De fuerza a fue/za
couvrait une étendue égale à celle d'une petite île et atteignait les hauteurs d'une tour élevée. Ces oiseaux noirs étaient de la grosseur d'une grive (1). A leur rencontre, vint un bel oiseau de la grosseur d'une grande colombe, qui portait sur le ventre le nom de Jésus (2) écrit en trois lettres d'argent, I. H. S. Ce bel oiseau s'élança au milieu des oiseaux noirs ; il déchirait avec ses ongles ceux: qui osaient l'approcher et en faisait un tel carnage que les pièces en volaient dans les airs. Les autres oiseaux noirs, voyant la défaite des premiers combattants, abandonnèrent le champ de bataille et se dispersèrent. Un peu plus tard, ils se rassemblèrent au même endroit. Le bel oiseau, ayant le nom de Jésus imprimé sur le ventre en lettres d'argent, revint à son tour au milieu d'eux et les mit en pièces comme la première fois, jusqu'à ce qu'ils prissent tous la fuite. Assez longtemps après cette seconde défaite, les oiseaux noirs se rassemblèrent une troisième fois. Aussitôt qu'ils furent réunis, le bel oiseau au nom de Jésus, revint au combat, il en tua et mit en pièces un grand nombre, les forçant à abandonner définitivement le champ de bataille, qu'ils laissèrent couvert de leurs débris. Il semble que ces oiseaux noirs signifiaient les démons, qui persécutèrent ensuite cette personne pour lui faire perdre la chasteté ; tandis que le bel oiseau représentait Jésus lui-même. Le combat qu'il leur livrait et le carnage qu'il en faisait, signifiaient que le Seigneur devait combattre pour cette personne et la faire triompher de ses ennemis, en la préservant de tout
i D'après les Bollandistes, Alphonse eut cette vision en io62 environ.
•2. Le P. Jean-Baptiste Martinez, après avoir entendu ca récit de la bouche d'Alphonse, lui dit: « Ceci signifie qu'Alphouse sera de la Compagnie de Jésus, qu'il souffrira de grandes tentalions contre la chasteté et en sortira vainqueur. »
péché, jusqu'à ce qu'elle eût remporté la victoire : les lettres d'argent, représentant le nom de Jésus, signifiaient la chasteté, que Jésus devait préserver chez die';
car il n'y a pas de chasteté en sûreté, si Dieu ne la
détend.
COMMENT LA FIN DE CETTE TENTATION ET LA. VICTOIRE FURENT OBTENUES PAR UN ACTE VÉHÉMENT QUE CETTE PERSONNE FIT DE TOUT SON COSUR, AVEC LA GRACE DE DIEU.
20. La chose se passa comme il suit : Tandis que les démons la persécutaient sans interruption et qu'aidée de la grâce de Dieu, elle les combattait, ils prirent le parti de l'effrayer en lui disant qu'ils devaient tant la persécuter, qu'ils ne la laisseraient pas dormir et qu'elle en mourrait. Mais en entendant cette menace, elle se détermina de tout son cœur à mourir par amour pour Dieu, et accepta volontiers la mort. Au même instant, toutes les furies infernales s'enfuirent, et elle se trouva délivrée.
La même chose arriva à sainte Catherine de Sienne, qui dans une tentation semblable se résolut fermement à souffrir avec joie les attaques des démons tant qu'il plairait au Seigneur. Alors un démon, le plus hardi, lui dit : « Nous ne cesserons pas ce combat jusqu'à ta mort, si tu ne consens pas à ce que nous voulons ». Elle répondit : « J'ai choisi les souffrances, et par suite, il ne m'est pas difficile, même il m'est très agréable de souffrir ces peines et d'autres plus grandes pour l'amour de mon Sauveur » . A peine eut-elle dit ces paroles ([ne, sans plus attendre, toute cette troupe de dénions s'en alla confuse. La môme chose arriva à cette personne, grâce à Pacte héroïque qu'elle fit, de mourir
A'olontiers plutôt que d'offenser Dieu. Nôtre-Seigneur, apparaissant à sainte Catherine, lui dit: « Paire que tu t'es oU'erte de tout ton cœur à souffrir ces peines, elles t'ont aussitôt été enlevées. »
