle aime Dieu presque sans interruption par un acte perpétuellement continué d'amour (1) ; elle a sans cesse le cœur tourné vers son Dieu : Ego dormio, et cor meum vigilat (2).
Ceux qui sont parvenus à un si heureux état, par la miséricorde et la grâce de Dieu, prient avec beaucoup de quiétude et de suavité, sans fatigue d'aucune sorte ; ils sont aisément seuls avec leur Dieu, et trouvent du repos là où les autres éprouvent de la fatigue : D) de même qu'un homme fatigué et lassé après quelque travail, n'a pas de meilleur remèie que d'aller se reposer dans son lit, où il trouve en effet le terme de ses fatigues; de même, lorsque cette personne (que Dieu a mise dans cette voie) est lasse et fatiguée par suite de quelque travail corporel, elle n'a pas de meilleur ni de plus efficace remède que celui d'aller converser avec Dieu. Dans les travaux spirituels, c'est encore en Dieu qu'elle trouve l'aide et l'enseignement dont elle a besoin. De plus, elle y rencontre une grande suavité; et son oraison est si douce et si paisible, qu'il semble qu'elle ne soit allée à Dieu que pour se reposer, le corps se délassant pendant que l'àme prie.
Quant aux autres modes de s'exercer dans l'amour de Dieu, il y en a trois, qui étaient accoutumés à cette personne, j) Dans le premier, sonàme était tout absorbée dans la connaissance et l'amour de Dieu, sans aucun discours de l'entendement, parce qu'elle avait franchi les degrés inférieurs de la contemplation ; bientôt, émerveillée à la vue des perfections et de l'amour de Dieu qui sont une même chose avec lui, elle était transportée d'admiration et d'amour, perdait tout sen-
i. « Con un aclo conlinuado de arnor, »
-&. Gant., v, 2. — « Je dors, et mon cœur veille. »
tiraent et était ravie en Dieu, ou comme immergée en lui.
La seconde manière consistait à tenir son cœur toujours grand ouvert à l'amour pour y recevoir et y introduire son bien-aimé; de la même manière que nous ouvrons une fenêtre, pour faire pénétrer le soleil. Sitôt la fenêtre ouverte, le soleil entre; de même, Tàrne se dispose à recevoir son bien-aimé par le grand désir qu'elle en a : Sicut cervus desiderat fontes aquarum (1) et elle le reçoit en elle. Cet amour vient de Dieu et descend en l'âme; Pâme le reçoit et le renvoie à Dieu, par un amour qui se nomme amour réciproque, k)
Dans le troisième exercice de l'amour, son àme se considérait en la présence de Dieu comme un tout petit enfant, et l'aimait comme un enfant aime sa mère, se console avec elle et se repose sur son sein. Sur le sein de sa mère, un enfant est tout joyeux et content, surtout quand sa mère le tenant en ses bras, joue avec lui et lui dit des paroles pleines de tendresse; alors l'enfant en fait autant à sa mère, mais à sa manière enfantine. Sa mère l'aime d'un tendre amour; et lui, il met en elle toute sa consolation et sa joie. Il est près d'elle et elle est avec lui ; elle est heureuse près de lui, parce qu'il est son enfant ; et lui se réjouit d'être près d'elle, parce qu'elle est sa mère ; elle lui présente le sein et il se passe entre eux des entretiens plus doux que le miel ; car le babil des enfants est très joyeux et plein de saveur, et il les rend tout aimables.
C'est ainsi que les choses se passent spirituellement entre Dieu et l'âme qui se fait petite comme un enfant;
1. Ps., xli. 2. La Vuterate dit: Quemamodum desiderat cervus ad fontes aquarum. « Comme le cerf soupire après les sources d'eaax vives. »
car ce sont les simples et les petits qui donnent à Dieu le plus de joie; e'esl avec eux qu'il converse le plus volontiers : Cum simplicibus ratiocinatio ejus (1) ; m) Quand Dieu se communique à ces âmes simples, il leur semble qu'elles se trouvent dans le sein de Dieu. C'est ainsi que les choses se passaient pour cette personne: elle s'entretenait doucement avec son Dieu, l'aimant suavement et lui parlant amoureusement, comme un tout petit enfant et avec la simplicité de l'enfant. Ce sein de Dieu, où repose alors l'àme, est l'être, infini de Dieu.
