‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 37 sur 87 · Apoc, xiv, 13. « Leurs œuvres les suivent · texte numérisé non relu

Apoc, xiv, 13. « Leurs œuvres les suivent

2. Y no solamente estos se han de salcar, pero todos los que estân en la Compuuia, es à saber, si perseccran en ella.

assuré en môme temps que Dieu lui accorderait une grâce abondante pour l'aider à se sauver. Cela lui arriva au mois d'octobre 1599 (1).

35. Un jour, celte personne qui avait coutume de s'entretenir souvent avec Notre-Dame, pensa à la Sainte Vierge un peu avant l'examen de midi ; et au moment où l'on sonna l'examen, la Sainte Vierge lui dit : « Ya-l-en, mon fils, à V examen, et je l'instruirai ». Elle s'y rendit ponctuellement, et lorsqu'elle se recueillit dans la chambre, une faute qu'elle avait commise lui fut représentée, comme l'en avait averti la Sainte Vierge. Ou verra par là avec quel soin on doit préserver son à me de toute tache, pour plaire à Dieu ; car voici cette faute : comme elle passait dans une rue avec un Père, sans y prendre garde et sans qu'elle eût le désir de lever les yeux, elle leva légèrement la tète et vit une femme à une fenêtre assez basse. L'instruction qu'elle reçut de la Sainte Vierge pendant son examen fut que, dans les rues, elle ne devait pas regarder devant elle au delà de ce qui était nécessaire pour voir où elle allait, ni jeter les yeux d'un côté ou de l'autre, ni lever la tète, comme lorsqu'elle vit celte femme.

Un semblable recueillement procure aux religieux une grande retenue et beaucoup de modestie dans leur démarche ; ils ont toujours le regard fixé sur Dieu pour lui plaire ; bien qu'ils marchent avec ce recueillement et cette modestie, ils n'en voient pas moins ceux qui les saluent, et ils ne manquent ni à la courtoisie ni à la politesse.

3. Quura hœc revelatio, in processu beatificationis, iteruni ac sœpius art obrussain exigeretur, facile constitit uihil eam exhibera quort reprehendeuduin sit, aut supra fideni videatur (.Bollaudistes, p. 614, g.).

Depuis lors, cette personne met en pratique l'enseignement de la Sainte Vierge : mais avant de l'avoir reçu, elle ne considérait pas comme une faute d'avoir levé ]<•> yeux sur cette femme, parce qu'elle le fit par mégarde. Elle ne s'en serait même pas souvenue, si on ne la lui eût rappelée au moment de l'examen.

36. Quand cette personne devait sortir de la maison ave • un Père, elle se recommandait auparavant à Dieu devant le Très- Saint Sacrement, en lui disant, comme le faisait habituellement le Père Coc : Vias tuas, Domine, defnonstra mihi (1). Dans un court colloque elle suppliait Notre-Séigneur de la préserver de tout péché : « Je vous supplie, Seigneur, disait-elle, de m'ôtef la vie, si vous savez que je doive vous offenser durant la route, parce que vous êtes ma vie et que je n'en veux pas d'autre que vous. Quant à celle du corps, je n'en fais pas de cas en comparaison de vous ; et afin de ne pas vous offenser, vous qui êtes ma vieje perdrais plutôt mille vies». Elle disait ces courtes paroles, avec tant d'amour et d'affection, que si Dieu lui eût accordé la grâce de la faire mourir, rien en ce monde n'eût pu lui procurer autant de joie et de satisfaction ; car elle aurait été délivrée de tout péché et certaine de plaire à Dieu. Sa divine Majesté. lui a fait connaître clairement qu'avec sa grâce on peut souffrir toutes les peines de cette vie et encore celles de l'enfer, plutôt que de l'offenser; et un seul péché véniel l'épouvante plus que tous les supplices temporels. Les peines de cette vie, de quelque nature qu'elles puissent être, ne sont pas à craindre; le péché seul est à redouter, parce qu'il est une offense à la bonté et à la majesté infinie de Dieu. Que le Christ Jésus nous délivre de ce :... 1 ' Aven t

i. Ps., xxiv, 4. « .Moutrez-moi vos voies, ici^neur. »

