Apoc., m, 19. « Je châtie ceux que j'aime
très grande faveur, à laquelle elle ne s'attendait nullement : Notre-Seigneur se montra à elle, avec tout ce qu'il avait souffert pour les hommes. Pendant qu'elle le considérait et voyait ce qu'il avait souffert pour elle-même, Notre- Seigneur l'excita à l'imiter. Cette vue fut pour elle d'un grand profit et lui apporta beaucoup de consolation : Notre-Seigneur était comme dépouillé de ses vêtements ; il montrait à cette personne toutes ses souffrances et la pressait de l'imiter. Depuis cette visite, pendant le jour, elle se rappelle qu'elle doit imiter son Seigneur et elle recommande la chose à la Sainte Vierge.
DE SAINT ALPHONSE IlODHIG U KZ. 20i
MEMOIRE écrit en juin 1614.
S31. Dans les pensées et les tentations impures, que le démon a coutume d'envoyer à cette personne, dans les tempêtes et dans les sécheresses, son grand remède est d'avoir recours à Dieu et de lui dire : Deus, in adjuloriummeum intende; Domine, ad adjuvandum me, festina; elle fait en même temps quelques signes de croix sur son cœur, en disant des Gloria Patri. Alors le démon s'enfuit, et les pensées mauvaises et inutiles disparaissent. C'est son unique remède à toute heure, aussi bien pendant l'oraison qu'en dehors de l'oraison.
S38. La demande qu'elle adresse très souvent à Jésus et à Marie, est celle-ci : « Jésus, Marie, mes très doux amours, faites-moi la grâce de souffrir et de mourir pour votre amour; donnez-moi aussi d'être tout à vous, et nullement à moi. »
239. Combien l'obéissant qui argumente, déplaît à Dieu; combien au contraire est éclairé, prudent et sage celui qui exécute en aveugle l'ordre de l'obéissance, puisqu'il fait la volonté de Dieu. Dieu n'a pas attiré le religieux dans son Ordre pour discuter, ni pour examiner ce qu'on lui commande, mais pour l'exécuter, les yeux fermés : il suffit que Dieu ordonne. On peut dire à ceux qui argumentent contre l'obéissance, pour savoir si elie doit être entendue de cette manière ou de cette autre : « Voulez-vous en savoir plus long que Dieu, qui fait le
commandement et à qui vous avez fait vœu d'obéissance ? » Ils verront dans l'autre vie combien ils se sont trompés. Qu'arriva-t-ilàSaiil '? Qu'advint-il à la femme de Loth, qui fut convertie en statue de sol ? lis furent punis, parce qu'au lieu d'obéir aveuglément à l'ordre de Dieu, ils eurent égard aux créatures.
S40. Durant la messe, cette personne renouvelle ses vœux ; ensuite elle s'entretient avec Dieu ; elle lui demande sa grâce. pour accomplir très parfaitement ses promesses, pour agir en parfait religieux, en religieux obéissant qui soit très agréable à ses regards infiniment saints ; et elle lui fait cette demande avec beaucoup de ferveur.
24 t. Saint Grégoire dit que toutes les fois que, par la vertu de douceur, nous réprimons intérieurement les sentiments qui nous troublent, nous devenons de plus en plus semblables Dieu ; et que nous parvenons ainsi à un très haut point de perfection. C'est qu'en effet, dans les petites choses comme dans les grandes, nous ne voulons plus que ce que Dieu veut. Notre volonté en vient même à être si étroitement unie à celle de Dieu, q Telle ne peut vouloir que ce qu'il veut ; et c'est en cela que consiste lapins grande ressemblance avec Dieu qui se puisse acquérir sur la terre. « On a atteint la plus haute perfection, dit saint Bernard, quand l'esprit a formé entre Dieu et l'àme une union telle que non seulement l'àme veut ce que Dieu veut, mais encore qu'elle ne peut vouloir autre chose que ce qu'il veut. Vouloir ce que Dieu veut, c'est être semblable à lui; et ne vouloir que ce qu'il veut, c'est, pour ainsi dire, être ce qu'il est, puisqu'en lui, être et vouloir sont une même chose. » Mais une perfection si haute ne se peut acqué-
ri i* en cette vie ; ou si elle s'acquiert, c'est dans la vie religieuse, par le moyen des vœux.
2 -rà\i. Il y a lieu de croire que la voie par laquello Dieu conluit d'ordinaire le religieux à cette perfection, est la pratique de l'obéissance aveugle. Celle-ci croit que c'est Dieu qui commande et no-! l'homme ; elle le voit avec la même pureté de regard que les anges, et cherche à lu i plaire, en exécutant ses ordres comme le font ses anses. Dieu fera aux religieux qui obéissent ainsi, la grâce de ne plus vouloir que ce que leur supérieur leur or.lonne ; le monde entier fut-il contre eux, ils obéi* raient, parce que l'ordre du Supérieur est l'ordre de Dieu même : Qui vob audit, me audit (l).
243. C'est une grande chose, une chose très précieuse aux yeux de Dieu, que la pratique de la sainte obéissance aveugle, qui croit que ce que le Supérieur ordonne, est l'ordre de Dieu et non celui de l'homme. En pratiquant cette obéissance, je vois sans cesse. Dieu, qui m'a lait le commandement ; je l'exécute avec amour et actions de grâces, en remerciant Dieu de m'avoir ordonné de faire cette chose, en pensant que c'est à lui que j'obéis et en faisant intérieurement des actes de joie et d'amour. Je lui dis en même temps : « Seigneur, je vous remercie, je vous loue et vous bénis pour la grande grâ e que vous me faites de vous souvenir de moi et de me commander de faire ceci; j'accepte ce commandement pour l'amour de vous et pour votre gloire »; puis j'exécute ponctuellement la chose, comme elle m'est commandée par Dieu.