L'a me qui se trouve plongée dans cet être infini, doit se comporter avec lui. comme le taisait cette personne. Lorsqu'elle contemplait son Dieu, elle repoussait de toutes parts ce qui pouvait venir du dehors, quelqu'élevées que les choses parussent; elle s'en débarrassait, parce que aucune des choses qui se comprennent n'est Dieu, Dieu ne pouvant être compris que par lui-même. Il suit de là, que l'àme peut croître sans cesse dans la connaissance infinie de Dieu et, par cette connaissance croître dans son amour. Cet exeivire amène l'àme à voir de plus en plus clairement combien Dieu est incompréhensible ; et elle jouit d'autant plus de lui qu'elle le connaît davantage. Mais de quelle manière l'àme jouit-elle de Dieu lorsqu'elle est absorbée en lui pendant l'oraison ? n) On répond que c'est par le moyen de l'ignorance infinie de Dieu. L'a me repousse de toutes parts, d'en haut, d'en bas, d'un eèté et de l'autre, tout ce qui se présente endeho ■ ; i Dieu; car elle :t que tout ce qui s'offre à elle, que tout ce quisepeo i i jiaiTimagination,ou omprendre
par Pmtelîigènc :, n'est pas Dieu. De cette façon, l'es-
i. Ivgt,, ni, 32. La YutitttC dii : Stnnociv : a ejm. «U converse avec les «impie*, i
prit peste ton! dépouillé des rivât un/s ni comme revêtu de l'ignorance inlinie de Dieu, laquelle, en raison de son infinité, prive lame de toute compréhension, aussi bien de toute Bpéaiupa que du Créateur.
Les contemplatifs appellent celle ignorance uu brouillard iniebla), sur lequel l'àme s'élève, attirée par le rayon de la divine ignorance, non pour comprendre, mais pour connaître que Dieu est doux. Ainsi elle conii.i t par le gaûl ce qu'elle ne comprend pas par l'intelligence: et moins elle a l'intelligence et la connaissance de Dieu, plus elle uoùte sa douceur.Les veux du corps voient ce qui es devant eux, non ce qui est derrière; inais les yeux, de l'àme, qui est esprit, non seulement voient ce qui est devant, mais ce qui est derrière, à droile et à gauche. Ainsi l'ame. qui i i enfermée au milieu de Dieu, jouit de lui, le vob et le connaît de toutes parts, à laide de cette vive lumiè/e que Dieu lui communique pour le connaitreet le goûter; niais elle ne le comprend pas, car lui seul se comprend. Quand l'àme a éloigné d elle tout ce qui est compréhensible, alors, elle reste avec- Dieu incompréhensible ; p) et elle possède Dieu seul à à seul, le goûte avec une graille jouissance et beaucoup de lumière, parce qu'il n'existe plus que Dieu et l'àme, tout le reste ayant disparu.
13. Un jour cette personne accompagna un Père, qui allait visiter une femme malade. Celle-ci était enceinte et en grand danger de mourir ; on parlait de l'opérer après sa mort,, aiin de baptiser l'enfant, si on le retirait en vie. Cette personne, voyant le péril où était la malade, eut grande compassion de la mère et de reniant; et, en retournant à la maison, elle se sentit portée à prier pour eu* avec beaucoup de ferveur. £lle 8e mit donc tt implorer lurii *\..r larmes et du fond du
cœur en lui disant : « Seigneur, je vous offre pour cette femme tout le bien que j'ai fait dans ma vie ; que ce soit pour elle et pour les siens, afin que vous lui veniez en aide dans cette épreuve. » Le Seigneur consola la malade; car bientôt elle se trouva mieux. A quatre jours de là en effet, comme cette personne passait par le même endroit avec le Père, celui-ci lui dit : « Voici la femme qui était malade, celle que l'on devait opérer après sa mort ». Elle était sur la rue, à la porte de sa maison.
