‹ Vie admirable de saint Alphonse RodriguezChapitre 66 sur 87 · Voir la nota C · texte numérisé non relu

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2. Fs., xl, o. — « Guérissez mon âme, parce que j'ai péché contre vous. »

ment; elle se considère avec horreur et dégoût, et elle dit d'elle-même : « Voilà ce que je suis, rien de plus. Faites de moi, ô mon Dieu, ce qu'il vous plaira. Si vous voulez me donner le ciel, vous le pouvez; si vous voulez me donner l'enfer, vous le pouvez aussi ; pour moi, je dois vous servir, parce que vous êtes ce que vous êtes, parce que vous êtes mon Dieu. Faites ce que vous vous voudrez, car je suis tout à vous; j'espère en vous et je me confie en vous avec une humble, mais entière confiance. Oui, faites de moi ce que vous voulez, parce que j'ai une entière espérance et confiance en vous. Speret Israël in Domino, quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio. Et ipse redimet Israël ex omnibus iniquitatibus ejus (1). Je dois vous servir, parce que vous êtes ce que vous êtes.

£69. Dieu est l'amour infini, et il m'aime d'un amour infini; il m'a aimé jusqu'à donner par amour sa vie sur la croix, en endurant tant de souffrances pour moi. Mais, s'il aime tant, qui donc ne se fiera pas à lui? Spera in Deo. Dieu est la sagesse infinie; confielui donc toutes choses, y compris ton àme, car le meilleur moyen que tu aies de te sauver,est de t'abandonner tout entier entre les mains de Dieu. Puisque Dieu est la puissance infinie et qu'il nous aime d'un amour infini, qui donc ne se confiera pas en lui et ne se jettera pas dans ses bras ? La défiance de Dieu est une bien grande injure, envers lui : Speret Irsacl in Domino, quia apud Dominum misericordia.

2TO, L'homme a bien sujet de se réjouir; parce 1. Ps,, cix, 6, 8.

l)i: SAINT ALPHONSE HODR I (I l' V.7.. 28/

que, comme le dit saint Grégoire, une àme est d'autant plus précieuse aux yeux de Dieu , qu'elle est à ses propres yeux plus méprisable, plus mauvaise et plus infecte, qu'elle s'abaisse et s'humilie davantage à la vue de ses misères et de toutce qu'elle aperçoit en elle. Cette personne se voit si détestable qu'elle se hait et ne peut se souffrir; et elle a du dégoût de vivre en la présence cle Dieu et des hommes. Un serviteur de Dieu a lieu de se réjouir si tout le monde apprend combien il est mauvais, niais, fou et abject, et si on le lui dit en face.

MEMOIRE écrit en juin 1616,

2T1* Heureux et bienheureux, à coup sûr, sont tous ceux, qui sont dévots envers la Mère de Dieu ; parce qu'elle prend soin d'eux, jusqu'à ce qu'ils la voient au ciel, avec son bien-aimé Fils Jésus, et soient pour toujours dans la gloire.

2T2. Pendant quelques jours, cette personne, qui était très dévouée à Jésus et à Marie et qui les aimait tendrement, demeura en leur présence d'une manière plutôt angélique qu'humaine. Alors, lui semble-t il, elle fut occupée en esprit à les contempler, comme le font les anges dans le ciel; et. tandis qu'elle traitait avec eux de ses affaires et de celles d'autrui, qu'elle demandait des grâces et se recommandait à Dieu et à Notre-Dame, elle entendit la sainte-Vierge lui dire : « Je prends soin de toi et de ton... », c'est-à-dire du Père Recteur.

2*^3* Après cette consolante réponse, elle fut éprouvée par des distractions dans ses prières et la mémoire lui fit défaut, particulièrement dans celles qu'elle recite en l'honneur de Notre-Dame. Il lui semble qu'elle dut ceci à l'envie du démon, qui voit avec peine que nous soyons dévots à Notre-Dame.