SI. D'ans tout ce qui arriva à cette personne, en ce qui concerne soit les faveurs qu'elle reçut dans l'oraison et le fruit qu'elle en recueillit, soit les épreuves que Dieu lui envoya pour son bien et le profit qu'il lui en fit retirer, comme à tous ceux qui souffrent pour son amour, il faut remarquer qu'il y a deux genres d'union de l'a tte avec Dieu. L'une a lieu dans l'oraison, lorsque l'àme s'exerce actuellement dans l'amour deDieu ; mais nous ne l'appellerons pas la plus parfaite, parce que sa perfection n'a pas encore été soumise à l'épreuve de la tribulâtion. L'autre s'obtient par le moym de la prière dans le temps de la tribulâtion et de l'épreuve, et elle est plus parfaite. Celle-ci s'accroît toutes les fois que l'ame éprouvée remporte la victoire; mais il faut pour cela que l'âme sorte victorieuse de la lutte, sans quoi elle n'avance pas dans la perfection. Par suite, nous devons estimer plus les désolations que les consolations, les adversités que les prospérités; et les choses vont mieux quand elles semblent aller plus mal, c'est-à-dire, quand il vient à l'ame des difficultés, qu'elle doit vaincre pour Dieu, et lorsqu'elles ainsi l'occasion d'acquérir une plus haute sainteté et une perfection vraiment éprouvée. La sainteté ne doit pas se mesurer d'après les faveurs et les consolations, mais par les souffrah'cefe extrêmes qu'il faut endurer pour triompher en se faisant violence pour l'amour de Dieu, des vices et des passions qui inquiètent, troublent et attristent là tue ; on n'y est parvenu que lorsque l'ame rè-ne en souveraine et jouit d'une véritable paix. Il n'y a rien
en effet «le plus précieux sur la terre que l'amour affligé des iu>tis, qui se sont vaincus eux-mêmes. La plus grau levictoireest la victoire de soi-même ; et c'est elle qui procure U plw? grau le union avec Dieu : Mariai estis, et cita vestra abscondita est in Cliristo (1).
22. Il y a quelques années, cette personne a eu en pivM-nce de Dieu Xotre-Seigneiir, l'inspiration de pratiquer la chose suivante ; elle eut en même temps une lumière très certaine que le religieux qui sera fidèle à celte pratique, avancera en proportion de sa Médité. Elle consiste à s'abandonner véritablement pour le soin de son corps, de telle sorte qu'après avoir fait connaître ce dont elle a besoin et avoir recommandé la chose à Dieu, elle se débarrasse de tout souci d'ellemême. Si, après avoir informé le supérieur, il lui semble qu'elle aurait besoin de l'objet demandé et qu'elle ferait bien d'avertir de nouveau, qu'elle s'en garde bien; qu'elle ne s'écoute plus elle-même et se tienne comme morte et toute abandonnée; Dieu et son supérieur auront soin d'elle. En abandonnant en effet le soin de son corps, elle est tout entière aux soins de son àme, qui vaut plus que le corps ; et elle est très attentive à contenter son Dieu nuit et jour. Si elle agit ainsi, Dieu fera pour elle de grandes choses et prendra soin de son aine et de son corps.
Le but où nous devons viser, vers lequel nous devons marcher sans cesse, c'est la vie de l'esprit. Je crains que plusieurs ne se trompent en ce point et n'aient, sous le prétexte d'une fausse charité, trop d'égards pour leur corps. Ceux-là perdent la vie de l'esprit; ils deviennent charnels et ont cependant encore l'illusion
{. Coloss., m, 3, «Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avi c J.^us-Christ »
de se croire des hommes spirituels. Si Dieu éclairant l'âme de sou serviteur, lui fait voir la grandeur de la perte qu'il a faite, en écoutant la chair, quel sujet de douleur ce sera pour lui I Sa douleur sera incomparablement plus grande que celle qui résulterait des infirmités corporelles, parce qu'il verra qu'il a perdu ce qu'il y a de plus précieux, la vie de l'esprit ; et alors il n'hésitera plus à faire courir quelque risque à son corps. Ah ! mon Dieu ! Combien l'amour de la chair et le bien-être que nous cherchons, sous prétexte de vertu, nous aveuglent et nous rendent fous ; c'est au point, que nous ne faisons plus attention à la manière dont le démon vient en aide à la nature; il nous trompe sans cesse en effet en nous persuadant, toujours sous le voile de la vertu, qu'il est grandement nécessaire que nous nous procurions telle et telle chose. Tout cela cesserait si nous n'avions pas plus de souci de la chair qu'on n'en a d'un corps mort ; et il doit en être ainsi, puisque Dieu et notre Supérieur ont tant à cœur le soin de nos personnes.