14. Un autre jour, cette personne accompagnait un Père qui allait confesser un malade; le Père trouva celui-ci mal disposé ; il tenait de mauvais propos, comme s'il n'avait plus sa raison. Le Père ne voyant aucun moyen de l'amener à se confesser, parce qu'il ne donnait aucune prise sur lui, se retira pendant quelques moments. Alors, cette personne recourut à Dieu et il le pria de venir en aide au malade; le Père fit la même chose. Or il plut à Dieu, en ce court espace de temps de changer cet homme, tout à l'heure si éloigné de la confession qu'on ne pouvait même l'y disposer, en un très doux agneau qui se confessa dans d'admirables sentiments.
15. Quelqu'un, étant fortement tenté et grandement affligé de cette tentation, lui demanda un jour de prier pour lui. Cette personne le fit, et pleine du désir de consoler cette àmedont elle ressentait vivement l'affliction, elle pria Dieu de la délivrer de la tentation et de la lui donner à elle-même. Il lui fut répondu qu'une autre épreuve lui serait donnée. Et en effet Dieu lui envoya une si grande douleur d'estomac qu'elle n'en avait Jamais éprouvé de pareille. Depuis lors, cette douleur
lui est revenue quelquefois, mais pas aussi forte que la première fois; et elle est allée toujours en diminuant jusqu'à cesser entièrement. Quant à celui qui était tenté, il fut délivré et consolé.
16. — Il arriva encore ceci à cette personne. Elle avait eu de son mariage un tils ; celui-ci ayant environ trois ans, elle demanda à Dieu de le retirer de ce monde, s'il devait l'offenser. Elle continuait à faire cette demande, lorsque, étant couché près de lui, elle le vit comme s'il eût été enseveli. Quelques jours après, un mois après peut-être, l'enfant, qui se portait bien auparavant, tomba malade assez soudainement et mourut en quelques jours. Il semble donc que Dieu exauça sa prière; il retira l'enfant de ce monde, à un âge où il était bien sûr d'être sauvé, et le conduisit au bienheureux repos du ciel, où. il jouit certainement de la vue de Dieu.
i^. Pendant que cette personne s'adonnait si constamment à faire oraison et à s'entretenir avec Dieu, toute son occupation consistait à aimer Dieu ; à peine élevait-elle son cœur vers lui, qu'à l'instant elle se trouvait près de lui ; et cela avant même de prononcer une parole d'amour; car il lui suffisait d'un regard pour être blessée d'amour.
Quelquefois il se passe entre Dieu et l'âme des choses spirituelles, qui viennent si soudainement, si suintement, avec tant de promptitude et sans que l'âme y songe, que l'imagination ne saurait être en cause. L'imagination n'a pas le temps d'agir, l'àme étant tout à coup entièrement ravie et hors d'elle-même, toute en Dieu et en ce que Dieu lui communique. Je le dis, parce qu'il arriva une lois à cette personne, pendant
son praiçQP et sans qu'elle songeât à rien de semblable, d'être ravie avec une telle promptitude et une si grande force d/ esprit, qu'il lui sembla traverser les cieux avec vitesse et sanséprouver de résistance. D'après ce qu'elle comprit, elle fut ainsi élevée, non seulement au premier ciel, mais jusqu'au sommet du second. En traversant le secuu l, elle avança au milieu d'une certaine obscurité; maisdès qu'elle l'eût franchi et fut parvenue à son sommet, elle se trouva dans une lumière dont la splendeur dépassait de beaucoup celle du soleil. Il lui semble que ce ravissement dura peu de temps.