2T4» Je me suis vu aussi dans une souffrance et une tentation qui me mirent dans une grande peine;

Dieu y apporta remède et je me trouve aussi sain qu'avant. Voici la chose : je subis les mêmes traitements que les martyrs lorsqu'on les tourmentait, qu'on leur déchirait les chairs et qu'on les brûlait. J'étais torturé de la même manière par des instruments, au moyeu d'un feu visible et sensible ; cela dura peu de temps, parce que le terme de la permission que le;, démons avaient reçue de Dieu arriva; mais mes souffrances furent telles que j'étais déjà au bout de mes forces (l); et je connus ainsi mon néant. Ensuite tout disparut en un moment et je me trouvai délivré de la tentation et des souffrances. Il semble que Dieu m'ait envoyé, à dessein, cette terrible épreuve pour me faire connaître mon néant, atin que je m'humilie sincèrement, que je me confie en lui, en me donnant à lui sans réserve.

1. Les PP. Marimon et Colin racontent ce inaityre de la manière suivante : « Les détuons lui apparaissaient sous la forme de monstres horribles : ils se jetaient sur lui et l'accablaient de leur poids, qui était comme celui d'une montagne ; ou bien ils paralysaient le mouvement de ses bras, de ses jambes, de tous ses membres, de telle sorte qu'il ne les sentait pas plus qu'un morceau de bois ; ou bien ils le frappaient à l'aide d'inj trumeuts de fer, et avec tant de force qu'au dire du Frère, 'e la plante des pie 1s au sommet de la tête, il ne lui restait pas de pmtip saine. Uans ces circonstances, il recourait a Dieu et appelait a son aide Jésus et Marie; ordinairement, ils se faisaient voir à lui ù la fin du combat, mettaient les malins esprit» en fuite par leur présence, le consolaient, pansaient ses blessures et lui affermissaient les os de telle sorte qu'il ne restait aucune marque, ni aucune trace de ce qui s'était passé... »

« Une fois, les démons entrèrent dans sa cbambre, avec de? icorpions, les peignes, des oncles rie fer, des lames ardentes, et l'an très instruments de toiture. Ils entourèrent le saint Frère et, le saisissant cruellement, retendirent sur son propre lit; là, h? lui donnèrent un uraud nombre de coups, lui lacérèrent les chairs avec les peiffnes et les onales de fer, lui appliquaient les lames ardentes, et final ment commencèrent à le rôtir avec un feu si pénétrant qu'il confesse avoir per lu sa vigueur il'esprit et que, presque vaincu par la violence du feu, il ne pouvait pius le supporter. » (P. Colin, 1. 1 chap. xxvm.)

Dans une lettre au P. Colin, le P. iM^rimon assure qu'il a extrait ce récit d'vv papier écrit de la main du suint Frère.

2 5 5. Notre Seigneur a coutume de visiter une àme de deux manières, lorsqu'il veut l'enrichir. Il lui donne d'abord une lumière très vive, au moyeu de laquelle l'âme, sans aucun raisonnement, se connaît clairement, se voit telle qu'elle est, et ne s'estime plus que d'après le mal qu'elle aperçoit en elle. En second lieu, il lui donne une connaissance expérimentale tangible, en lui envoyant des épreuves; par là, lame se désillusionne pratiquement; elle reconnaît qu'elle ne peut rien sans Dieu et elle perd l'estime qu'elle avait conçue pour elle-même.

Lorsque je me considère à la lumière de ces deux connaissances, je me dis : « Voilà ce que je suis et rien de plus : le néant avec de honteux péchés. » En me voyant si mauvais, je fais des actes intérieurs de mépris de moi-même, je ne puis plus me voir tant j'ai de dégoût et de haine de moi et je m'abaisse le plus bas que je puis. D'ailleurs, quoi que je fasse, je ne parviendrai jamais à m'abaisser, àme inépiiser et à m'humilier autant que je le mérite, après avoir offensé si souvent Dieu Notre- Seigneur, et mérité l'enfer. Cet exercice est sans limite; parce quel'abime clece mépris est infini. C'est ainsi que, n'ayant pas plus de confiance en moi que si je n'existais pas, j'arrive à me perdre dans une parfaite espérance et confiance en Dieu, et à ra'appuyer uniquement sur lui et sur les prières de la Vierge Marie, sa mère. Celui qui se confie ainsi en Dieu, lui plait beaucoup ; Dieu prend soin de lui et de ses intérêts, parce qu'il s'est fié à lui avec une foi vive, avec une pleine confiance, et aussi parce qu'avec le secours de sa grâce il s'est abondoimé très paisiblement et sans réserve.