Dieu se montre très libéral envers une âme qri s'exerce ainii intérieurement en sa présence, il lui
i. Luc, x, 16. « Celui qui vous écoule, m'écoule. »
accorde de grandes grâces. Par exemple, il assujettit tellement la volonté à l'obéissance, que l'àme ne peut vouloir que ce qu'il veut ; et elle a atteint alors la plus grande ressemblance qu'elle puisse avoir avec lui sur la terre. Lorsque l'àme a atteint ce degré, la volonté ne peut qu'obéir ponctuellement ; elle n'a égard ni aux hommes, ni même aux rois, mais à Dieu seul ; paire que la distance entre Dieu et l'homme est infinie. Celui qui agira ainsi, sera considéré comme saint par les hommes et par les rois, parce qu'il a plus d'estime pour Dieu en lui obéissant, que pour le monde tout entier. Il recueillera en son âme de grands fruits de sainteté avec l'aide de Dieu ; il sera utile à ceux du dehors et à ceux du dedans, et il fera grandir l'ordiv religieux auquel il appartient; le tout à la plus grande gloire de Dieu.
244. Prière à la Vietge Marie, mère de Dieu, et à son divin Fils « Jésus, Marie, mes deux amours, accordez-moi la grâce d'être entièrement à vous et nullement à moi; donnez-moi d'arriver, avec la grâce divine, à ce dernier degré de la perfection, que je ne veuille autre chose, petite ou grande, que vous ne la vouliez, vous, mon Jésus, et que ma volonté soit si bien assujettie par la mortification et l'oraison, que mon âme ne puisse plus vouloir que ce que Dieu veut.» Or, ne plus pouvoir vouloir que ce que Dieu veut, c'est être déjà ce que Dieu est ; voilà le degré sublime de perfection dont l'obéissant est gratifié par Dieu. Il ne peut faire autre chose que ce que Dieu lui commande par le supérieur, car il voit et connaît clairement comment c'est Dieu qui lui donne l'ordre. Aussi le monde entier serait-il contre lui, il ne pourrait se départir de l'exécuter. Il pratique l'obéissance même des anges.
£45. Il semble que Jésus-Christ, Notre-Seigneur
prend soin de pareils obéissants, qui sont de si parfaits imitateurs de sa propre obéissance. De tels religieux on pourrait dire en quelque sorte, que Dieu regarde par leurs yeux, entend par leurs oreilles, parle par leur bouche, agit par leurs mains ; en un mot, qu'il se sert de leur àme et de leur corps comme d'un instrument.
£46. Il semble qu'en fait d'obéissance aveugle, le sommet le plus élevé de la perfection dans une âme consiste dans un amour très ardent et sublime que l'àme ressent envers Dieu, amour qui l'illumine et lui fait connaître clairement, que Tordre de son supérieur commande, est évidemment et manifestement l'ordre de Dieu. Elle a un tel amour pour Dieu, elle sent une si grande assurance que c'est lui qui commande, qu'elle en vient à être remplie de cette vérité, et que rien ne pourrait la détourner d'obéir ni la faire reculer, quelque difficile et dangeureuse quefùt la chose commandée, le monde entier s'élèverait-il contre elle, et lui défendrait-il de la faire. Cette parfaite assurance est si fort imprimée au fond du cœur, qu'il ne s'y trouve et ne peut s'y trouver en même temps l'ombre de crainte, pendant qu'on exécute l'ordre donné; il faut toutefois qu'il ait été donné en termes clairs et précis. L'àme obéit alors à son Dieu, à la manière des anges du ciel, sans crainte humaine, parce qu'elle est remplie de l'amour divin ; Perfecta charitas foras mittit timorem (1 . Grâce à cette sécurité, l'àme en obéissant, agit avec une aussi grande liberté de cœur, que si l'ordre reçu était déjà exécuté; elle a seulement un extrême désir de plaire à Dieu. C'est là la perfection
i. Joun., iv, 18. « La parfaite charité chasse la crainte. »
S66 vil. ADMIRABLE
de l'obéissance, que nous conseille notre Bienheureux Père.
Qui pourrai détourner uriange de faire la volontéde Dieu ? Personne assurément. De même le monde entier ne saurait empêcher une âme obéissante de faire la volonté de son supérieur ; saint Paul dit aussi que rien au monde ne saurait le séparer de l'amour qu'il porte à Dieu : Quis me separabit a char it aie Dc/(1)?
SîT. Il est possible que cette obéissance de foi aveugle ne plaise pas à ceux qui ne la pra iquent pas. Mais au risque de leur déplaira, le véritable obéissant devra, dans certaines circonstances, se comporter comme un sourd et comme un muet, souffrir tout, même de passer pour un sot, congédier avec humilhé et politesse ceux qui s'opposeraient à lui, et exécuter ponctuellement ce que l'obéissance lui a commandé. Sans doute ceux qui ne pratiquent pas l'obéissance aveugle, veulent qu'un agisse avec une prudence humaine ; mais la souveraine sagesse, prudenceet discrétion est d'obéir à Dieu ; et en obéissant ainsi en aveugle, on l'ait manifestement la volonté de Dieu comme les anges dans le ciel. Faire la volonté de Dieu est une prukmce céleste et angélique, non uni prudence humaine.