3T. Après que cette personne eut fait oraison avec une grande facilité durant à peu près huit ou dix ans, les choses changèrent entièrement; et, pendant environ dix autres années, à peine était-elle agenouillée pour l'oraison du matin, qu'il lui survenait une sorte de tentation ou une infirmité très pénible, dont la nature lui était inconnue. Dès qu'elle s'élait mise en oraison, tout son corps se remplissait pour ainsi dire de maux et de douleurs qui l'étreignaient et le pressuraient, et il lui semblait que, si cette souffrance augmentait encore, elle allait en mourir. Mais Dieu voulait qu'elle vécût et souffrit pour son amour; il voulait qu'elle persévérât ainsi dans son oraison, en combattant généreusement et triomphant de tous ces obstacles; si toutefois on peut appeler oraison une semblable lutte, car cette personne n'étant pas maîtresse d'elle-même, tout se réduisait pour elle à souffrir; son oraison était une croix du commencement à la lin. Plus elle s'obstinait et persévérait dans la lutte, plus la souffrance grandissait. Au commencement, elle était à genoux; mais ensuite elle se laissait tomber à terre, par suite de sa faiblesse et du misérable état où elle était réduite ; elle restait étendue comme un mort, le corps tout imprégné de douleurs, de la même manière que le pain est détrempé dans l'eau ; dans cet état, elle luttait encore et persévérait, comme elle pouvait, jusqu'à la fin de l'heure d'oraison.

Alors elle se levait et sentait à peine son mal. Au contraire, pendant la journée, en dehors de l'oraison, Dieu la visitait souvent et lui faisait de grandes grâces pour la récompenser de sa persévérance. Elle se trouvait alerte et libre pour les œuvres extérieures et intérieures, comme si elle n'eût pas eu ses souffrances. Il lui arriva même parfois qu'ayant beaucoup à travailler,

elle trouvait pour ainsi dire l'ouvrage tout fait; un autre, lui semblait-il, exécutait la besogne. «Gomment ceci est-il achevé? » se demandait-elle ensuite, toute surprise ; car elle ne comprenait pas comment la chose avait pu se faire.

Voulant la consoler de ce qu'elle avait tant souffert pour son amour au moment de l'oraison, Dieu était venu en aide au corps et à Fàme. Après cette période de tempêtes, vint une période de calme, pendant laquelle Dieu la visita dans l'oraison. Il lui accorda une grande élévation d'esprit et une haute connaissance de ses divines perfections, sans qu'elle usât d'aucun raisonnement de l'entendement. Cette connaissance de Dieu l'embrasait de son amour; puis la connaissance et l'amour de Dieu l'amenaient à se connaître elle-même, ce qui est aussi d'une grande importance. L'âme en effet qui connaît Dieu, arrive à se connaître telle qu'elle est. Le blanc et le noir se distinguent mieux lorsqu'ils sont juxtaposés ; ainsi, en présence d'un Dieu si bon, l'àme se jugeant ce qu'elle est en réalité, et pas davantage, se voit très mauvaise. Reddlte ergo quœ sunt Dei, Deo; et quœ sunt Cœsaris, Cœsari (1).

Souvent, pendant cette période de temps, elle se trouva en esprit au milieu des chœurs des anges, tandis qu'elle paraissait traiter avec les hommes et conversait avec eux.

38. Il lui arriva encore ce qui suit. Le P. 011er (2), qui étudiait dans notre collège, songeait à entrer dans la Compagnie et traitait la chose avec cette personne;

4. Matth., xxii, 21. — Rendez donc à César, ce qui est à César; et à Dieu, ce qui est a Dieu. »

2. Le P. Raphaël 011er était né à Palma de Majorque. Il fut remarquable par son innocence, son humilité, son obéissance, sou zèle des âmes et sa dévotion à l'immaculée Conception.

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il ne s'en était ouvert à aucun autre, je crois. Mais le bon P. 011er allait vacillant quelque peu dans sa vocation; c? que voyant, cette personne se détermina à prendre l'affaire à coeur et à la traiter de son mieux avec Notre- Seigneur.

Elle conlia donc le tout à sa divine Majesté, la priant et la suppliant de disposer de cette àme et de ses intérêts pour sa plus grande gloire ; ses instances auprès de Dieu furent si vives, sa ferveur fut telle qu'il lui sembla, d'après ce que Dieu lui fit connaître pendant cette prière, que la divine Bonté se chargeait de la chose. En effet, peu après, le jeune homme se détermina à entrer dans la Compagnie.

A peine entré, il fut tenté contre sa convocation ; cette personne,qui avait été la première à connaître son projet d'entrer dans la Compagnie, dut aller lui parler pour le fortifier et elle réussit dans cette visite à le confirmer dans sa bonne résolution. Plus tard (suivant ce que j'ai appris) la tentation revint et fut encore vaincue. Dieu qui, dès le principe, s'était chargé de cette vocation et l'avait sauvegardée jusque-là, la conserva encore dans la suite ; nul, en effet, ne peut arracher des mains de Dieu ceux, dont il prend soin. Le Père persévéra donc dans sa vocation avec la grâce de Dieu : bienheureux celui que Dieu garde t

39. C'est une grande chose que l'humilité et la résignation entre les mains de Dieu. La pratique de ces deux vertus vaut à lame une précieuse faveur, celle de sentir habituellement Dieu présent en soi et dans toutes les créatures. Cette présence habituelle conduit à une très spéciale connaissance de Dieu, qui engendre ellemême un très ardent amour.

par suite de cette connaissance et de cet amour, l'âme

a un désir extrême de, se consacrer tout entière au service de la divine Majesté ; de là naît aussi une pureté de cœur comparable a celle des anges.