APPENDICE

I. Le jour de la lèle de la Toussaint, en 1616, il me dit (1) en me rendant le compte de consc ence, qu'il se trouvait bien aride et que, depuis un mois environ, il lui était arrivé des choses très pénibles. Ainsi, il lui semblait que le démon s'était jeté sur lui et se mettait à lui couper les chairs, les muscles, lt s jambes, le corps, comme s'il eut voulu le mettre en pièois; au moment où il invoqua le nom de Jésus, tout disparut, les douleurs s'évanouirent, sans qu'il en restât de trace.

II. Une autre fois, il lui vint une très forte tentation de désespoir ; elle fut si violente qu'il doutait beaucoup qu'il put la surmonter; il avait donc un grand désir que Autre- Seigneur vint à son secours, lorsqu'il entendit une voix qui disait au tentateur : Celui-ci est à moi ; à ces mots, la tentation disparut, sans laisser de trace après elle.

III. Il me dit encore que, peu de temps auparavant, pendant qu'il était dans sa chambre, Xotre-Seigneur lui avait montré tout le pays et l'île de Majorque, et lui avait dit : « Dans tout ce pays, après ta mort, tu feras de grands et de très nombreux miracles. » Il était tout honteux et confus de voir qu'une chose aussi basse et aussi abjecte que lui, ce qu'il y a de pire au monde, fut l'objet de ces paroles. Il n'tu conçut pas la moindre présomption ni la moindre joie pour luimême, mais il s enferma dans l'abîme de son néant.

IV. Il m'exposa aussi que souvent, pendant sa vie passée, il lui était arrivé, après avoir communié, d'entrer en luimême, où reposait le Très Saint-Sacrement ; il lui semblait alors entrer dans un immense palais, où il y avait une mul-

L Le frère Alphonse.

titude infinie d'anges, qui louaient le Seigneur; pour lui, il louait Dieu aussi, en récitant le Te Deum ; et quand il arri vait au verset, Sanctus, Sanrtus, Sanclus. il le disait en même temps que les anges, ce qui lui apportait une très grande consolation.

V. Le 27 novembre 1616, il me parla, en me rendant compte de sa conscience, de diverses choses qu'il lui coulait de dire et qu'il aurait désiré ne pas faire connaître, n'eut été l'obligation que lui en faisait la règle.

La première était que, les années passées, il était presque continuellement en extase, tant étaient nombreux ses ravissements ; il se rappelle qu'une fois, entre autres, il fut enlevé au second ciel et qu'il y vit et connut tous les bienheureux ensemble et chacun d'eux distinctement, comme s'd eût passé toute sa vie avec eux.

Il me dit en second lieu, qu'une fois il fut ravi, jusqu'à quel ciel, il ne le sait pas, mais qu'il se souvient, sans qu'il puis-e jamais l'oublier, qu'il vit. l'essence divine. Celte vision de l'essence divine eut lieu avec une certaine limite qu'd ne peut expliquer, si ce n'est par une comparaison comme celle-ci : l'essence divine serait, pour ainsi dire, cachée par deux voiles qui doivent être enlevés pour qu'elle puisse être vue; il ne la vit qu'imparfaitement, parce qu'un seul voile était ôté ; mais ceux qui sont dans la gloire et sont bienheureux, la voient sans ces deux voiles et par suite parfaitement. Quoiqu'il ne put pas la voir aussi parfaitement ni aussi clairement que les bienheureux, cependant, il n'y a pas de langue ni d'intelligence qui puisse expliquer ce qu'il vit, non plus que la manière dont il eut cette vision, ni la félicité extrême que procure une telle vue.

En troisième lieu, il me dit qu'il y avait quelques semaines, pendant qu'il se trouvait dans sa chambre, Notre-Seigneur lui avait montré Majorque tout entier, non seulement la ville, mais aussi l'île, le royaume et tous les villages, en lui disant : « Tu vois cette contrée ? Après ta mort, tu dois faire de grands miracles dans tout ce pays , » C'est-à-dire aou

seulement dans la ville, mais dans toute la campagne (i). Tout le contenu de cet écrit m'a été dit en divers jours, à moi, Jean Toirens, de la Compagnie de Jésus, en tant qre préfet spirituel, par le frère Alphonse Rodriguez ; j'en réponds donc sur ma conscience. lia Deus me salcet. Si j'avais plus de mémoire ou que j'eusse pris un plus grand soin, j'aurais pu écrire beaucoup d autres choses, toutes de grande importance.