Si le soin des moindres choses, concernant le corps, occupe tant mon pauvre cœur, comment aura-t-il la force de se donner tout à Dieu, comme sa Majesté le demande? Si lorsqu'il me manque quelque petite chose que j'ai demandée et qui ne m'a pas été donnée, j'en ai tant de souci et d'inquiétude que dans l'oraison et en d'autres temps je me trouve tout préoccupé et troublé: combien serais-jeplus anxieux, lorsque des choses plus importantes ne m'auront pas été données ? Beati mortui, gui m Domino moriuntur (1). Il n'y a que ceux qui sont vraiment morts à eux-mêmes, qui puissent se donner entièrement à Dieu ; et ils sont d'autant plus à
1. Apoc, xiv, 13. « Heureux sont les morts, qui meurent dans le Seianeur. »
Dieu que cette mort est plus complète ; ils sont en même temps très obéissants et jouissent d'une très grande paix.. Ceux qui, dans le saint état religieux, n'ont aucun souci d'eux-mêmes et sont pleinement résignés entre les mains de Dieu, et dans celles des Supérieurs, qui tiennent sa place, sont vraiment les plus sages, et ils ne s'écartent pas du droit chemin; car ils font toujours la volonté de Dieu; au contraire ceux qui suivent une autre voie, peuvent errer, parce qu'ils Sont leur propre volonté. Dieu saint ! combien le cœur de ces derniers sera loin de se donner à Dieu, et combien leur esprit sera impuissant, alors que toute la force de leur àme sera employée à des soins corporels !
Dieu ne nous a pas appelés à la vie religieuse et retirés du monde pour que nous ayons soin des choses qui concernent le corps. Il a voulu au contraire que le religieux se débarrassât d'un pareil souci et ne songeât qu'à lui plaire ; parce que lui-même, son Seigneur et son Dieu, prend soin de son corps, aussi bien que de son àme, et fournit à tous ses besoins par le moyen des Supérieurs. D'ailleurs, la règle dit au religieux ce qu'il doit faire; suivant celle-ci, après avoir donné avis de ses besoins au Supérieur, le religieux doit se laisser traiter comme un corps mort, sans répliquer et sans faire d'instances par lui-même ou par d'autres. Quiconque n'observe pas cette règle, se trompe et est dans l'illusion. L'esprit est plus que le corps, et s'il est nécessaire de perdre quelque chose, il vaut mieux que ce soit au détriment du corps. Dieu n'a pas appelé un religieux à une vie parfaite pour qu'il ait soin de lui, mais pour qu'il obéisse, et quiconque se laisse régir par l'obéissance tire parti de tout. Ce que la passion qui le trouble lui montre comme nuisible, ne le sera
pas et devien Ira au contraire un remède efficace, par la vertu- de l'obéissance. C'est ce qui arriva aux malades du désert ; ceux, qui obéirent et allèrent faucher par obéissance, furent guéris ; et ceux qui n'obéirent pas, demeurèrent malades comme auparavant. N'hésitons donc pas à laisser le corps courir le risque de perdre quelque chose ; mais, pour triompher de la nature en un exercice aussi difficile, il faut s'aider de la présence de Dieu, parce que l'exercice de la présence de Dieu apporte à l'a. ne tous les biens. De là naissent l'amour de Dieu et la familiarité avec lui. De là encore l'obéissance et les œuvres extérieures tirent leur valeur.
Si un religieux ne se laisse pas conduire, et sous prétexte de venu, veut faire sa volonté, à la fin de sa vie, il c.'oira avoir acquis beaucoup de mérites, et il se trouvera dépourvu du fruit de l'obéissance. Que lui restera-t-il alors qui puisse être agréable à Dieu ? Jésus-Christ, Notre-Seigneur, qui estima l'obéissance plus que la vie, veut avant tout l'obéissance. C'est que l'obéissance est la seule vertu qui renferme toutes les autres : « Ohedientia sola virtus est quœ cœteras virilités inscrit » ; et si les choses sont difficiles et ne semblent pas raisonnables, il faut encore obéir, parce que l'obéissance est même alors grandement raisonnable et souverainement agréable à Dieu Notre-Seigneur. Heureux le religieux qui a été conduit par la grâce à ne plus chercher que le bon plaisir de Dieu, et qui pratique cet enseignement : « Laisse-toi et tu me trouveras » ; c'est-à-dire abandonne-toi tout entier entre les mains de Dieu et du Supérieur qui tient sa place pour te régir et te gouverner. Vraiment, si l'on ne veut pas dévier du droit chemin, que peut-on désirer de mieux que de se laisser conduire par Dieu Notre-
Seigneur ? Or, l'ordre de l'obéissance est l'ordre de Dieu : Qui vos audit, me audit 1).