V. Voir la note B
tuer. De là, elle fut transportée dans une église, où elle vit, en y entrant deux animaux de grande taille., dont la tête s'élevait au dessus de l'autel, comme si celui-ci leur eût servi de mangeoire ; considérant le rétable, elle y aperçut une image en relief de notre Souveraine, la Vierge Marie, très grande, très belle et très pieuse ; l'Eglise était remplie de cavaliers. A la vue d'un tel mépris de sa Souveraine, cette personne ressentit tant de douleur que, s'il m'en souvient bien, elle se mit à verser des larmes en abondance. Peu de temps après, elle entendit dire que les Maures s'étaient révoltés dans le royaume de Grenade, et qu'il y avait eu à cette occasion un grand nombre de morts. (1)
1. Celte vision s'accomplit deux ans après. Les Maures des Alpujarras s'èlant révoltés, profanèrent les églises, brisèrent les retables, répandirent les Saintes Huiles, foulèrent aux pieds les hosties consacrées, commirent beaucoup d'autres sacrilèees et mirent cruellement a mort plus de trois mille chrétiens. Four étouffer cette révolte, le roi Philippe II, se rendit à Cordoue, et mit à la tête des troupes ses meilleurs capitaines. Le prestice de Don )uau d'Autriche et les dissensions qui surfirent entre les rebelles, terminèient la puerre vers la fin de l'année 1570.
MÉMOIRE écrit en 1607.
Pour bien rendre compte de sa conscience, il convient de commencer par parler de ce que l'on fait le matin.
60. En s'éveillant, cette personne s'unit aussitôt à Dieu et à la Vierge Marie ; elle a coutume de dire : Deus, in adjulorium mcum intende; Domine, ad adjuvandam me festina. Gloria Patri, etc.; elle récite aussi les litanies de la Sainte Vierge, qu'elle sait par cœur. En s'habillant et après s'être habillée, elle se recommande à Dieu et lui demande de traiter avec sa divine majesté, par le moyen de l'oraison, quoique ses vices la rendent indigne de se trouver en la présence d'un Dieu si bon. Elle fait en même temps des actes de contrition, en s'excitant à une grande douleur d'avoir offensé Dieu ; elle lui demande avec une grande humilité la grâce que tons les actes de sa mémoire, de son entendement et de sa volonté servent à l'honorer et à le glorifier; enfin, elle s'offre à lui toute entière. Faisant alors trois profondes inclinations, comme quelqu'un qui a maintenant la permission d'entrer en commerce avec Dieu, elle élève son cœur vers lui et commence l'oraison.
Voici ce dont elle traite avec Dieu. Le grand amour qu'elle a conçu pour la divine Majesté, pour Jésus- Ch.ist,pour la Vierge Marie noire Souveraine et pour le prochain, fait qu'elle supplie Dieu Notrc-Seigneurde lui concéder ces quatre amours, qui sont cou. me infinis :
l'amour infini de Dieu, celui de Jésus, celui de Marie et celui du prochain. Elle lui demande en oulre le salut du monde entier, s'offrant à endurer, avec la grâce de Dieu, toutes les peines de l'enter; non seulement pour que la divine Majesté ne soit offensée par personne et pour que personne nesoit damné ; mais encore pour que tous les hommes servent Dieucomme il le mériteet pour qu' il s le possèdent un jour. Elledemandeàla Sainte Vierge d'obtenir la même gi*acè. C'est là l'oraison principale de cette personne ; elle dure trois quarts d'heure. Alors elle remercie Dieu pour les grâces qu'il lui a faites pendant ce temps et pendant toute sa vie ; elle termine l'heure en priant Notre-Seigneur pour les besoins qui lui ont été recommandés, pour les intentions qui l'obligent en quelque manière et pour les siennes propres.
