ICor., iv
crainte vaine et servile. Mais, Beatv.b' vir, qui semper est pari/lus; bienheureux celui qui craint sans cesse. Il est donc bon de relouter toutes choses, même les opérations merveilleuses, si l'on veut sincèrement plaire à Dieu; car, après avoir triomphé de ce qui est mauvais en nous, nous devons craindre ce qui nous arrive de bon et assurer la possession de nos biens à l'aide d'une crainte de tous les instants. Il n'y a même pas d'autre moyen pour empêcher nos bonnes œuvres de périr, que d'avancer avec une crainte extrême dans la vertu, parce qu'il peut s'y rencontrer des pièges cachés. Cette personne est donc sans cesse comme imprégnée de la sainte crainte :1e Dieu; etnon seulement elle a peur, mais elle tremble d'offenser en quelque manière ce Seigneur qu'elle aime d'un amour si filial. Elle fait cette prière à Dieu: « Seigneur, faites moi connaître mon amour-propre, mes fautes, mes imperfections et mes négligences: mes inadvertances et mes péchés publics et secrets, afin que, aidée de votre grâce, je les confesse, j'en fasse pénitence et je m'amende comme vous le désirez ». En effet, une àme qui aime Dieu, au point de mourir d'amour, pourrait-elle ne pas craindre toujours d'offenser la bonté infinie de son Dieu ? Le soin et la sollicitude que cette personne a de servir Dieu et de lui plaire, sont en raison de son amour; grâce à cette crainte, elle regarde attentivement, si à son service elle fait toutes choses conformément au désir plein d'amour qu'elle a de lui plaire.
Il suit de là qu'une àme ainsi embrasée, blessée par l'amour et tremblante de crainte, considère sans cesse son Seigneur. Honteuse de ses péchés, elle tient humblement les yeux fixés sur lui. Elle reste en présence de son bien-aimé avec d'ardents désirs de lui plaire ; elle le regarde, et elle observe en
DE SAINT ALPHONSE KODKIGUEZ. 2oo
même temps si ses œuvres sont conformes à sa très sainte volonté, les scrutant, pour ainsi dire, afin de savoir si cette divine volonté se trouve en elle ; car elle n'a qu'un désir, celui de plaire à son Dieu qu'elle aime plus qu'elle-même. Elle considère ses paroles, avant de parler, s'observe, avant de les prononcer; en même temps, elle demande à Dieu du lond de son cœur, sa grâce pour qu'elles n'excèdent pas sa volonté d'une seule lettre. Cette divine volonté est sa joie, son allégresse et son repos. Elle la préfère, même accompagnée d'une vie toute entière passée sur la croix la plus cruelle, à sa propre volonté, serait-elle unie à toutes les consolations et aux douceurs du monde. Dans tous les événements prospères ou contraires, c'est son Dieu et l'amour de sa sainte volonté qu'elle a toujours devant les yeux ; cette vue lui rend doux ce qui est amer et amer ce qui est doux. Marchant ainsi en la présence de Dieu, en tout ce qu'elle touche, regarde, entend, goûte, dit, fait ou pense, elle considère si son action est conforme à la volonté de Dieu, afin d'accomplir toujours cette sainte volonté. Elle procède avec toute la délicatese de l'amour d'un époux pour son épouse et avec la crainte d'une fille envers son père ; le soin qu'elle a de ne pas mécontenter son Dieu est extrême» car elle sait combien elleest ignorante; toutefois sa crainte de ne pas réussir à plaire à celui qu'elle aime tant, est amoureuse et paisible. Afin de parvenir plus sûrement à lui plaire, du fond du cœur elle lui demande d'abord la permission de faire telle ou telle chose; si la voix intérieure de la conscience lui dicte, sans faire entendre de plainte, de faire cette chose, alors elle la fait; autrement, elle ne la fait pas.
Pourquoi cette personne a-t-elle une si grande crainte de Dieu ? C'est parce qu'elle le connaît et qu'elle
l'aime beaucoup ; comme on aime un bon père,c'est-àclire d'un amour filial, qui n'exclue pas la crainte. Elle aime beaucoup; mais elle craint autant qu'elle aime. Elle dit à son Dieu : « Oh! amour de mon âme, que les blessures de l'amour et celles de la douleur me blessent profondément et me fassent souffrir pour votre amour! ne me délaissez pas, ne vous détournez pas de moi ; parce que je ne puis vivre un instant sans vous. Que touteslescréatures me persécutent; car touteslesépreuves qui fondront sur moi, seront comme de Thuile, qu'on jette sur le feu pour l'enflammer davantage; elles m'enflammeront de plus en plus de votre amour, quoi qu'elles soient très sensibles à la nature. Vous voyez, mon Dieu, que mon unique plaisir est de vous satisfaire, et que je préfère votre volonté aux plus intimes désirs de mon cœur. Gomment est-ce que je ne meurs pas d'amouretde crainte?Car plus je vous crains,, plus vous me blessez et m'enflammez de votre amour. 0 mon Dieu ! ô les amours de mon âme ! Faites que je meure d'amour, puisque vous savez que je désire mourir bien des fois pour votre amour, et que mon cœur est prêt à souffrir avec votre grâce, toute sorte de peines et d'épreuves plutôt que de vous offenser. »
En résumé, cette personne s'est donc établie dans la sainte crainte de Dieu, non-seulement quant au péché, mais même quant à l'ombre du péché; et bienheureux quiconqueaura cette crainte bien enracinée en son âme, parce que sur ce fondement il pourra édifier ce qu'il voudra.
