Pi., xc., 15. « Je suis uvec lui duus l'affliction
i6 VIE ADMIRABLE
Voici florin comment la chose se passa : cette perioniie était très malade el éprouvai! de très viyes doueurs ; le médecin vint la voir durant le jour et lui dit [u'il reviendrait, si c'était nécessaire. On rappela en stîei 1>- mëdécio pour soulager le malade, et il vint lussitôt. Il prescrivit, pour ôter la douleur, certains vinè les, et on alla les chercher bien qu'il fit nuit; or, i peine les eût-on apportés à la maison que la douleur •t le mal disparurent. 11 semble donc que Dieu voulut ui-même guérir cette personne sans le secours des ■emèdes. Ceci lui servit de leçon, car Dieu aurait peutitre voulu qu'elle s'abandonnât à sa providence paterlelle. Se voyant iruérie, elle tut si honteuse et si confuse le s'être recherchée elle-même, qu'elle n'osait plus ever les yeux vers Dieu. Ainsi, pour que les visites du seigneur ne rélevassent pas, son àme avait été humiié ■ a la lin de la lutte, Dieu voulant qu'elle ne perdit jas, par orgueil, ce qu'elle avait pu acquérir. Tout le lien que l'on fait, périt en effet, s'il n'est gardé par 'humilité.
S8. Un jour l'infirmier, la voyant se plaindre dans ,es grandes souffrances (et je crois que la plainte était : ésus !), lui fit une réprimande. Le malade Uécouta ;ans rien dire, estimant beaucoup cette réprimande en «a cœur, la considérant comme un plus grand bienfait pie beaucoup d'autres qu'il avait reçus de cet infirmier, ■l il en aima celui-ci davantage, c'est-à-dire, comme on lime un bienfaiteur.
21). Un autre jour, le P. Agoirre étant allé s'embarquer dans un port de mer 1 , arriva en cette ville peu
i. Le port de Suller.
de temps avant le jour du départ. Or celte personne apprit par révélation que si le Père s'embarquait, il serait pris et conduit en captivité. Gomme elle l'aimait beaucoup et qu'ils étaient même grands amis, elle se mit à prie.' pour lui avec larmes la Vierge Marie. Elle priait avec tant de force et de conliance la Mère de Dieu, qu'elle lui disait : « S'ils le font prisonnier, ô ma Souveraine, je ne vous laisserai plus, jusqu'à ce que vousnele rameniez à ma cellule... » Cette liberté dans la prière provenait de l'amour que cette personne avait envers la Mère de Dieu et de sa grande confiance en elle. Il parait, comme on le sût après, que, au moment même où cette personne priait avec tant de ferveur, Notre-Seigtieur inspira à une personne de la ville de Soller, d'écrire au Supérieur du Père Aguirre. Elle le priait de réfléchir avant d'envoyer le Père par ce navire, parce que, disait-elle, les Maures croisaient dans ces parages et il y avait du danger. La prière avait été faite le soir ; la lettre arriva de bonne heure le lendemain matin au Père Recteur, qui était, je crois, le Père Goc. Au reçu de la lettre, il écrivit au Père de revenir aussitôt; ce qu'il lit. Les autres passagers s'embarquèrent ; parmi eux. était un frère du Père Real : ils furent tous faits prisonniers, tandis que le Père Aguirre dut sa liberté aux prières de la Mère de Dieu. Plus tard, il lit un bon passage et gagna sain et sauf la terre ferme.
30. Un jour, un malade ayant besoin d'eau fraîche, cette personne éprouva une certaine répugnance à aller en tirer du puits, parce qu'il lui semblait que le malade pouvait bien le faire lui-même ; cependant elle vainquit cette répugnance et s'en fut au puits. Or pour puiser de l'eau, il y avait une longue corde terminée par une sorte de boucle, dans laquelle passait un bois
destiné à supporter le seau. Cette personne se mit donc à tirer le seau du puits. Dieu permit que le bois, assez fort pourtant, échappât de la boucle ; il devenait dès lors impossible de sortir le seau sans descendre au fonds du puits ; mais Dieu voulut consoler le malade : le seau libre de toute attache, s'en vint tout rempli d'eau.
31. Une autre fois, cette personne accompagnait un Père (1) qui allait dire la Messe au château de Belver le Majorque (je crois qu'il devait confesser et communier une dame très pieuse de ce château , où se trouve une chapelle) : or le chemin était assez long,montueux ît difficile ; c'était l'époque des grandes chaleurs. Tout à coup, la Sainte Vierge lui apparut, et comme cette personne était très fatiguée, elle comprit que Notre- Dame venait la soulager ; elle le fit en effet et essuya avec un linge la sueur qui inondait son visage.
32. Uu autre jour, elle se trouvait chez une personne qui était très malade et sur le point de mourir. On dit à ceux qui étaient présents de la recommander à Dieu et cette personne le fit avec les autres et se mit en prières. Or, comme elle demandait à Dieu de disposer de la malade suivant son plus grand honneur et sa plus grande gloire et pour le bien de son âme, il lui fut répon lu par ces paroles bien nettement prononcées 2), « Considère ce que tu veux que je fasse, car je ferai tout ce que tu voudras ; mais sache, dit le Seigneur, qu'elle ne sera jamais mieux préparée que maintenant. » En entendant ces paroles, cette personne la recommanda de nouveau à la divine Majesté, en l'aban-
^. Le P. Mathias Borra&a, troisième Recteur du collège de Major.! s (1573-1576).