18. On a déjà parlé de la manière dont se comportait cette personne dans l'exercice de l'oraison, et on a dit comment elle s'exerça dans les voies purgative, illuminai ive et unitive. Maintenant il sera utile de savoir comment elle se comportait à l'égard d'un autre exercice, qui doit ordinairement accompagner l'oraison pour quel'àme croisse en perfection.
Cet exercice consiste en une grande mortification. Avec les deux ailes de l'oraison et delà mortification, et avec la grâce de Dieu, l'àme vole et arrive au sommet de la perfection. Une chose est à remarquer : quand Dieu console l'àme, c'est pour l'éprouver ensuite et l'exercer dans les vertus, pour lui apprendre à travailler, à combattre et à se vaincre pour Dieu. C'est ainsi qu'il agit à l'égard de saint Paul; il l'éleva jusqu'au troisième ciel, lui donna de grande consolations et lui fit de grandes faveurs; mais il le visita ensuite d'une autre manière, en l'éprouvant par des tentations et lui envoyant de grandes tribulations, alin qu'il ne s'eporgueillii point des dons qu'il avait reçus de Dieu, comme il le dit lui-même.
Voici donc ce qui arriva à cette personne, après
qu'elle eut été Si grandement favori sée. Noiiv-Sriuneur, pour sa gloire et pOiir le bieh de l'âtae de cette pet* sonne. l'éprOUvâ en donnant aux démons la permission de la persécuter j et, comme cette permission fut très étendue, l*épi*euve et les peines que les démons lui firent endurer furent très grandes. Car, les démons, quelle qUesoit leur malice, ne peuvent dépasser ce qui leur est permis par Dieu.
Dieu leur donna donc la permission de tenter et d'affliger cette personne, pendant un espace d'environ sept années; et les guerres qu'ils lui tirent, les tentations dérdionnétes dont ils l'assaillirent, furent si terribles et si dangereuses, qu'il est impossible de les décrire (i).
Ce ne furent pas en effet des tentations ordinaires, ni même d'une assez grande forcé, mais des plus violentes et de celles ou les démons de l'enfer déploient toute leur rage : l'épreuve en vint parfois à ce point que cette personne croit qu'elle en serait morte, si Dieu n'avait défendu aux démons de passer outre. Alors ils se retiraient vaincus et prenaient la fuite.
C'est ainsi que les démons perdent du terrain justement là où ils prétendent faire périr l'àme : et que l'àme au contraire, en remportant la victoire, gagne de glorieuses couronnes.
Tantôt cette personne était serrée et poursuivie de si près qu'il est impossible de décrire sa peine. Tantôt elle était toute faible et comme haletante ; tantôt désolée et privée de toute consolation divine et humaine. Il lui semblait alors qu'il n'y avait pas de Dieu pour elle, mais seulement des démons, qui l'entouraient, se présentaient à elles sous diverses formes, en l'invitant au
1 CettP lutte eut lieu après se? vœux du noviciat, et avant ses eecoads voeux, c'est-à-dir eeutre 1573 et 1583.
mal, et la maudissaient, parce qu'elle ne voulait pas consentir à ce qu'ils lui proposaient.
Tanlil elle assistait à leurs conversations infernales et les entendait blasphémer Dieu ; ou bien elle était sur le point de mourir étouffée, parce qu'ils la serraient à la gorge ; et puis soudainement, ils la laissaient et se retiraient vaincus. Mais ils ne s'en allaient que pour délibérer entre eux en enfer à son sujet ; car elle voyait alors, comment, au milieu de l'enfer, ils prenaient conseil et consultaient un grand nombre de démons.
Ils prirent un jour en ce conciliabule la résolution de venir l'attaquera minuit, et ils exécutèrent la chose comme cette personne en avait été informée par cette vision, à l'insu des démons.