La raison en est que cette présence continue de Dieu attire l'àme dans son intérieur et l'avertit de ce qu'elle doit dire, penser et faire pour marcher selon Dieu et travailler à sa gloire, sans jamais s'écarter en quoi que ce soit delà volonté divine. Notre nature est telle que nous ne prenons pas garde à la présence de la sainte Trinité ; mais lorsque Dieu, qui est près de nous et en nous, excite notre àme, nous ne pouvons pas ne pas y prendre garde.

Finalement, au profit que fait l'àme, on voit que cette présence est une faveur très précieuse qui est gratuite et mérite toute notre reconnaissance; le Seigneur la donne quand il veut. La présence sensible de Notre- Seigneur et de sa Très Sainte Mère, si elle est ordinaire, fait grandement profiter l'àme, parce que celle-ci s'humilie beaucoup en leur présence et croit ainsi dans leur amour. Elle ne s'en estime pas davantage ; car il lui semble que personne au monde ne sert Dieu aussi peu qu'elle. D'autre part, bien que toutes ses fautes lui fendent le cœur, elle n'en retire que plus d'humilité et de véritable connaissance d'elle-même.

40. En outre, cette personne a coutume de s'exercer à la présence de Dieu de trois manières. La première est par voie de mémoire ; cette personne a pour cela un très grand soin de ne rien faire qui déplaise à Dieu; il lui semble qu'il la regarde toujours; aussi, marche-t-elle en sa présence avec un grand désir de lui plaire et un extrême mépris pour tout ce qui l'éloignerait de lui. Cette présence intérieure de Dieu est ordinairement telle qu'elle ne peut l'oublier, parce qu'elle

sent constamment ce souverain Seigneur au dedans d'elle-même.

La seconde est par voie d'entendement ; l'àme connaît sans aucun discours (parce qu'elle a franchi ce degré) comment Dieu est en elle ; par cette connaissance, elle en vient à sentir la présence de Dieu en elle, Dieu lui Taisant la grâce de se communiquer à elle de cette manière. Ce senti nent de la présence de Dieu n'est pas obtenu par voie d'imagination ; mais c'est en elle une certitude, reçue d'en haut; c'est une certitude spirituelle et expérimentale, que Dieu est en l'àme et en tout lieu. Cette présence de Dieu se nomme présence intellectuelle. D'ordinaire elle dure longtemps; plus on avance dans le service de Dieu, plus cette présence est sensible et continue, Dieu se communiquant .chaque jour davantage à l'àme, si elle s'y dispose par une grande mortification. Cette divine présence consiste en ce que l'àme remarque, sent et se rend compte comment Dieu est en elle et avec elle. Le plaisir que Dieu prend à nous voir marcher avec lui est si grand, que, s'il arrive à l'âme, pour de justes motifs, de s'oublier dans des occupations nécessaires, c'est chose merveilleuse de voir comment, sans qu'elle y prenne garde, elle sent que Dieu demeure présent en elle, supplée à son manque d'attention. Elle demeure alors confuse du soin que Dieu prend de ne pas la laisser s'éloigner de lui. Cette personne a expérimenté bien souvent que, sans aucune recherche de sa part, sans même qu'elle y pensât, ce souverain Seigneur s'est placé sensiblement devant elle, comme un homme se placerait subitement devant une autre, sans que cet autre y prit garde.

La troisième manière est par voie d'amour ; la présence de Dieu en elle provient de l'amour extrême qui remplit son cœur, par suite de la connaissance acquise

DK SAINT ALPHONSE BODRIGUEZ. $1

dans la présence précédente. De même que celui dont le corps éprouve une forte fièvre, ressent en lui une grande chaleur et sait seulement qu'il la sent ; ainsi l'àme ressent en elle la présence de Dieu, en tant que Dieu ; en outre, elle sent encore cette divine présence dans toutes les créatures, quand Dieu lui donne ce sentiment qui est toujours d'un grand fruit. L'àme en conclut avec certitude que le Seigneur est en elle ; mais elle ne le voit pas. Dieu donne donc à son serviteur la connaissance certaine et le sentiment de sa présence, non seulement dans son àme et dans son corps, mais encore en toutes choses, afin qu'il aille toujours l'aimant et le bénissant, non seulement par voie de sentiment, mais encore par voie d'amoureuse connaissance de son Dieu.