3 48. Un jour que tous ceux qui soupaient en première table, sortaient du réfectoire, cette personne les consi lérait avec une tendre affection, et parce qu'elle les aimait du fond du cœur, comme s'ils eussent été des ailles, elle fut, saisie d'un vif désir de se trouver un jour avec eux dans le ciel. Elle traita au même instant
i. Rom., vm, 33. « Qui me séparera do la charité de Jébus-
ChrisL ? »
DE SAINT ALPHONSE RODRIfiUEZ. 267
a chose avec Dieu, et elle reçut la réponse affirmative, jue son désir serait accompli. Gela me fut affirmé à placeurs reprises et je crois qu'il eu sera ainsi ; car à mes .eux, mes frères sout des anges. Pour m'humilieret Toitre en sainteté avec la grâce de Dieu, je n'ai besoin jue de les regarder et de considérer leurs vertus, car e vois alors en eux ce qui me manque. Que Dieu me asse tel qu'ils sont à mes yeux ! Amen (1).
Plus lard, comme je traitais encore la chose avec lieu, il m'affirma de nouveau cette consolante pronesse. Il ne resle donc qu'à mourir d'amour pour Dieu st la Vierge Marie, ma bien-aimJe Souveraine.
S40. Les exercices que cette personne pratique (ordinairement, chacun en leur temps, pendant le peu
jui lui resle à vivre et à lutter sur cette terre, sont les .uivants :
Le premier consiste à connaître le mal qui est en elle, ion néant et les péchés si nombreux qu'elle a commis; i la vue de ses misères et de ses (autes, elle demande à )ieu pardon et miséricorde, fait des actes très intenses le contrition, de douleur et de regret pour avoir offensé peu, et lui exprime son ardent désir de le servir et de ui plaire, si elle pouvait, comme tous les anges du ciel insemble. Par cet exercice, elle en vient à s'estimer ce [u'elle est, rien déplus; et à s'abhorrer comme un Malfaiteur, qui a bien souvent offensé Dieu.
Notre-Seigneur dit un jour à sainte Catherine de Sienne, en lui apparaissant : « Sais-tu bien ma fille, pli tu es et qui je suis ? Si tu savais ces deux choses, îertainement tu serais bienheureuse, car tu es celle jui n'est pas, et je suis celui qui suis. Si cette connais-
1. Celte révélation est distincte de celle qui est rapportée au a0 34. Alphonse l'eut sous le reclorat du P. Gill.
sauce pénétrait en ton àme, jamais l'ennemi ne pourrait te tromper ; tu échapperais à tous ses lilets, tu ne ' consentirais à rien qui soit contraire à mescomman-j déments, tu obtiendrais facilement et sûrement toute grâce, toute charité et toute vertu. » C'est pourquoi] cette personne, connaissant son néant, dit à Dieu:] « Puisque vous êtes celui qui est, c'est en vous, 6 mon Dieu, que je mets ma confiance, et non en moi, ni en] aucune créature. »
L'âme, que Dieu élève à une vraie connaissance d'elle-] même est ainsi éclairée, parce qu'elle s'humilie le plus; qu'elle peut. De cette connaissance, Dieu l'élève à une très haute connaissance de lui-même, parce qu'elle s'abaisse aussi bas que possible ; parce qu'elle se méprise, il l'élève à une très grande estime pour saj divine Majesté, à un très haut respect et à une parfaite adoration ; il l'élève encore aux brûlantes ardeurs! de son divin amour, parce qu'elle s'abhorre et se hait ; enfin, parce qu'elle a conçu un profond dégoût 1 d'elle-même et ne peut souffrir son infection, il l'élève] à la grande douceur et à la délectable suavité de sal divinité. Car Dieu élève l'âme en proportion de sonj abaissement et de ses humiliations. Alors, l'âme se connaissant en vérité, dit à son Dieu : « Mon Dieu, vous : êtes celui qui est, et je suis celui qui n'est pas ; ainsi ji me fie à vous seul et n'espère qu'en vous ; mel défiant de moi et de toutes les créatures, comme si elles n'avaient pas l'être, je m'attache uniquement àl vous. » Cette humilité et cette connaissance propre ne s'acquièrent pas par voie de raisonnement, parce que l'âme est déjà passée plus avant, mais par une lumière divine qui luiest communiquée et qui la fait se connaître telle qu'elle est. Cette vue lui montre combien elle est mauvaise, combien elle a résisté à son Dieu ; et
alors elle s'écrie : «Seigneur, mon Dieu, ne considérez pas qui je suis, ni qui j'ai été, mais qui vous êtes; pardonnez-moi, car je regrette du plus profond de mon cœur de vous avoir offensé. Faites-moi miséricorde, car je me propose de me corriger avec votre grâce. » C'est. parce qu'elle se voit si faible et si nulle, qu'elle vit snns cesse dans la crainte de Dieu.