Dans ces horribles tentations, si dangereuses pour son âme, cette personne recourait à la Vierge Marie et la suppliait d'obtenir de la Très sainte Trinité etde son divin Fils que les démons lui fissent souffrir, avec la grâce de Dieu, toutes les peines de l'enfer, plutôt que de permettre qu'elle offensât un Dieu qu'elle aimait tant. Elle se recommandait instamment à la Vierge Marie, la priant d'être à chaque heure du jour son refuge et sa défense contre tous les démons.
Bientôt, à minuit, elle sentit venir les malins esprits, en tumulte et avec grand fracas. Ils venaient exécuter leur projet. Les uns la saisirent, les autres l'embrassèrent de manière à l'exciter au mal, sans qu'elle put s'en débarrasser; elle fut sur le point de mourir suffoquée, tant ils déployèrent de rage à son égard. Durant cette épreuve, elle était consumée de tristesse; si elle cherchait quelque consolation pour alléger sa souffrance, elle n'en trouvait aucune. Elle appelait Notre- Dame et ne la trouvait pas; elle appelait les Saints et ils étaient sourds à ses cris ; elle appelait Dieu lui-
même, il ne répondait pas; aucun remède n'en était un pour elle. Au contraire, plus elle cherchait d'appui au ciel ou sur la terre, plus elle était persécutée et attaquée. Sa tristesse devint si accablante pendant ces horribles persécutions, qu'elle dépérissait ; aussi rappelait-on l'air émisée, tant elle était pâle et méconnaissable.
Cependant les lumières qu'elle avait reçues de Dieu, et. sa résolution de ne rien refuser à la divine Majesté et de la glorifier en tout, lui firent surmonter toute crainte à l'égard des démons, pour lesquels elle était pleine de mépris, et accepter en même temps les mauvais traitements qu'ils lui faisaient subir, parce qu'elle ne voulait pas consentir à leurs desseins. Ces traitements étaient tels qu'elle ne sait à quel tourment les comparer. A la mort ? La mort est peu de chose auprès de semblables épreuves ; car, lorsqu'elle était assaillie par les démons, elle eut voulu souffrir bien des fois la mort, plutôt que de se voir en si grand danger de perdre son Dieu, et bien souvent elle crut qu'elle allait succomber à ces souffrances excessives. Pour être délivrée du danger d'offenser Dieu, elle consentirait volontiers en effet à être brûlée vive dans un brasier grand comme une ville, toute la violence du feu se concentrant sur elle et tout le monde s'occupant à la tourmenter; oui, elle passerait volontiers par une semblable peine, pour éviter l'autre, tant sa faiblesse extrême lui fait redouter de succomber à la tentation et de se perdre, lorsqu'elle est aux. prises avec ses ennemis.
Quoique cette personne fut ainsi affligée, Dieu ne laissait pas de l'instruire et de lui donner sa divine lumière pour l'encourager et la fortifier contre ses ennemis. 11 lui faisait connaître clairement comment il se comporte avec les siens, pour leur faire acquérir de
glorieuses couronnes. Ainsi, elle voyait eomment Dieu, de su droite, soutient ses serviteurs dans leurs travaux: et leurs combats, et de sa gauche, les livre à leurs ennemis, afin qu'ils les tourmentent et les persécutent par des tristesses, des désolations et toutes sortes de peines.
L'amour de Dieu envers ses serviteurs est si grand qu'il permet de semblables épreuves, aiîn de les enrichir de vertus, de les sanctifier et de leur préparer de magnifiquescouronnesdansla gloire. Gomme d'ailleurs il les défend de son bras tout puissant, ils sont assurés qu'ils ne tomberont pas et qu'on ne les arracln ra pas de sa main. Aussi Dieu communiquant de semblables faveurs à cette personne, elle prenait chaque jour de nouvelles forces.
