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pour tous s'exécuterait cette sentence : « Reddite unicuique secandum opéra sua (1).
Je dis ceci, parce que, après avoir été exercée de cette manière pendant dix an§, cette personne entra dans une voie qui semble presque opposée. Le premier état cessa, lorsque commença le suivant. Dieu l'établit alors dans une confiance absolue en lui et dans une entière défiance d'elle-même et de toute créature ; c'est pourquoi la mort, qu'elle redoutait auparavant, ne lui inspire plus d'inquiétude ; l'enfer ne l'effraie pas non plus, parce qu'il lui semble voir clairement que Dieu l'assure de sa grâce et de sa gloire. Elle entra dans cet état,~ou bien Dieu lui-même l'y établit, dans un moment où elle désirait extrêmement et avec un amour très pur de Dieu, que ce souverain Seigneur, considérant le désir sans bornes qu'elle avait de le servir et de lui plaire, lui donnât une lumière spéciale. Elle en avait besoin ; d'abord, pour connaître, discerner et confesser toutes les fautes et tous les péchés de sa vie, toutes ses négligences et tous ses manquements publics et secrets; ensuite, pour ordonner toute sa vie en vue de la gloire de la divine Majesté, avec le concours de sa grâce ; enfin, pour ne plus agir que suivant son bon plaisir. Dans ce but, se mettant en la présence de Dieu, elle lui disait : « Seigneur, j'ai confiance en vous ; je me fie à vous, non à moi ni à aucune créature, mais à vous seul; et après vous, je mets ma confianee dans le secours de ma Souveraine, la Vierge Marie. Je vous prie de régler parfaitement et harmonieusement toute ma vie et de me préparer à une bonne mort. Seigneur mon Dieu, que voulez-vous que
1. Mattk., xvi, 27. Le texte est: « Tune reddet uuicuique secunilum opéra ejus. Alors il rendra à chacun selon ses œuvret. »
je fasse de mou coté pour votre amour? Avec votre grâce, je suis prêt, vous le voyez, à faire tout ce que vous voudrez ; et cela toute ma vie, fallut-il souffrir pour votre amour, avec votre grâce, toutes les peines de l'en 1er. Faites, Seigneur, que nos comptes soient tirés au clair, c'est-à-dire que vous soyez content de moi; car si je savais et si je pouvais le faire, je vous aimerais et je vous servirais comme tous les anges du ciel ensemble. »
Il lui était donné en même temps une grande lumière. De même, voyait-elle clairement, que lorsqu'un maître demande compte à un serviteur de son emploi, si le maître trouve le compte à son goût, chacun, maître et serviteur, est satisfait; de même, dès que Pâme s'offre tout entière pour accomplir la volonté divine en toutes choses, Dieu est satisfait, parce qu'elle est déterminée à le servir ei à le contente;' vraiment en tout, même au prix de mille vies, et qu'elle s'abandonne sans réserve à lui, en répétant avec le Psalmiste : Paratuni cor meum, Dcus, paralum cor mciiin 1 .
52. Le jour de l'octave de la fête du Corps de Notre-Seigneur, le Saint-Sacrement étant exposé dans notre église od l'on faisait en même temps une très belle et très pieuse musique, celte personr.e, qui était en adoration, fut ravie en esprit et portée dans le sein de Dieu. Cela lui arriva plusieurs lois. Voici ce qui se passait durant ce ravissement : elle demeurait en présence de la divine Majesté, confuse et humiliée de se trouver si mauvaise en face d'un Dieu si bon; alors Notre-Seigneur éclairait son àme d'une lumière si
1. Ps., cm, 2. « Mon cœur est prêt, ô mon Dieu! mon cœur est prêt. »
suave et si douce et la remplissait de telles consolations que la musique faite dans l'église lui paraissait éloignée, et c'est à peine si elle l'entendait'. Dans cet état, si elle voulait parler à Notre-Seigneur, il attirait aussitôt son cœur à lui et elle ne s'exprimait que par les désira enllammés de son âme, sans pouvoir mentalement prononcer une parole ni une syllabe; et cette faveur l'embrasait d'un amour incroyable pour Dieu.
D'autres fois, elle fut ravie dans le sein de Dieu de la manière suivante : la chose se passait intellectuellement, sans que l'imagination y eut de part. Elle traitait familièrement avec Dieu et lui exprimait tout son amour pour lui; mais en même temps,, elle s'humiliait profondément en sa présence. Elle jouissait alors de la faveur insigne de se trouver dans la comgnie de Jésus, de la douce Vierge Marie et d'une mul- 'tudes d'anges, entourant le trône delà divine Majesté; et bien qu'elle conversât ave1 les anges, la diversité des entretiens ne l'empêchait pas de s'entretenir avec Jésus.