Le second exercice consiste à converser avec Jésus et Marie, en leur disant: « Mes très doux amours, faites-moi la grâce de mourir et de soutfrir pour votre amour: donnez-moi aussi d'être tout àvous, nullement à moi, faites ce qu'il vous plaira de toute ma personne, qui est votre bien. » Pour réussir dans une entreprise aussi relevée, l'àme doit s'exercer intérieurement de toutes les forces de sa volonté, en présence de Dieu et avec sa grâce, à s'abandonner à lui sans réserve. Et parce qu'elle fait de son côté de très grands efforts, Dieu la visite et l'instruit ; il la console et lui fait visiblement de grandes grâces, en arrachant de son cœur, l'àmour-propre et en y plantant le très suave amour de Dieu. L'àme parvient ainsi à être toute à Dieu, nullement à elle, et son plus parfait exercice consiste à se faire violence dans les grandes épreuves, afin de les souffrirpour l'amour de Dieu et de s'abandonner encore à lui sans réserve, le laissant faire ce qu'il lui plait, jusqu'à ce qu'elle reconnaisse qu'elle est bien toute à lui et nullement à elle.
La troisième chose, en laquelle cette personne s'exerce avec l'aide de Dieu, est la haine et l'horreur d'elle-même. Comment peut-on s'aimer et se bien traiter, après avoir fait une chose aussi détestable qu'est l'offense de Dieu ? Comment peut-on ne pas s'abhorrer, après avoir fait injure à la Majesté divine ? Plus une àme connaît et aime son Dieu, plus elle s'abhorre et se
déteste, à la vue du mal affreux qu'elle a commis ; car elle a trahi sou D'eu et a été déloyale envers lui. C est pourquoi elle ne se voudrait plus voir, non plus qu'un ennemi abhorré. Est-ce taire beaucoup, pour un serviteur de Dieu, que de persécuter et de haïr un si grand ennemi ? Je crois au contraire que sa plus grande pénitence est de traîner sa chair avec lui, et de l'avoir sans cesse à ses côtés, sans pouvoir s'en débarrasser ; c'est là un grand tourment. Mais ce serait une véritable folie de l'aimer, au lieu de la maltraiter comme son plus méchant ennemi.
Je crains les consolations, soit pour l'âme, soit pour le corps, et c'est avec raison. Combien j'ai lieu de me féhciter au contraire, lorsque le corps ou l'amc souffrent, pourvu que je sache profiter de ces souffrances, en les supportant pour Dieu ; en les recevant de sa main, non des créatures; en luttant et en triomphant des difiieultés, à l'aide de la prière et de la grâce de Dieu; entin en prenant comme doux ce qui est amer, par amour pour Jésus-Christ qui a tant souffert pour moi. Souffrir aura pour récompense la gloire ; quant aux consolations et aux douceurs, elles iront de valeur ni pour cette vie ni pour l'autre. Vigilate; c'est-à-dire, que nos yeux ne se détournent pas de la croix, qui consiste à souffrir pour Jésus-Christ, ni notre cœur, de celui qui souffrit sur la croix ; afin de l'imiter, alors qu'il est plein de douleurs, non lorsqu'il est rempli de consolations. Si Dieu nous conduit par la voie qu'il a suivie lui-même, felicitons-nous.Je me trouve meilleur devant Dieu et plus rassuré en sa présence, quand je suis accablé de peines corporelles et spirituelles, car je m'exerce alors à recourir à lui et à souffrir pour son amour, en m'abandonnant entre ses mains. La perfection à son service consiste à souffrir pour son
amour, en faisant des actes in:érieurs de la volonté.
250. Le désir que cette personne a de plaire à Dieu cl à la Sainte Viorge est extrême. Elle croit qu'il n'v a rien de plus propre à satisfaire l'âme que de marcher en la présence de Dieu avec un ardent désir et un très grand soin de lui plaire en tout. Aussi, en raison de son amour pour lui, recherche-telle, jour et nuit, comment elle lui plaira davantage ; comment elle pourra le mieux servir, le servir pour lui-même, sans intérêts ; et cela quand même il lui en coûterait de souffrir, avec sa grâce, les tourments de l'enfer.
251. Cette sainte obéis ance aveugle, qui croit que le commandement du supérieur est le commandement de Dieu Notre-Seigneur et non celui de l'homme, Qui vos audit, me audit (i), était considéré par notre Bienheureux Père, comme une chose très parfaite et très agréable à Dieu, ainsi qu'il le dit en divers endroits : et si le Pape lui avait ordonné d'entrer dans la première barque qu'il eût trouvé au port d'Ûstieprès de Rome et de traverser la mer, il l'eût fait et eût obéi non seulement avec tranquillité dame, mais encore avec joie et contentement ; quan l bien même celte barque n'aurait eu ni màt, ni gouvernail, ni voile, ni armes, ni approvisionnements, ni quoi que ce soit des choses nécessaires à la navigation.
APPENDICE I. Le 21 janvier 1616, il (2) me dit à moi, Jean Torrens,
1. Luc, i, 16. « Celui qui vous écoute, m'écoute. ■> i. Le frère Alphonse.
alors préfet spirituel (en me rendant compte de sa conscience avec beaucoup d'humilité et avec la crainte d'être dans l'illusion), que peu de jours auparavant Dieu lui avait fait la grâce de l'enlever en esprit au ciel et qu'il s'y était trouvé placé entre la Sainte Vierge et Notre-Seigneur Jésus-Christ ; tous deux l'avaient encouragé à souffrir maintenant, en lui donnant la ferme espérance qu'il irait ensuite se reposer au ciel.