En dehors de l'heured'oraison qu'elle tient de l'obéissance, cette personne pratique les dévotions suivantes :
Elle récite cinq Pater noster et cinq Ave Maria, en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, de ses souffrances et de ses travaux ; elle le supplie par ses souffrances de lui donner la grâce de vivre comme il vécut et de souffrir comme il souffrit, enlin d'être son partait imitateur.
Elle récite l'office de l'Immaculée-Conception en l'honneur de la Vierge notre Souveraine. Par la pureté avec laquelle a été conçue cette Vierge, toute sainte dès avant sa naissance (1), elle la supplie d'intercéder pour elle ;mprès de son divin Fils, afin qu'elle demeure aussi pure que les an^es et qu'elle puisse plaire à Dieu. Elle récite encore douze fois le Salre et autant de fois l'Ave Maria, en souvenir de sa très sainte pureté; afin que,
1. Por la santissima limpieza conque ella filé conceluda antes snnta que nari in.
DE SAINT ALPHONSE RODRICrUEZ. 83
à chacune des Vingt-quatre heures du jour et de la nuit, Notre-Dame prie son Fils de la préserver de tout
péché.
De plus, elle se recommande à vingt-quatre saints (4); parmi lesquels elte compte son ange gardien et son saint patron ; et elle les prie de vouloir bien, chacun pour l'heure qui lui revient sur les vingt-quatre divisions du jour et de la nuit, demander à Dieu de la garder pure de tout péché et sans tache.
Elle récite encore le chapelet de Notre-Dame une ou plusieurs fois le jour, si elle est en santé, pour satisfaire à L'obéissance et aux autres nécessités.
Elle récite aussi le rosaire de la mort en disant : « Seigneur par votre très sainte passion et votre mort, je vous supplie de me faire vivre saintement, de me faire parfaitement mourir à tous mes vices, à toutes mes passions et à mon amour-propre et de me donner votre sainte toi, votre espérance et voire charité. »
Enfin elle dit le rosaire du Saint Nom de Jésus, en disant pour commencer : Maria,esto milii Mariaau lieu de Are Maria; et ensuite Jesu, esto milu Jésus; elle continue ainsi jusqu'à trente-trois l'ois, en mémoire des trente-trois années de Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Qu'elle ait eu ou non le temps d'achever ces diverses prières, tout le reste du jour elle s'efforce de marcher en la prés Tice de Dieu. tille se comporte comme un ami avec son ami ; c'est-à-dire qu'une grande partie de la journée, elle demeure seule avec son Dieu, en sa pré-
1. Ces saints étaient les suivants : « L'Ange cardien (d'Alphonse), sainte Ildephonse, saint Michel, saint Gabriel, saint Raphaël, saint Pierre, saint Paul, saint Jean-Baptiste, saint Jean l'Evangéliste, saint Jacques, saint Malhiasj saint Joseph, saint Laurent, saint François, saints Coaine et Dainien, saint Joachiin, sainte Anne, sainLe Marie-Madeleine, sainte Marie Egyptienne, sainte Ursule et les onze mille Vierpes, sainte Isabelle, saint Zacharie, saint Antoine et saint Biaise.
sence, sans discourir en aucune manière. Cet exercice repose grandement non seulement l'esprit, niais le corps; le bien-aimé est intimement présenta l'a me, tant l'amour mutuel les unit; et l'àmepeutnégocier avec son Dieu tout ce qu'elle a à cœur pour sa gloire. C'est une de ses manières de prier.
Elle en emploie une autre qui consiste à s'entretenir avec Dieu au moyen de longs, fervents et amoureux colloques, qui l'embrasent d'un très grand amour. Une troisième est la suivante : L'àme, se voyant dans quelque peine ou besoin, pour soi ou pour autrui, et connaissant par une lumière divine que Dieu seul peut y porter remède se tourne vers lui et le prie avec ferveur. Cette lumière lui esi donnée pour qu'elle se défie délie et de ses plans, et pour qu'elle se confie en Dieu ; car la défiance de soi-même est un excellent moyen d'obtenir ce que l'on demande à Dieu. Elle a encore le mode d'oraison que voici, oraison qui est un grand don de Dieu : En un moment, son àme se trouve seule avec Dieu, et l'ardeur du désir avec lequel elle le prie, est accompagnée d'une si grande force, qu'il lui semble qu'elle veuille faire violence à son bienaimé Seigneur, pour qu'il lui concè le ce qu'elle demande. Elle a encore une autre manière de prier, qui est vocale et mentale; par exemple, lorsqu'elle dit le rosaire. Elle prononce alors les paroles de l'Are Maria et du Pater nosler, et elle converse en même temps avec Dieu et avec la Sainte-Vierge.