Le moyen qui lui attirait le plus de célestes visites, de lumières et de faveurs, de la part de ce très humble Maître et Seigneur, consistait à s'humilier le plus qu'elle pouvait en sa présence.
Il lui enseignait alors des choses nouvelles de l'ordre surnaturel, choses purement intellectuelles, qui ne se peuvent pas toujours décrire, parce que l'àme les voit à l'a'i !e .l'une lumière très haute ; elle a d'ailleurs le sentiment infinie qu'elles lui sont spécialement données pour son avancement spirituel. Mais s'il lui est impossible de les redire, parce qu'on ne peut se servir du langage ordinaire pour les exprimer, elle sait les goûter; elle sait aussi louer et aimer davantage le donateur, en s'humiliant toujours devant lui.
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?»:*. Il y a longtemps que Dieu a donné à cette personne, sur la présence de Jésus-Christ Notre-Seigneu.r dans le Très Saint-Sacrement de l'autel, de grandes lumières et des sentiments d'une particulière dévotion. Ils furent, lui semble-t-il, comme le principe de ce qu'il voulait ensuite opérer en elle. Ainsi, le Très Saint- Saçrement étant exposé, le second jour de la fête de la Pentecôte de cette année 1606, et cette personne étant prosternée devant Notrer Seigneur avec une grande ferveur, subitement, sans qu'elle y prit garde, Notre- Seigneur se communiqua à elle, non comme auparavant, mais d'une manière inénarrable ; car cette visite se fit avec une lumière d'une si grande majesté,, qu'il n'y a aucun moyen de l'expliquer. Ainsi, pendant qu elle était en présence de Notre-Seigneur et ne songeait à rien de semblable, tout à coup une lumière, qui descendit sur elle comme un éclair, quoique avec moins d'impétuosité (1), lui communiqua comme une connaissance toute nouvelle de Xotre-Seigueur, présent dans cette admirable Sacrement, et lui en découvrit le mystère. Quoique ceci durât peu de temps, son àme en demeura si embrasée d'amour envers Noire-Seigneur et dans de tels transports^ qu'elle se sentait mourir d'amour ; et ne pouvant en supporter l'excès, elle se mit doucement à pleurer, sans qu'on s'en aperçut.
Elle croit que si les hommes connaissaient par une lumière divine la grandeur de ce mystère, ils aimeraient Dieu au point d'en mourir, si Dieu lui-même ne leur conservait la vie.
Pendant ce cours espace de temps, cette personne, qui ne quitte jamais sa crainte et sa circonspection ordinaires, contemplant à découvert les merveilles de
i. « A manera de un reldmpago, aunque no cou tanta furia, »
ÏÔ VIE ADMIRABLE
l'amour divin, suppliait Dieu du fond du cœur, ""avec des larmes et d'amoureux gémissements,del a détromper, s'il y avait là quelque illusion. Elle ne voulait que l'aimer et le servir; elle le conjurait don", s'il y avait en elle quelque chose qui déplût à la sainteté de son regard, de l'arracher aussitôt de son cœur. La Sainte- Vierge vint bientôt à son secours et lui dit : « Pourquoi lie crois-tu pas mon Fils? » Le Fils lui répondit : « Cependant la crainte me plail. » Après cela, comme malgré sa crainte habituelle, celte personne a un vif désir de plaire à Dieu, Notre Seigneur vint à elle pour la consoler et la réconforter : « Super aspidem et basiliscum ambulabis ; et conculçabis leonem et draconem (l) », lui dit-il ; signifiant par là qu'il lui donnerait l'empire sur les démons et la préserverait de tout danger : « In manibus portabunt le, ne forte, etc. \$).
5*5. Le jour de Pâques, le Fils d'une dame Moranta, tombé malade trois jours auparavant, se trouva en danger de mort; cette personne le recommanda à Dieu, et comme elle persévérait dans la prière, elle entendit ces paroles : « Il est inutile que tu insistes, il doit mourir aujourd'hui. » 11 mourut en effet ce jour là.
