‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 56 sur 87 · IPetr., v · texte numérisé non relu

IPetr., v

extrême; et elle est d'autant plus affamée de sa présence qu'elle en jouit davantage. Elle est à t'é&ar I, de Die», comme serait quelqu'un, qui aime beaucoup une autre personne et désire ardemment la revoir, dès qu'elle est absente. En allant prendre ses repas, elle dit à Dieu : « Vous voyez Seigneur, que je n'ai pas besoin de manger; mais puisque vous le voulez, je le ferai. » Et clic mange par obéissance, plus qu'elle ne le ferait sans l'obéissance. En entrant au réfectoire, après avoir ôté son bonnet, elle élève son cœur vers Dieu, s'offre à lui, et lui présente en même temps tous ceux qui vont se mettre à table. Alors elle lui dit : « Hœc et omrtia quœ sumpturi sumus, benedicat nos (sic) Deus tri nus et unus, Pater et Filins et Spiritus sanctus. Amen. Après s'être assise, elle récite un Pater noster, et un Ave Maria, à l'intention des âmes du Purgatoire ; et elle offre cette prière à la Mère de Dieu, en lui demandant de la présenter à son divin Fils et de conduire ces âmes au séjour de la gloire. Elle lui demande encore de ne pas s'écarter de la volonté de Dieu, de manger et de boire pour la gloire de la divine Majesté, et selon son désir, ni plus ni moins qu'elle ne le veut. Alors, observant en tout la mo lestie, elle a soin de ne prendre que de petites bouchées et de faire tout avec calme et bienséance.

156. Très souvent, son élan d'amour pour Jésus et Marie est tel que, pour leur faire plaisir, elle triomphe avec violence d'elle-même, de son àme et de son corps; elle foule aux pieds toutes les craintes de ce monde, tout égard pour les créatures, tout amour suivant la chair, et elle embrasse toutes les épreuves qui peuvent lui venir de quelque créature que ce soit. Pour plaire à Dieu et à la Sainte-Vierge, ses deux amours, elle

s'offre encore à souffrir, avec la grâce de Dieu, tous les tourments de l'enter : et même, si on lui disait : « Sache que telle personne doit être condamnée aux peines éternelles, et qu'il n'y a pas d'aurre moyen de l'en délivrer que de s'offrir à endurer toutes les peines de l'enfer, aussi longtemps que Dieu voudra », par amour pour les âmes, elle accepterait cette condition, non seulement sans répugnance, mais avec joie et allégresse; en disant sans répugnance, elle entend parler de la peine qu'accompagnerait, la grâce de Dieu, non de la séparation de Dieu, de son amour et de sa grâce, parce que cela n'est pas permis.

151. Les années passées, cette personne, qui était très affectionnée à l'obéissance, eut bien des occasions de la pratiquer, spécialement pendant plus de vingt ans qu'elle fut à la porterie. Pour obéir avec rectitude et promptitude, elle eut à subir de rudes épreuves de la part des personnes de la maison qui étaient d'un avis opposé. Elle surmontait ces obstacles par la ferveur de son obéissance ; elle ressentait même des dé irs véhéments de détendre l'obéissance. Elle éprouvait comme des impatiences, qui la poussaient à argumenter contre ceux qui y apportaient des entraves, quelque grands théologiens, qu'ils pussent être. Elle comprimait ces désirs et les laissait de côté.

158. Depuis, Dieu a voulu que cette personne ne remplit plus cet office, et n'ait plus, par la suite, autant l'occasion de pratiquer l'obéissance ; mais elle s'était si longtemps exercée dans cette vertu, et Dieu l'avait alors si souvent visitée et consolée, qu'il voulut la consoler encore davantage dans la suite, bien qu'elle ne pratiquât plus l'obéissance de la même

manière ; ceci montre combien cette vertu plaît à Dieu, puisqu'il récompense si amplement ceux qui se sont renonces et ont souffert pour la pratiquer. Dieu lui communiqua plus tard en effet une si grande lumière sur l'obéissance qu'elle voyait clairement en la présence de Dieu, sans aucun raisonnement, que c'est Dieu qui parle et qui ordonne et non l'homme. Qui vos audit, me audit (1). Pourra-t-il donc hésiter, celui qui voit clairement que c'est Dieu, qui commande par l'homme, et non l'homme qui commande? Ce point est bien important. Or Dieu imprima dans l'âme et dans le cœur de cette personne cette vérité que c'est lui qui commande, que l'ordre vient de lui et est l'expression de sa volonté. Dès 1< rs, elle exécutait cette volonté divine, sans que l'enfer ni le monde entier réunis fussent capable de la faire se départir en son cœur de cette conviction ; il lui semblait que, en dépit de l'amour ou delà crainte de n'importe i,ui, fût-ce d'un roi, elle obéirait à Dieu avec une parfaite confiance, sans qu'il lui fût possible de lui désobéir.

159. A la porterie, elle observait la pratique que voici : Dès que l'on sonnait, elle élevait son cœur vers Dieu et lui disait: « Seigneur je vous ouvrirai pour l'amour de vous, » et elle ouvrait.

D'autres fois, au son de la cloche, elle gagnait aussitôt la porte en faisant intérieurement des actes de joie, comme si Dieu Notre-Seigneur eût lui-même sonné et qu'elle allât le recevoir.

Elle disait donc en y allant : « J'y vais, Seigneur ». Une troisième pratique consistait à se mortifier intérieurement ;car lorsqu'on sonnaitfort età coups redou-

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