II. Il me dit aussi qu'il avait vu la Compagnie, resplendissante comme un soleil entouré d'étoiles. Les étoiles étaient les autres Ordres religieux ; eux aussi resplendissaient ; mais la Compagnie était comme le soleil au milieu d'eux, parce qu'elle embrassait tout l'univers et l'éclairait tout entier. Il entendait par là que la Compagnie devait parcourir le monde, jusqu'à ce qu'elle l'eût converti tout entier à Dieu.
DE SAINT ALPHONSE RODRIGfl.Z. 273
MEMOIRE écrit en janvier 1615
353. Il faut que tu changes ces mots : Je m'aime, en ceux-ci, je me déteste ; et que tu te haïsses sans mesure, puisque tu as offensé un Dieu infini qui est la bonté infinie. D'ailleurs, mon âme répugne à ce que mon corps ait des douceurs dans le manger, ou éprouve quelqu'autre satisfaction. Je me connais si mauvais, si infect, si rempli de péchésetsi digne de l'enfer, que de dégoût et d'horreur, je ne voudrais plus me voir. C'est pour moi une peine et un tourment, une mortification et une grande pénitence, de me porter sans pouvor me séparer de moi-même. Voilà ce que je suis; rien de plus. Car tu n'es pas ce que tu parais ; tu n'as aucun bien ; à toi seulement le mal et le péché, des vices et des passions, de mauvaises inclinations, des négligences et des inadvertances dans le service de Dieu ; enfin tu es le néant même.
Cette personne voit donc clairement qu'elle ne vaut rien, en quoi que ce soit; et elle se tient pour ce qu'il y a de pire au monde, tout en estimant que les autres sont bons. Se voyant si mauvaise, elle vit sans cesse dans la crainte de Dieu ; cependant, lorsqu'elle s'entretient avec lui, c'est-à-dire dans tousses besoins si fréquents, il l'assure de son salut; en outre, la Sainte Vierge lui est très favorable ; elle l'encourage et le rassure. Malgré ces témoignages, cette personne n'avance qu'avec précaution et bien timidement parce qu'il peut y avoir des pièges cachés, et pour se garantir de toute
illusion, elle vit dans la sainte crainte de Dieu. Beatus vir qui semper est pa vidas.
Méprise-loi,, Alphonse, et abaisse-toi le plus bas que I tu pourras ; quoi que tu fasses, tu ne pourras pas atteindre le fond de l'abîme de mépris que mérite celui qui a offensé le bien infini qui est Dieu, puisque cet abîme de mépris est infini.
Afin de paraître à ses yeux méchante et méprisable, laide, hideuse, vile et infecte, elle considère en ellemême toutes ses misères, ses nombreux péchés et son néant; elle se voit alors si mauvaise et si abjecte, si remplie de péchés, qu'elle se fait horreur à elle-même, et de dégoût ne se peut souffrir; aussi vit-elle dans une grande confusion devant Dieu et devant les hommes. Elle dit alors à Dieu : « Seigneur, voici ce que je suis : péché et néant ; il n'y que cela en moi; en vous seul j'espère et je mets ma confiance; ayez pitié de moi, car je ne suis que cela et pas davantage. »
Cette personne eut un jour de poignantes terreurs au sujet de sa vie passée ; elle se demandait si elle avait fait des confessions bonnes et intègres, elle avait des scrupules à l'égard de deux confessions générales. Alors elle recourut à Dieu, et se mettant en sa présence, elle lui dit avec beaucoup de ferveur : «Voyez, ô mon Dieu, tout ce qui a besoin d'être guéri, soit pour le passé, soit pour le présent, soit pour l'avenir. Avec votre grâce, je suis prêt à tout ce que vous voudrez faire de moi, dût-il m'en coûter mille vies, afin de vous plaire, a vous mon Dieu. Paratum cor mewn, De us (■!). Appvcuez-moi, ô mon Dieu, à connaître les fautes de ma vie présente et celles de ma vie passée, afin que j'y remédie avec le secours de votre grâce ; mais com-
i, Ps., cvii, 2. « Mon cœur e?t prêt, ô mon Dieu. »
bf saint Alphonse rodriguez. 275
ment le néant pourrait-il y apporter remède, Seigneur?
Et je suis ce néant, qui n'est capable de rien. Prenez lonc soin de moi comme de votre propre bien. Seigneur, mon Dieu, ayez pitié de moi, parce que je ne trouve en moi aucun remède; vous êtes ma seule ressource. Otez de moi, Seigneur, tout ce qui déplaît àvosyeuxet laites de moi un homme selon votre pœur. " Cette prière la tranquillise et lui rend la paix.
253. Tandis qu'elle s'inquiétait de sa vie passée et demandait à Dieu, en conversant avec lui, de lui faire savoir ce qu'il voulait qu'elle fit à ce sujet, pour lui être agréable, il lui fut répondu : « Je suis content de tu rie », avec cette parole oléine d'amour : « Maintenant tes péchés te sont pardonnes, quanta la coulpe et à la peine. » Xotre-Seigneur lui dit encore: Ne crains rien, car je te veux pour ma gloire.
354. Les exercices intérieurs particuliers qu'elle pratique habituellement avec l'aide de Dieu., sont les suivants : Le premier est celui de la présence de Dieu : pour y parvenir, elle se renonce intérieurement, en se Faisant violence et en recourant à l'oraison et à la mortification.