Un autre de ses modes d'oraison consiste à se mortifier, à pratiquer les vertus, à combattre ses vices et ses passions de façon que l'oraison et la mortification jointes ensemble aillent depair. Ainsi, lorsqu'il survient quelque peine à 1 aine, elle se met aussitôt en présence de Dieu, c'est l'oraison ; puis elle pla.v, la p^iue eatr s
DE SAINT ALPHONSE R0DR1GUEZ. Ko
eux deux, c'est-à-dire entre Dieu et l'âme. Alors, jetant un regard sur son Dieu, elle fait, par amour pour lui, des actes intérieurs de la volonté qui consistent à se réjouir d'avoir à supporter cette peine pour son amour. Elle persévère dans ces actes, jusqu'à ce qu'elle aitcon- M ri i l'amertume en douceur et soit parvenue à recevoir l'épreuve de la main de Dieu et non des créatures. Elle dit à Dieu : « Seigneur, je vous aimerai davantage pour la grâce très précieuse que vous me faites en me donnant quelque chose à souffrir pour votre amour. » Cet exercice d'oraison et de mortification, par lequel l'homme se vainc en se faisant une certaine violence, est très élevé, et celui qui plaît le plus à Dieu ; car il consiste à se renoncer en prenant sa croix et en suivant Jésus-Christ par amour pour ce même Jésus crucifié : or celui qui se renonce, fait la volonté de Dieu. Par cette voie, c'està-dire en priant et en souffrant, l'âme ohtient de Dieu d<- s'établir dans la vertu, et je ne sa'.s comment elle y parviendrait sans se vaincreainsi.Tout vient de Dieu et il peut donner les vertus en un moment; mais il veut qu'on les lui demande et que l'on souffre. Si quelqu'un, devant se rendre dans une ville, ne veut ni marcher, ni même uuer; bien qu'il sache la route, jamais il n'y arrivera. Il faut qu'il marche pour arriver. La route que l'àme doit suivre pour arriver à la sainteté, est de se mortifier en s'aida ut de l'oraison ; et de même que les pas du corps sont tellement nécessaires pour se rendre où l'on veut aller, que, si on ne remue pas les pieds, on est assuré de ne jamais arriver; de même l'âme doit parcourir une route, pour acquérir la vertu ; et les pas qu'elle doit faire dans cette voie, sont la mortification et la victoire sur soi-même pour l'amour de Dieu. Il faut remarquer qu'il ne suffit pas de savoir le chemin, quoique ce soit dé'à une
grande chose : il faut de plus, marcher ; or, les pas à faire sont les actes intérieurs du etfeur par lesquels ou se. vainc. En triomphant ainsi de soi-même, on arrive à se réjouir de toute épreuve et à convertir en douceur toute
amertume.
6i. Cette personne a aussi quelques tentations au sujet de la prédestination : le démon la trouble et l'embarrasse par certaines difficultés qu'il lui présente. Eu pareil cas, se mettre à argumenter avec le démon, c'est lui ouvrir la porte ; et bientôt l'àme est troublée et inquiète, parce qu'elle a affaire à un grand bachelier.