Plus l'amour de l'àme pour Dieu est grand, plus est grande aussi la présence sensible qu'elle a de Dieu par voie de mémoire, d'entendement et de volonté. L'amour en effet ne peut oublier la chose aimée : il projette sur elle une plus vive lumière ; il en produit dans l'àme une plus parfaite connaissance; enfin, plus cet amour est grand, plus il retient près de lui la chose aimée. Cette présence intérieure de Dieu est ordinairement telle que l'àme ne peut, ce semble, oublier ce Seigneur bien-aimé présent en elle ; son amour la tient constamment occupée de Dieu, au point que, si elle s'en distrait parfois quelque peu, le cœur lui, n'est pas distrait, mais il persévère dans son occupation d'aimer Dieu. L'àme expérimente en effet, en revenant à elle, que le cœur est resté dans un acte non interrompu d'amour de Dieu. Ego dormio et cor meum vigilat (1). En pratiquant cet amour sensible de son Dieu présent

i. Cant., v, 2. « Je dors, et mon cœur veille. *

en elle, tout le soin, toute l'étude, toute la diligence de l'âme consistent à l'aimer et à lui plaire ; aussi Dieu a-t-il grand soin de ses intérêts, et même de ceux, du corps. Jésus-Christ Notre-Seigneur a dit à une sainte lille : « Ma lille, aie soin de moi et j'aurai soin de toi ».

W.. Un jour, celte personne crut voir mort et enseveli un père qui était très malade ; c'était le P. Horta, biscayen. Or un ami de ce Père, accompagné d'un autre visiteur, vint pour le voir. Cette personne, qui avait la charge de portier, avertit le P. Recteur que Fami du P. Horta avait amené un second visiteur. Le P. Recteur refusa la permission ; il ne voulut même pas que l'ami du Père visitât le malade, parce qu'il n'était pas venu seul. Alors cette personne le renvoya. Un peu plus tard le malade sut cequi s'étaitpassé; et lorsqu'il aperçut dans sa chambre la personne qui avait renvoyé son ami, il se tâcha beaucoup contre elle, et la reprit durement et avec colère, parce qu'il regrettait beaucoup cette visite. A partir de là, cette personne résolut de prier beaucoup Dieu pour le Père, en lui rendant ainsi le bien pour le mal ; et non seulement elle le lit, mais elle pria les autres de taire de même. Or, peu de jours après, le Père lui apparut de nouveau mort, mais non comme la première t'ois ; car la première t'ois il ressemblait à un homme mort depuis quatre jours, et il avait le visage enflé et décomposé. En même temps, cette personne comprit qu'il avait dû mourir quatre jours auparavant; ni:i is que, eu égard à tant de prières, la vie lui avait été accordée pour quelques années ; ce qui eut lieu.

4£. 11 arriva encore ceci à cjtte personne. Parmi plu ie..i\s élèves qui désiraieni e.iîrer dans la Compa-

gnie et qui y entrèrent plus tard, il y en avait un nommé Custurer (1) ; Ton désirait beaucoup, je crois, qu'il lit sa demande. Cette personne le lui avait dit une fois et il ne s'était pas décidé. Quelques-uns de la maison parlant de cet élève à cette personne, elle leur dit : « Envoyez-le moi et je lui parlerai ». L'élève vint, soit de lui-même, soit parce qu'on lui dit de venir ; alors, cette personne lui parla de telle manière, que, à cause de cet entretien, ou bien à cause de la ferveur avec laquelle elle avait recommandé l'affaire à Dieu, cet élève qui n'avait, disait-on, aucun souci de faire sa demande pour entrer dans la Compagnie, la fit quelques jours après et fut reçu à la grande consolation de ceux qui le désiraient pour son bien. Après sa réception, cette personne l'appelait : filius oralionis.

Lorsque cette personne traitait de l'entrée en religion avec les uns ou les antres, elle ne leur disait jamais : « Entrez dans tel ordre » ; mais elle les invitait à recommander la chose à Dieu, en abandonnant le tout et en s'abandonnant eux-mêmes entre ses mains paternelles, afin qu'il agit suivant son bon plaisir pour sa gloire et le bien de leur âme; elle les engageait aussi à bien voir à quel Ordre Dieu les appellerait ; car c'était dans celui-là, et non pas dans un autre, qu'ils devaient se rendre. « Où que vous alliez, ajoutait-elle, on ne voudra vous recevoir que pour faire de vous des saints. N'ayez pas d'autre préoccupation et vous plairez à Dieu (2). »

43 Un jour, cette personne eut la pensée que voici

1. 11 s'appelait Salvador : « 11 fut exemplaire, dit le P. Colin, durant sou noviciat et ses études. Après celles-ci, Dieu Notre Seigneur l'appela à lui et il mourut avec des signes certains de prédestination.

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