Le second est celui de l'humilité de cœur et de la connaissance de soi-même ; car l'humilité de cœur est la mère de toutes les vertus ; et s'il n'y a pas de mère, il n'y aura pas de filles. Pour être belle aux yeux de Dieu, l'âme doit se trouver laide et difforme, ce qu'elle est en effet; elle y parvient en considérant toutes ses misères, ses péchés si nombreux et si honteux, son néant. Cette personne considère donc son abjection, afin de s'abaisser et de se nV^riser ; alors la vue du mal qu'elle aperçoit en elle, îu. ''-^Dircun tel dégoût, qu'elle peut à peine s : souffrir.
Voici le moyen qu'elle emploie pour acquérir, avec l'aide delà grâce,la vertu d'humilité. Elle considère son âme, et la voyant telle qu'elle est, elle dit à Dieu : « Seigneur, je suis cette personne si mauvaise et si infecte, ayez pitié de moi, ne considérez pas qui je suis et qui j'ai été, mais qui vous êtes, ayez pitié de moi.» Elle t'ait ensuite des actes intérieurs de mépris et de haine d'elle-même, s'estimant d'après le mal qu'elle aperçoit, et s'abhorrant comme une chose détestable et infecte. C'est par le moyen de cet exercice intérieur, par celui de l'oraison, et avec le secours de la prràce que Ton obtient l'humilité. Dieu la plante dans le cœur, lorsque l'âme lutte et triomphe d'elle-même.
Le troisième exercice est le suivant : il consiste dans un soin extrême de plaire toujours à Dieu, en excitant en son cœur (pendant que l'on s'entretient avec lun d'ardents désirs de le contenter en toutes choses, et en renonçant à tout ce qui s'y opposerait. L'amour que cet exercice produit en l'âme, est si élevé et si sublime, qu'aucun entendement humain, s'il ne l'a éprouvé, ne peut le comprendre, non plus que la joie et le contentement d'une âme qui cherche ainsi à plaire à Dieu. En proportion de cet amour, croissent la ferveur de l'âme et son attention à contenter celui qn'elle aime tant; dans la même proportion aussi, l'âme expérimente le soin que Dieu prend d'elle en toutes choses.
Son quatrième exercice intérieur consiste à s'entretenir avec Jésus et Marie, en leur disant : « Jésus, Marie, mes très doux amours, faites que je souffre et que je meure pour votre amour ; faites-moi la grâce d'être tout à vous et nullement à moi, comme si n'ayant plus rien à moi, j'étais entièrement votre bien ; faites que désormais je n'ai plus aucun droit
sur moi. » C'est là se donner tout à Dieu, en le taisant si bien maitre de l'âme que celle-ci ne s'appartienne plus. Cet exercice ne se borne pas à des paroles ; il en vient aux œuvres. Ces œuvres sont des actes intérieurs de la volonté, qui se t'ait doucement violence; par ces actes l'âme se donne intérieurement à Dieu sansréserve, en le priant de ia traiter suivant son bon plaisir et d'en être le maitre absolu, sans qu'elle garde aucun droit sur elle-même. Faute de cet exercice intérieur, qui n'est autre quela mortification, l'àme ne fera aucun progrès : mais elle doit y joindre l'oraison; alors elle se délivre, avec la grâce de Dieu, de tout amour-propre et on peut dire qu'elle ne vit plus, mais que Dieu vit en elle.
278 VIL AD.M1UABM-:
MEMOIRE écrit en juin 1615.
355. Loués soient le Très Saint-Sacrement et la Très Sainte Vierge Marie,Mère de Dieu, sanctifiée avant sa naissance, exempte du péché originel : Ils sont les amours de mon âme.
356. Il m'arrive, pendant que je suis au lit, de souffrir diverses peines. (J'appelle ces peines des pré-* sents de Dieu, et je les considère comme la chose la plus précieuse pour une àme,lorsqu:elle les reçoit avec résignation, de la main bénie de Dieu, et qu'elle les soutire pour son amour. Si Dieu fait connaître à Fàme le grand trésor qu'il lui envoie, elle ne sentira même plus la peine ; le corps,il est vrai, éprouvera de la douleur : mais lame goûtera, par la miséricorde divine, comme je le fais habituellement, la grande faveur que Dieu lui accorde en lui donnant cette épreuve à souffrir pour son amour. ) Je m'entretiens alors familièrement avec- Dieu ; considérant intérieurement comme un présent de sa main cette peine qu"il me donne à souffrir pour son amour, je lui rends de vives actions de grâces de ce qu'il daigne ainsi se souvenir de moi. Saint Paul, qui avait reçu de Dieu de grandes lumières, affkmaiî aussi, en parlant de lui-même, qu'il était parvenu. par la voie des souffrances, à un tel amour pour Dieu, qu'il pouvait dire: Superabundo gaudio in omni tri- Inilalione (1).
l.II Cor., vu, 5. t Je surabonde de joie dans toute tribulal;j:i. »
Une nuit, cette personne, qui, Dieu ai huit, est accoutumée à so îffrir, se trouva avec un bras sec comme un morceau de bois. Mais les souffrances qu'elle • a endurées et qu'elle endure encore, sont telles qu'il va it mieux, les souffrir eu silence pour Dieu ; car c'est pour cela qu'il nous les envoie : c'est afin de nous enrichir dans le ciel, si nous les soulTions pour lui sur la terre. Gloire soit au Seigneur en toutes choses ! Am<m.