55. Voici la méthode que suit cette personne, lorsqu'elle reçoit Noire-Seigneur Jésus-Christ dans le Très- Saint Sacrement de l'autel. Elle s'efforce, autant qu'elle pei.it, d'acquérir et de pratiquer l'humilité de cœur; »iour "ela, elle s'établit de plus en plus intérieuî nent dans la connaissance d'elle-même, de sa basb6use, de sa faiblesse et de son néant; et elle s'a-
i. 1'- ... 13 < Vous marcherez sur l'aspic et sur le basilic;
et vous foulerez aux pied* le liuu et le dragon. >» u
2. lbtd., ii. « Ils vous porietout dans leurs uiaiaa, de peur...»
baisse autant que possible devant Dieu et devant les hommes. En second lieu, elle s'efforce, avec Faide de Dieu, de garder son àme exempte de tout péché, si petit qu'il soit ; et elle tient pour un souverain et indicible bienfait de Dieu, de lui demander instamment, eu raison de l'amour qu'elle lui porte, que si sa Majesté sait qu'elle doive l'offenser, elle lui ôte aussitôt la vie, plutôt que de la laisser pécher véniellement. Elle se réjouirait si Dieu exauçait cette prière; car elle n'a et ne veut pas d'autre vie que lui ; il est sa vie. C'est en s'entouraut de ces précautions que dans l'oraison, elle traite avec Dieu et avec la Sainte -Vierge ; elle les prie de se préparer en elle une très agréable demeure, afin qu'ils la trouvent aussi belle et aussi orné'- de vertus qu'ils le désirent. Elle prie aussi la Sainte- Yierge d'accompagner son Fils bien-aimé, pour que son àme, qui aime tant la mère et le Fils-, trouve l'un et l'autre réunis dans son cœur à ce fest'n du ciel. Après l'oraison, elle se rend à la messe de communion. Là,elle reçoit d'abord Nôtre-Seigneur Jésus-Christ spirituellement, et se prépare ainsi à le recevoir corporellement; elle prie ensuite le même Jésus de la préparer à le recevoir, quoiqu'elle soit indigne de cette grâce; elle supplie aussi la Sainte-Vierge et tous les habitants du ciel de lui obtenir la même laveur ; enfi 1 elle reçoit le corps de Notre-Seigneur,en faisant un acLe de loi vive et un acte d'amour.
Après avoir reçu Jésus-Christ Xotre-Seigneur, il lui arrive ce qui suit. Lorsqu'en récitant le Te Dcum laud juins, elle arrive à ces mots: Pleni sunt cœli et terra majeslatis gloriœ tnœ, c'est-à-dire au moment où elle vient de communier, cette personne entre au dedans d'elle-même. Là, seule avec son Dieu, elle lui rend grâces pour la grande faveur qu'il vient de lui faire
en venant la visiter. Elle jouit alors de Dieu et son âme est éclairée (l'une vive lumière sur la majesté et la gloire divines. Ordinairement, cela se passe d'une manière intellectuelle: elle se trouve en la compagnie de Jésus, dont elle admire la grande majesté, de la Très Sainte Vierge, notre Souveraine, qui l'accompagne, et des habitants du ciel, qui sont innombrables : son âme est inondée de joie pour toules les faveurs célestes auxquelles on la fait participer. Souvent, lorsqu'elle vient de communier, en entrant au dedans d'elle-même, elle se trouve comme au milieu d'une salle d'une grandeur infinie, dans la société de son Dieu et d'une multitude infinie d'anges, dont elle partage la félicité. L'entendement humain ne saurait décrire les choses divines que l'âme voit et goûte an milieu de cette multitude innombrable d'esprits bienheureux, qui servent Dieu, l'aiment et le possèdent. Oh ! quelle part de félicité céleste, reçoi-t alors une âme bien humble! de quels trésors elle s'enrichit !
Après la communion, cette personne demeurait avec Jésus. Son ccetir était devenu, pour ainsi dire, une chapelle. Jésus et la Sainle-Yierpe étaient présents de la même manière: l'un d'un côté, l'autre de l'autre: ils y étaient, sans qu'elle lit aucun effort pour les cherche"; et elle tirait de cette double présence un grand fruit spirituel. Comme on l'a dit précédemment, il y a plusieurs années que Notre-Seigneur et Notre-Dame sont venus habiter en cette personne pendant qu'elle récitait le chapelet ; et cette faveur de leur présence sensible, en elle et souvent hors d'elle, dure encore aujourd'hui: Jésus est du côté du cœur, et sa très sainte Mère de l'autre côté-.