Cette personne prend donc.le parti de ne pas l'écouter; elle lui tourne le dos et recourt à Dieu avec une grande humilité. L'humilité écrase la tête du démon et détruit sa trame, qui tend à jeter l'àme dans la défiance de la miséricorde divine. Donc, pour vaincre le démon et accroitre sa confiance, elle recourt aussitôt à Dieu ; elle le prend pour refuge et pour bouclier, et elle l'implore en lui disant : « Seigneur mon Dieu, je ne m'appartiens pas; je suis à vous. Vous m'avez créé ; vous m'avez donné l'être; je suis votre bien ; moi, ver de terre et néant, je me remets et m'abandonne entre vos mains. Puisque je vous appartiens, traitez-moi comme votre propriété, c'est-à-dire suivant votre bon plaisir, et je m'en réjouirai ». Elle exerce en même temps sa volonté à faire des actes intérieurs de joyeux abandon entre les mains de Dieu et elle s'établit dans une grande paix et tranquillité d'esprit, pour tout ce que le Seigneur voudra faire d'elle ; car elle est assurée qu'il gardera son bien. Déplus, Dieu élèvera l'àme, qui se comporte ainsi, à une haute sainteté et à une grande gloire, parce qu'il ne laissera pas incliner au mal ce qui lui appartient. Le meilleur remède que puisse employer
une âme pour vaincre cette tentation et toutes les autres, et pour triompher en général de tous ses ennemis, est celui qui vient d'être dit; car Dieu est très fidèle et surpasse autant l'homme par sa fi lélité que par sa bonté. Si donc nous nous fions à un homme et lui remettons nos intérêts entre les mains, avec combien plus de confiance devons-nous nous abandonner entre les mains de Dieu, avec l'assurance qu'il pourvoira à nos besoins, lui qui nous aime comme un Père et comme un Père dont l'amour est infini et la puissance sans bornes!
63. Cette personne abhorre les honneurs et les louanges : c'est tromper en effet de dire du bien de ce qui est mauvais. Si on la prévient par un salut, elle en éprouve de la peine et est confuse de ne pas s'être humiliée la première.
63. Elle avait reçu du Père Recteur l'ordre de se lever à huit heures du matin, pendant huit jours, et, si elle devait communier pendant cet intervalle, de le faire à la quatrième messe. Un jour qu'elle devait communier,elle se leva, comme elle en avait reçu l'ordre, et s'en fut à l'église. Elle y arriva pendant qu'on disait la troisième messe et il lui vint la pensée d'y communier. Elle discutait en elle-même pour savoir si elle pouvait le faire, le Père Recteur lui ayant dit de communier à la quatrième messe. Embarrassée de ces pensées qui la troublaient, elle rentra en elle-même et se dit : « L'obéissance d'abord ». Aussitôt qu'elle eut pris la détermination de communier à la quatrième messe et non à la troisième, par esprit d'obéissance, elle se trouva calme et paisible; en outre, Dieu lui donna de telles lumières sur le mystère de l'Eucharistie et la ,-
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présence de Nôtre-Seigneur dans le Très Saint-Sacrement et il la remplit de si vifs sentiments de foi et d'amour que, avant de le recevoir sacramentellement,elle Pavait déjà reçu spirituellement avec de grandes consolations ; elle l'avait attiré dans son cœur et elle éprouvait déjà les effets de sa divine présence.
Après la communion sacramentelle, sonàme, enflammée d'amour pour Jésus-Christ, attire ce Seigneur à elle par un acte d'amour partant du fond du cœur, comme l'aimant attire le ter ; et elle continue à jouirde sa présence sensible, en le retenant doucement et amoureusement. Alors, Jésus la comble de faveurs et se découvre à elle d'une façon inénarrable. Il n'y a pas d'imagination en ceci; tout est intellectuel.