£5T. Entre autres grâces, Dieu m'a tait celle-ci, qui est bien importante : il m"a donné une connaissance claire, intellectuelle et non par voie de raisonnement, de mes péchés et de ma via remplie d'offenses envers lui. Il m'a aussi fait connaitremabassesseet moi néant ; par suite, je me vois si misérable, que les bons traitements me sont très pénibles, et je voudrais que personne ne songeât à moi. Me trouvant au milieu des religieux de la maison, je les considère comme des anges, comme des saints tout resplendissants de la lumière du ciel ; et c'est un sujet Je consolation pour mon àme. Mais, pour moi. je me trouve hideux : de dégoût, je ne voudrais pas me voir, tant je suis un objet de haine pour moi-même. En voyant les autres beaux comme des anges, je me sens transporté d'amour, et le bien que j'aperçois en eux, me remplit de consolation. En me voyant, au contraire, je me hais, à cause des maux: et des péchés sans nombre que j'aperçois. Oui, en vérité, je me trouve horrible, tandis que les autres m'apparaissent comme des anges du ciel, tout gracieux, aux yeux de Dieu.
£58. Un mardi, j'allai communier à l'église, après m'être préparé du mieux que je pus. Je m'agenouillai avec dévotion, Dieu aidant ; et, la messe terminée, le
Frère qui servait la messe, fit la communion avec moi. Je reçus alors une très grande lumière au sujet de la sainteté et de la pureté de ce Frère; il me parut être plus qu'un ange et avoir passé dans le chœur des Archanges. La vue d'une si grande sainteté m'a beaucoup édifié, et je tiens ce Frère en très haute estime. Que dirai-je de ce qui se passa en moi, lorsque sur le point de communier aveclui, je le vis si beau et si saint, tan lis que moi, qui étais près de lui, j'étais si laid et si plein de péchés, ne méritant pas d'être à son côté'? Je rie puis, en vérité, dire tout ce qui se passa en moi à son sujet, tandis que je considérais sa beauté angélique et ma propre malice. Oh ! de quel prix est la sainte'é de ce Frère et combien il m'édifie ! Cette vue m'a tellement impressionné qu'elle ne s'effacera pas jusqu'à ma mort, non plus que l'opinion que j'ai conçue de lui, en le voyant clairement, par une lumière intérieure, beau comme un ange du ciel ; en outre, je lâcherai de l'imiter et je demande à Dieu cette grâce. C'est ce Frè.e (le Frère Franco, scolastique) qui me soutient, moi tout indigne, dans mes nécessités (t).
U59. 11 m'arrive, pendant que je suis au lit, de souffrir diverses peines ; je les appelle des présents de Dieu et les considère ainsi. Dieu me fait ces iav-'urs depuis un grand nombre d'années, et je les regarde comme la chose la plus précieuse pour une àme qui les souffre pour Dieu. Si Dieu fait connaître à l'âme le trésor qu'il lui donne en lui envoyant l'épreuve,
1- Dans le procès de béatification, on lit Francisco et ce passade s'applique au Frère Francisco Colin. Né en 1392, il entra dans la compagnie en 1606, étudia la philosophie à Majorque et fut disciple spirituel du P. Alphonse. Il fut plus tard Provincial à Manille, et mourut, en 16o0. plein de vertus.
2, Ce numéro est presque une répétition du n° 256.
elle ne sent plus la peine, bien que le corps souffre ; au contraire, elle sent habituellement que Dieu lui fait une grande grâce en lui donnant cette peine à souffrir pour son amour ; elle l'en remercie intérieurement et extérieurement, et, ressent une grande joie de ce que Dieu lui a fait la grâce de se souvenir d'elle. Ainsi, i'àme doit toujours se considérer comme favorisée de Dieu, lorsqu'il lui donne quelque chose à souffrir pour son amour.
&60. Il lui est arrivé, étant au lit, de se trouver dans l'état de quelqu'un qui va mourir ; et il lui semble que c'est la plus grande épreuve de cette vie. Après cela.elle a continué pendant plusieurs jours,à éprouver cette peine,, quoique avec moins de force. Il faut donc me tenir prêt, parce que bientôt s'en sera fait de moi.
261. Gequi me console, c'est de recourir beaucoup à Dieu et à la Sainte Vierge, auprès desquels je trouve un favorable accueil; ils me consolent quand, me trouvant rempli de péchés, je fais des actes de haine de moi-même, je mets uniquement ma confiance en Dieu et dans les prières et le secours de la Sainte Vierge ; ils me parlent même quelquefois, atin d'apporter plus de consolation à mon àme. Celle-ci brûle du désir d'être délivrée de son corps, et il lui semble qu'elle n'a plus qu'à mourir de l'excès de son amour pour Dieu, et de son amour pour Jésus et Marie, en qui est toute son espérance.