On rapporte de sainte Catherine de Sienne, qu'ell; vivait sans cesse dans la crainte et le tremblement, et que Dieu lui en témoigna sa satisfaction, en lui disant : « Celui qui voyage sur la terre, doit toujours craindre et être sur ses gardes, afin de ne pas être trompé par
l'ennemi. » D'ailleurs, remarquons-le bien, le Saint- Esprit affirme que celui là seul navigue en sûreté, qui craint toujours d'offenser Dieu et d'être trompé. Que Jésus-Christ nous délivre de ce mal. Beatus vir qui semper est pavidus (I).
â£9. Cette personne est secourue par Jésus et Marie toutes les fois qu'elle s'adresse à eux dans ses travaux et dans ses peines, et lorsqu'elle les leur recommande pour qu'il en résulte la plus grande gloire de Dieu et le bien de son âme. « Seigneur, leur dit- elle, disposez, arrangez toutes choses, je vous en supplie pour que ces épreuves tournent à votre plus giande gloire et que je vous rende de plus grands services. » Cette manière de prier, pour soi et pour les autres, lui réussit toujours; et Dieu agit alors, soit à son égard, soit à celui des autres, par des voies imprévues.
230. Notre-Seigneur la console souvent, soit pendant qu'elle se prépare à le recevoir, soit après qu'elle l'a reçu : et il lui est arrivé, lorsqu'elle se renfermait en elle-même avec Notre-Seigneur, dégoûter en quelque manière, par la voie de l'amour et aussi par la foi et l'humilité, un peu de la gloire des bienheureux dans le ciel.
231. Elle a reçu, d'une manière spirituelle, la visite de Jésus et de Marie, qui l'embrassaient tendrement. Son tourment en cette vie est d'être bien traitée ; son délassement, sa consolation et son profit, de l'être mal. Son centre et son repos seraient d'être oubliée de tout le monde et d'être méprisée. Elle voudrait que l'on ne fit
t. Prov. xxv ni, 14. «Bienheureux l'homme qui est toujours rempli de crainte. »
2o« VIE ADMIRABLE
d'elle aucun cas, que l'on ne se souvint d'elle que comme de la personne la plus vile an monde. Elle souffre si elle est bien traitée, parce qu'elle craint que Dieu, la consolant ici-bas, ne la châtie après sa mort pour ses péchés. Elle demande donc à Dieu de la faire soulfrir et de la châtier dès cette vie.
232. Cette personne s'exerce encore par des actes intérieurs du cœur et de la volonté à se donner tout entière à Dieu, afin d'être sa propriété eu tout et de n'être à elle en r en. Elle supplie la divine Majesté de faire d'elle ce qui lui plait, de latraitercommeson bien: en sorte qu'elle n'ait rien en propre, mais qu'elle soit toute à lui, sans lui résister en quoi que ce soit. Dieu découvre dans l'oraison, à une àme qui s'abandonne ainsi à lui, de profonds secrets sur la vertu d'abandon. Gomme elle est toute à Dieu et que Dieu prend soin d'elle, comme de son propre bien, elle a l'assurance qu'elle est dans la grâce et l'amitié de ce Dieu si bon. Si elle a besoin de son secours, pour les fautes de la vie passée et pour les fautes actuelles, Dieu y pourvoie; il en est de même pour celles de l'avenir. Dieu la gardera donc et la mettra en sûreté ; il verra par ses yeux, parlera par sa bouche, entendra par ses oreilles, agira pas sas mains, comme si l'âme et le corps n'étaient plus qu'un instrument dans sa propre main. Vivo ego, mais jam non ego ; vivit vero in me Christus (l) car désormais elle ne vit plus, mais Dieu vit en elle.
233. Il est arrivé à cette personne une assez forte épreuve. Elle craignait que le démon ne la trompât et la perdit en l'assurant qu'elle était en la grâce de Dieu,
1. Gnl., il. 20. « Je vis, ou plutôt ce n'est pas moi qui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit eu moi. »
tan lis que peut-être elle n'y est pas. Une pareille illusion, en effet, l'aurait empêchéede recourir aux moyens de se mettre en grâce avec Dieu.
£34. Il lui est venu d'ardents et violents désirs de souffrir de grandes épreuves pour l'amour de Dieu. E ie a demandé ces épre ves et elle est dans l'espoir d'ê:re exaucée. Si Dieu lui t'ait cette grâce, elle aura grandement à souffrir, mais par la laveur singulière que lui font Jésus et Marie, ses bien-aimés, elle sera préservée par eux de tout péché; et aven le secours de lapràcp, elle remportera la victoire. Quoiqu'elle soit la faiblesse et le néant même, elle dit omnia possum in eo, qui me confortai (i); avec l'aide deDieu,ellenecraint rien ; et cela quand même le monde et l'enfer tout entiers se lèveraient contre elle, parce qu'elle est soutenue par la grâce de Dieu et par les prières de la Vierge Marie, notre Souveraine.
23». Présentement, elle éprouve des souffrances assez grandes, qui, semble-t-il, seraient capables de lui ôter la vie ; elle les souffre en secret ; elle a même faim de plus de souffrances ; Quos amo, castigo (2). Etre châtié par Dieu en cette vie est donc un présent, un bienfait et une grâce de Dieu; aussi, lorsque cette personne est bien traitée, elle craint, et elle craint beaucoup, qu'en échange Dieu ne la châtie dans l'autre vie. C'est pourquoi elle demande à Dieu de lui donner à souffrir et de la châtier en cette vie, et non clans l'autre.
236. Un jour, cette personne qui a éprouvé de grandes peines spirituelles et corporelles, reçut une