G 5. Parfois, cette personne éprouvait des inquiétudes qui l'affligeaient beaucoup. Ainsi elle craignait d'avoir encouru quelque excommunication à cause de sa vie passée. La dernière fois que cela lui arriva, sa crainte d'être excommuniée, sans le savoir, fut si vive que,désirant beaucoup être délivrée de cette perplexité, elle recourut à Dieu ; c'est d'ailleurs ce qu'elle fait dans toutes ses difficultés, parce qu'elle trouve en Dieu leur solution et la lumière dont elle a besoin. S'étant donc mise en la présence de Dieu et lui représentant vivement sa peine, elle implorait son secours et s'offrait tout entière sans réserve à sa divine Majesté, en lui disant : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse en cette perplexité qui me tourmente tant? Je suis prêt à faire tout ce que vous voudrez pour votre gloire et votre honneur, afin d'être délivrée de cette peine; s'il me fallait parcourir le monde entier pour cela, je le ferais pour vous plaire, dùt-il m'en coûter la vie eu soutirant tant de fatigues. »
Etant ainsi absorbée en Dieu, elle cherchait,d'unepart à être délivrée de ses angoisses, en obtenant de la divine Majesté l'assurance qu'elle était en sa grâce; d'autre part, blessée de son amour elle s'offrait à lui avec un extrême désir de lui plaire ; lorsque subitement son àme fut inondée d'une telle lumière, son cœur rempli d'une telle paix, il se fit un si grand calme dans sa conscience, qu'un pareil changement ne se peut bien décrire. Elle eut en cet instant une connaissance si claire, un sentiment si intime, qu'elle était dans la grâce de Dieu, qu'on ne peut en avoir de plus grande assurance sur la terre. La certitude qu'elle avait d'être dans la grâce de Dieu, sans être égale à celle des bienheureux dans le ciel, était si grande qu'il lui semblait que, si elle eût été à l'heure de la mort et entourée de démons, nulle tristesse, nulle inquiétude n'aurait pu pénétrer son cœur, Dieu, présent en elle, la maintenant dans celte bienheureuse assurance.
Ainsi prit tin son scrupule, au sujet de l'excommunication qu'elle craignait d'avoir encourue, et elle recouvra la paix. Celle-ci persista ensuite; la certitude d'être dans la grâce de Dieu persista également, sans toutefois demeurer aussi grande. A partir de ce changement subit que Dieu opéra en elle, elle avait beaucoup plus envie de mourir, pour aller voir s "n Dieu, que de vivre et de demeurer en ce monde. Gloire à Dieu ! Amen.
65. Au sujet de l'obéissance, voici ce qui lui arriva encore. Sa santé étant mauvaise, son Supérieur lui ordonna de prendre un remède. Elle le prit et il ruina si fort sa santé, que si la maladie qui en résulta se fut aggravée, sa vie eût été vraisemblablement en danger. Notre-Seigneur permit néanmoins qu'elle se rétablit
entièrement. A quelque temps de là, il sembla bon au même Supérieur de lui ordonner encore un remède. Conjecturant que ce serait le même que celui qui l'avait mise si bas, elle s'en tut traiter la chose avec Dieu. Prendre le renie le par ordre du Supérieur, c'était obéir; d'un autre côté, il lui semblait que ne pas manifester en ce cas sa répugnance, c'était mettre sa vie en danger.
Elle s'entretenait donc avec Dieu; après s'être mise en sa présence, elle lixait son regard sur lui et faisait des actes d'obéissance extrêmement fervents et violents. C'est, en effet, le procédé qu'elle suit pour obéir : elle îvgar de Dieu et non pas l'homme, le commandement de Dieu et non pas celui de l'homme : Qui vos audit, me audit K Pendant qu'elle était ainsi absorbée en Dit-u et uniquement occupée de lui, elle reçut soudainement une très grande lumière et en même temps une très haute connaissance. Dieu lui faisait sentir et connaître que cet acte a'obéissance lui avait été si agréable, qu'elle ne peut trouver de termes pour bien expliquer la grandeur de son mérite devant Dieu. Je crois qu'il fut plus méritoire que toutes les bonnes œuvres qu'elle a laites pendant toute sa vie. On voit par là ce que vaut aux yeux de Dieu l'acte par leq vl on lui obéit en la personne de l'homme jusqu'à donner sa vie par obéissance, en imitant Jésus-Christ Notre- Seigneur, qui a estimé l'obéissance plus que la vie.