262 Très souvent je ne m'entretiens et ne converse qu'avec Jésus et la Sainte Vierge, sa très sainte Mère, les amours de. mon àme. Je leur rends compte de ce qui me concerne, car je suis si nul, si grossier et si
ignorant, que je ne suis absolument bon à rien. Je recours donc à eux, en leurracontant ce qui m'arrive, et je les prie de me venir en aide et de me protéger, afin que j^ fasse tout, suivant leur bon plaisir, et non pas autrement. Mon cœur, plein d'amour pour Dieu, est extrêmement désireux de lui plaire; etpour lui être agréable, je sais prêt à renoncer à tout en ce monde et à moi-même. Ayant égard à mes bons désirs, et voyant que je traite tout avec lui et avec la Sainte Vierge, que je ne veux que ce qu'ils veulent, et que, dans mon recours à eux, je me remets moi-même, mes intérêts et ceux du prochain entre leurs mains, Dieu fait que tout réussit et arrive selon ses desseins. C'est avec un saint élan d'amour que je vais trouver Jésus et Marie et converser avec eux ; ils me répondent avec une douce suavité et me font connaître leur sainte volonté, en réapprenant en même temps comment l'exécuter.
Dans cette douce familiarité que j'ai avec Jésus et la Sainte Vierge, je me comporte comme un enfant à la mamelle à l'égard de sa mère. Celui-ci ne peut pas s'enorgueillir, parce qu'il est un petit enfant ; or, avec la grâce de Dieu, mon âme en vient, dans ces entretiens, à cet état qu'elle ne saurait et ne pourrait s'enorgueillir plus qu'un tout petit enfant.
263. Lorsque cet:e personne est atïligée d'un doute pénible, elle recourt bien vite à Jésus et à Marie et leur recommande la chose. Bientôt ce qui obscurcissait son esprit, ce qu'elle ne comprenait pas, disparait; ces pénibles ténèbres se dissipent et laissent place à la paix et à la lumière ; elle se trouve alors consolée et en pleine lumière ; elle voit clair en cette même difficulté. Ainsi, grâce à la lumière divine qu'elle reçoit pour la
détromper, elle n'est plus dans les ténèbres, mais voit clairement la vérité, et, avec la grâce de Dieu, demeure éclairée et pacifiée. Lorsqu'elle traite avec Jésus et Marie, ils lui parlent intérieurement el l'encouragent, en lui montrant le chemin de la vérité et de la sainteté. Toutefois, elle vit toujours dans la sainte crainte de Dieu et dans un extrême désir de ne pas lui déplaire, afin d'avancer sûrement sans tomber dans l'illusion; Lorsqu'elle va leur demander quelque chose avec une certaine crainte, ils lui déclarent qu'elle ne doit pas avoir peur et ils la rassurent. Aussi ses vaines craintes se dissipent ; elle se trouve en paix et s'abandonne à Dieu qui prend soin d'elle et de ce qu'elle demande; les choses vont donc de bien en mieux pour la gloire de Dieu et le bien de l'âme.
âG^S. Une t'ois., j'entendis en l'air une voix qui me disait que je devais tomber et cette voix m'effraya. Je ne sais de quel esprit elle provenait. Je ne répondis rien; mais j'allai rendre compte à Notre-Dame de ce qui m'était arrivé. Elle me consola et me répondit : Là où je suis, il »\y à rien à craindre. On voit par là avec quelle sollicitude elle prie Dieu pour moi, afin que mon ardent désir de souffrir toutes les peines de l'enfer plutôt que d'offenser Dieu, et celui de tomber mort avant de l'avoir offensé s'accomplissent, comme je le lui ai si souvent demandé. Pour obtenir cette grâce, je prends pour médiatrice la Sainte \ ierge ; j'ai, en effet comme un amour infini pour le Fils et pour la Mère ; et je sens, par la grâce de Dieu, une très grande dévotion envers la pureté d'âme de la Sainte Vierge et envers sa conception sans la tache originelle, qui la fit sainte avant sa naissance. Mes dévotions envers elle consistent à réciter chaque jour l'office de la Goncep-
tion : ensuite à réciter, à cette même fin, douze fois le Salve et douze fois VAve Maria, en l'honneur de sa très sainte pureté. Je dis aussi chaque jour les litanies de la iMère de Dieu.
205 De plus, je nie recommande à vingt-quatre saints et je les prie de demander jour et nuit à Dieu pour moi la grâce de ne jamais l'offenser. Je dis encore c.nq Pater noster et cinq Ace Maria, en l'honneur des souffrances que Jésus-Christ a endurées pour moi ; et je le supplie d'accorder à tous et à moi-même la grâce de le servir et celle de servir la Vierge Marie et de l'imiter avec beaucoup de dévotion. Je dis aussi chaque jour le chapelet de Notre-Dame et ses litanies.
APPENDICE
Le 3 avril 1615, comme il (1) était très malade, il me dit qu'il était rempli de consolation et qu'il désirait bien savoir en quoi il pourrait faire plaisir à iN'otre-Seigneur ; car, disaitil, il n'hésiterait pas un instant, dût-il perdre mille fois la vie. Il ajouta que toutes les fois qu'il recourait à Notre-Seigneur, en le suppliant de lui rappeler en quoi il avait à réparer pjur le passé, Notre-Seigneur le consolait en lui disant que tout était bien, qu'd n'eût aucune inquiétude ; et que s'il s'adressait k la Sainte-Vierge pour le même objet, elle lui disait aussi que tout allait bien, qu'elle prenait soin de lui. Ceci lui arrivait très souvent, et il en était consolé ; cependant, grâce à Dieu, il n'en concevait aucune vanité, mais il en était plutôt humilié et rempli de crainte, car il s'appuyait sur ces paroles de l'Ecriture . Beatus vir qui semper est pacidus. Or, on peut se fier à ces paroles ; l'Ecriture Sainte ne saurait tromper, comme les révélations particulières peuvent le faire.