‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 39 sur 87 · est encore arrivé à cette personne de vivre · texte numérisé non relu

est encore arrivé à cette personne de vivre

quelques années avec la crainte qu'on ne la renvoyàtde la Compagnie. Or, lorsqu'elle examine ce qui pourrait lui faire le plus de peine en cette vie, elle trouve que ce serait ce renvoi de la Compagnie. Recourant un jour à Dieu dans cette affliction, pour lui demander d'intervenir en sa faveur si quelques-uns étaient d'avis de ne plus la garder dans la Compagnie, alors qu'elle désirait tant y vivre, elle fut consolée, au milieu de ses craintes et de ses alarmes prolongées, en entendant ces paroles que Dieu lui adressa : « Il suffit que je le veuille, moi» ; comme s'il eût dit : « Si tout le monde s'opposera ce que tu restes, il suffit que je le veuille pour que ce que je veux, se fasse, nonce qu'ils veulent. » Ainsi parce que cette personne estime tant la grâce de se trouver dans la Compagnie et celle d'y vivre longtemps, Dieu a exaucé ses bons désirs, car voici plus de trente-cinq ans qu'elle y est. Gloire en en soit rendue à Dieu !

Plus tard, les choses changèrent ; car l'amour de Dieu et la conformité à sa volonté s'accrurent chez cette personne au point qu'elle ne pouvait plus rien craindre et, quoiqu'il fût vrai que rien en cette vie ne pût lui causer autant de peine que son renvoi de la Compagnie, cependant son amour pour Dieu et sa conformité à sa volonté étaient devenus tels qu'elle n'eût éprouvé que de la joie, même dans ce cas, en voyant s'accomplir la volonté de celui qu'elle aime tant.

51. Ce qui suit, est pour me conformer à ce que Votre Révérence m'a dit de faire (1).

1. Cet écrit du saint Frère paraît être le commencement d'un nouveau mémoire. C'est peut-être le second, écrit en cette même année 1606; car il avait l'habitude d'en écrire deux chaque année, l'un on janvier, l'autre en juin.

II arriva donc à cette personne d'avoir une très vive • delà mort, et il lui sembla que cette pensée venait, non de ses efforts pour l'acquérir, mais de Dieu même ; elle était si persistante et lui causait tant d'appréhension que parfois elle se demandait si ce n'était pas une tentation. Son àme était alors éclairée d'une yive lumière, qui lui taisait voir avec épouvante ce qui se passe au moment de la mort : les souffrances du corps, les dégoûts, les peines de l'àme, les étreintes et les afflictions de l'esprit, toutes choses que l'entendement humain ne peut bien décrire, parce qu'elles sont surnaturelles et ne nous sont révélées que par une lnrnière spéciale de Dieu. Etant ainsi pénétrée de La pensée de la mort et vivement éclairée sur ce qui se passe en ce moment terrible et plein d'amertume, cette personne parlait à tout le monde de la brièveté de la vie, de la vanité du monde, de la mort, de i'énormité du péché et de ce que perd l'àme en perdant Dieu ; Elle disait à tous, qu'il n'y a pas de plus grand dommage, que celui de tomber dans la disgrâce de Dieu, puisque, si l'on se perd par sa négligence, on est condamné a des peines éternelles, dont elle comparait la grandeur et la durée sans lin, au bien infini de la possession éternelle de Dieu. Son dessein était d'abord d'amener les âmes à Dieu, à la fois par la crainte de ses châtiments et par le désir de. récompenses qu'il donne à ses serviteurs ; elle s'efforçait ensuite de leur inspirer envers lui assez d'amour pour qu'elles se missent à son service, non plus en vue de la récompense, mais parce qu'il est inûniment bon et digne d'être servi. Elle leur persuadait donc de mettre à prolit le itemps présent et de faire pénitence de leurs péchés; car, plus tard, il ne serait plus donné une minute à personne, quelque prière que l'on fasse, mais

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