66. Un jour un novice, nommé Jacques Mari, étant tenté contre sa vocation, et ayant même résolu de s'en aller (il avait déjà pris congé du Père Recte. r), vint dire à cette personne la détermination qu'il avait prise.
i. Luc, X, 16. « Celui qui vous écoute, m'écoute, »
Celle-ci s'émut d'une telle compassion pour ce malheureux bFOTÏce, qu'elle recourut aussitôt à Notre-Dame avec beaucoup de ferveur. Pendant qu'elle priait et suppliait la Sainte-Vierge de toutes ses forces, elle l'entendit lui dire que le novice ne s'en irait pas. Cet'e personne continuant à p\ier avec la même ferveur, entendit la Sainte-Vierge lui dire une seconde fois qu'il ne s"en 'rait pas ; enfin, comme elle s'obstinait encore à prier pour lui, il lui fut dit : Avec celle-ci, voilà trois fois que je Val dit qu'il ne s'en irait pas.Le changement que Dieu opéra dans ce novice fut merveilleux; il rentra en lui-même, s'en vint dire à cette personne qu'il voulait rester et, sur son conseil, alla aussitôt trouver le Père Recteur. Il se mit à genoux et lui demanda pardon avec beaucoup d'humilité en reconnaissant son erreur. Le Père fit venir les autres Pères ; le novice avoua sa taute devant eux et se détermina à s'abandonner entre les mains de son Supérieur pour tout ce qu'il voudrait faire de lui. Il resta donc parmi nous, avec une ferme résolution de persévérer avec la grâce de Dieu.
GT. Il arriva encc.j ceci à celte personne. Eli ■ souffrait d'un très fort catarrhe, qui ne lui laissait de repos ni jour ni nuit, et elle gardait le lit. Une nuit, sans qu'elle sache comment, elle se trouva transportée dans l'église. Elle communiait ordinairement à la première messe, et les jours de communion elle se rendait de bonne heure à sa place pour entendre la inesse. Là, elle restait en la présence de Notre-Sei n ur jusqu'au moment de la communion. Or cette nuit-là, elle se trouva subitement dans l'égide, agenouillée devant le Saint-Sacrement comme dl. .' itude. Il lui semble bien que ce ne fut pas un rêve, niais qu'elle était bien là
elle-même, en esprit Pendant qu'elle était agenouillée, elle fut ravie en une très haute oiaison purement mentale ; durant ce ravissement, elle reçut les visites de Jésus et de Marie et jouit seul à seul de leur^entretien pendant un certain espace de temps. Plusieurs fois, peut-être deux ou trois, elle revint un peu à elle et elle vit alors un jeune entant, qui lui touchait les yeux avec une baguette et lui disait : Demeure en extase. Elle ne s'émeut pas plus de ces choses extraordinaires que ne ferait un morceau de bois; elles ne lui inspirent même que de l'aversion. Uniquement occupée d'aimer Jésus et Marie, elle ne pense qu'au moyen de leur être agréable; et elle voudrait leur plaire infiniment, si c'était possible.
68. Durant cette même maladie qui la fit beaucoup souffrir, elle s'occupait à pratiquer intérieurement des actes de la volonté par lesquels elle acceptait cette épreuve pour l'amour de Dieu. Elle devait pour cela se faire violence; mais soi àme en retirait un grand profit. A un moment où elle éprouvait une peine extrême et un particulier délaissement, il lui sembla qu'elle était environnée de démons, qui la tourmentaient et l'oppressaient, et qu'elle entendait l'un d'eux se moquer d'elle en lui disant : Oit est ta Marie ? Elle appelle en effet ordinairement la Sainte-Vierge ma Marie, à cause de l'amour inexprimable qu'elle lui porte, et elle recourt à elle constamment, pour toutes choses, dans toutes ses peines, pour elle et pour les autres.