Les grâces que Dieu lui faisait, ne se bornaient pas là. Souvent, après ses combats contre les démons. Dieu la consolait intérieurement de telle sorte que la chair étant parfois trop faible pour supporter l'abondance de ces consolations, elle s'écriait en gémissant profondément : « Seigneur, laissez-moi ; je me meurs ». Elle était promptement exaucée : Dieu s'éloignait d'elle. Elle croit que s'il ne s'était pas éloigné dans ces moments, l'excès des consolations l'eût fait mourir.
De même en effet; que bette personne eut succombé à l'intensité des épreuves, si Dieu n'eût arrêté à temps les démons : de même, il fallait parfois que Dieu s'éloignât d'elle dans les consolations, [tour en tempérer l'excès : et c'est ce qu'il faisait, parce qu'il considérait toujours les intérêts de cette personne comme les siens et la traitait comme un père et un ami iidèle (1).
10. Il semble que le Seigneur voulut d'avance pré- 1. Dans uu autre récit qu'Alphonse écrivit en 1591, sur les
venir cette personne, et lui donner l'intelligence de ce qui devait lui arriver, comme on le verra par cet exemple. Eu effet, après sa conversion, une nuit, elle vit eu songe dans les airs un si grand nombre d'oiseaux, noirs que leur masse, lorsqu'ils étaient rassemblés
Instances du P. Bolicher son confesseur, on trouve ce qui suit au sujet de ses luttes avec les démons :
« Je crois que l'un des plus crands martyrs que subis-ent les âmes qui aiment Dieu est celui-là, l'anpoisse et les souffrances d'une âme ainsi tentée, nar les démons pouvant être comparées à celles lu martyre. L'âme accepte toutes ces peines pour ne p -is mécontenter son bieu-aimé ; l'amour qu'elle lui porte, la rend inébranlable ; il lui ferait 'onner mille vies pour lui.
La tentation eu effet luttait, pour ainsi dire, corps à corps (Il avec -on âme pour la faire consentir au mal. Elle était obligée, de faire de si prands efforts pour en triompher qu'elle était brisée de fatiçrue ; maïs, au moment où elle se sentait mourir, la multitude des démons qui l'accablaient, l'assiéueaient et allaient même jusqu'à la saisir tour à tour, disparaissait parce que Dieu ne leur avait pas permis delà tenter davantage.
Le plus ordinairement ils venaient vers minuit : la trouvant endormie, ils entraient avec srand bruit pour l'effrayer; a leur vacarme, elle se réveillait. Aussitôt ils l'attaquaient par la tentation, ils faisaient des danses devant elle; quelques uns se jetaient sur elle sans qu'elle put s'en défaire, ne lui laissant que le refus du consentement; matcré le froid elle était tout eu sueur, tanl était vive et pénible la lutte qu'elle avait à subir.
Je ne dis qu'une petite partie du peu que je me rappelle: l'épreuve fut considérable ; ce n'est en effet qu'au bout de sept à huit ans que passa cette horrible épreuve, qui fut telle que je ne crois pas qu'une créature en ail subi une plus orande, spirituellement...
Le pire de ces peines spirituelles fut d'avoir, pendant huit ou dix ans, l'âme tourmentée de scrupules, qui la plongeaient dans la tristesse et dans l'ai. croisse. Ap-ès les tentations, elle souffrait de pran les faiblesses : elle éprouvait dans l'estomac, 'ans le dos et dans la poitrine des douleurs qui semblaient devoir la conduire à la mort, si elles eussent duré : elle avait sur la langue, des tumeurs, qui la brûlaient comme des flammes ardentes, comme le feu lu purgatoire sans aucune matière, cette souffrance dure encore maintenant après plus de quartorze ans.
Cependant, à partir de ce jour jusqu'à celui du jugement, je veux souffrir ces peines pour l'amour de mon Maître Jésus - Christ, pour lui faire plaisir et faire de la peine aux démons, je veux leur cracher au visa/e et les mépriser courapeuserneut ». (Extrait de la note du premier volume de3 Obras espiriluales.)