69. Au mois de novembre de l'année 1607, pendant qu'elle écrivait ce qui s'était passé en elle, elle ressentit une reconnaissance très particulière envers Dieu Notre-
Seigneur pour la grâce d'avoir reçu l'ordre d'écrire ce eompte-ren lu de l'état de son âme. Ce compte de conscience lui apporte consolation et paix; car elle sait les nombreuses illusions auxquelles est exposée l'àme qui ne se découvre pas tout entière à son Supérieur, et aussi combien est en sûreté celle qui s'ouvre parfaitement. Si une âme s'ouvre ainsi à son Supérieur, Dieu éclaire celui-ci et il apporte remède au mal; tandis que, si elle ne le fait pas, le démon la trompe.
TO. On a dit plus haut que, pendant assez longtemps, cette personne craignit d'être renvoyée de la Compagnie. Croyant avoir quelque chose à redouter à ce sujet de la part de cerlaines personnes, elle recourut à Notre- Seigneur.
En voyant qu'elle avançait dans la vertu, elle lui exprimait le désir de persévérer et lui demandait son secours. Alors il lui sembla que Notre-Seigneur lui disait distinctement : i7 suffit que moi, je le veuille ; donnant à entendre qu'il suffit qu'il veuille, lui, que cette personne vive et meure dans la Compagnie, pour qu'il en soit ainsi, quand même tous les hommes s'y opposeraient. Ainsi donc, Dieu lui a accordé la grâce qu'elle désirait si ardemment de vivre longtemps dans la Compagnie et d'y mourir.Elley a déjà vécu longtemps, puisqu'elle est entrée en Tannée 1571, 1 avant-veille de la Puritkation de la Sainte-Vierge, et que, par la grâce de Dieu, elle y est encore aujourd'hui, en Tannée 1607 C'est pourquoi, tout embrasée d'amour, elle dit à son Dieu : « Seigneur, je ne veux que vous et votre plus grande gloire. Que mon cœur soit rempli de votre amour et de celui de Marie, et que toutes ces faveurs extraordinaires s'éloignent de moi. Je désire tomber mort, plutôt que de vous offenser en la moindre chose j
<\ir vous êtes ma vraie vie : et j'estime pour rien la vie de mon rorps,en comparaison de vous,qui êtes ma vie » . Certainement, elle aimerait mieux tomber morte plutôt que d'offenser son Dieu, et même rien au monde ne lui serait plus agréable.
DU SENTIMENT ET DE LA JOIE QU'ÉPROUVE CETTE PER- SONNE LORSQU'ELLE VOIT QUELQUE IMAGE DE NOTRE- DAME OU DE JÉSUS CRUCIFIÉ.
Tl. Sitôt qu'elle aperçoit Fune ou l'autre de ces images, elle élève son cœur vers Dieu ou vers Notre- Dame, sa Mère du ciel ; en considérant, pourquoi Dieu nous met sous les yeux les images de Jésus et de Marie, elle voit que c'est afin que nous en gar lions sans cesse la mémoire dans notre cœur. Il en résulte en effet pour nous un grand fruit : celui de marcher toujours en leur présence, sans oublier ce qu'ils ont fait pour nous et ce que nous leur devons en retour. Ce souvenir accroît en nous l'amour divin et nous excite à servir Dieu de toute noire àme, en reconnaissance de tant de grâces et de si grands bienfaits.
Mais c'est surtout l'image de Jésus crucifié qui excite en elle ses sentiments. A sa vue, elle lève les yeux au ciel et se rappelle que c'est là que se trouve maintenant dans la gloire cette Majesté infinie. Que représente l'image ? Celui qui a souffert pour cette personne ; aussi elle lui dit du fond de son cœur, en élevant son àme vers lui : « Mon Seigneur et mon Dieu ; comment se peut-il que je ne meure pas d'amour pour vous, qui avez tant souffert pour un pauvre pécheur comme moi? Oh! mon Dieu, faites que je meure d'amour pour vous. »