1. Ce?1, la même vision qu'au n° 111, mais plus circonstanciée.

294 vif: admirable

MÉMOIRE de 1617 écrit par le Père Jean Torrens.

I. Le 19 janvier 1617,1e Frère me dit en me rendant son compte de conscience, que, quelques semaines auparavant, il s'était trouvé tourmenté d'une très grande tentation, (c'était, d'après ce que compris, une tentation de désespoir, de son salut) ; il entendit alors une voix qui disait: «Que faites-vous ? Celui-ci est à moi.» Cette voix devait être celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ,, car, au même moment, la tentation et les angoisses disparurent, et le Frère retrouva la paix, et la consolation, qui ne l'ont plus quitté depuis.

II. Il me dit encore que sa plus grande peine était de voir qu'on prit soin de lui et qu'on lui servît des mets de choix. (Le Frère était alo'S si exténué qu'il en avait cependant le plus grand besoin.) Avec des sentiments d'horreur pour lui-même, il se plaignait amoureusement à Notre-Seigneur qu'on fit attention à une chose aussi mauvaise que lui. Il découvrait alors quatre amours de Jésus-Christ ou quatre manières dont l'amour de Dieu et du Christ Notre Seigneur se manifestent à l'égard des hommes. Premièrement, il nous aime d'une manière infinie. Secondement, il l'a montré en souffrant pour nous. Troisièmement, il nous pourvoit de tout le nécessaire après avoir tout créé pour nous. Quatrièmement, il nous a montré son amour en nous hissant le Très Saint-Sacrement.

III. Le 5 avril 1617. il y avait trois ou quatre mois que le Frère Alphonse Rodriguez était au lit, gravement indisposé, souffrànl de la fièvre et de divers accidents; vers la lin de ce temps, il ressentit, pendant plus de deux mois, beaucoup de sécheresse et de désolation spirituelle. Bien qu il eût été, toute sa vie, tellement désireux de souffrir qu'il avait coutume de ne demander à Dieu autre chose que des souffrances, il en vint à un tel degré de délaissement et de désolation qu'il ne se rappelait ni ses oraisons jaculatoires les plus familières ni les prières qu'il récitait habituellement ; ce fut à ce point que, comme je lui disais quelques paroles consolantes pour l'encourager à souffrir ces désolations, il me demanda, comme un enfant qui ne sait rien, que je les lui donnasse par écrit, pour qu'il les lût et mendiât ainsi sa consolation.

IV. Quelques jours, après, N.-S. Jésus-Christ et la Sainte-Vierge vinrent le visiter ; ils restère. it environ une heure, peut-être davantage, lui parlant, le consoknt et l'encourageant. Ils le consolèrent en particulier au sujet d'Ùh scrupule. Le Frère souffrait, entre autres choses, d'un mal de la vessie, et il s'en alarmait, comme si l'honnêteté eût pu en être blessée ; mais ils lui dirent qu'il n'y avait aucun mal eu cela, qu'ils prenaient soin de son âme et de son corps, qu'il fût donc sans crainte et se consolât. Pendant cette visite, le Frère faisait des acies d'offrande de sa vie, et même de mille vies et de mille mondes, s'il les eut possédés, pour ne pas commettre un péché véniel. Quoiqu'il vit bien que cette laveur fût bonne et exemple d'illusion, il se comporta néanmoins avec une crainte filiale, et avec le plus grand et le plus profond respect. Nôtre-Seigneur et la Sainte-Vierge employé-

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rent le temps de leur visite à le consoler et à le rassurer ; ils l'encouragèrent et lui promirent qu'ils prendraient soin de lui. Le Frère en fut extrêmement consolé et encouragé à souffrir, non seulement alors, mais encore pour le temps qui suivit ; et il avoua que cetUÎ visite lui avait procuré un très grand profit spirituel.

V. A plusieurs reprises, avant qu'il fût obligé de se mettre au lit, Notre-Seigneur lui avait dit de se préparer aux souffrances, en s'encourageant et en s'excitant à les endurer de bonne volonté ; il lui avait promisque sa divine Majesté le consolerait avant la mort. Aussi, ces mois derniers, pendant qu'il était malade et souffrait en même temps des désolations, il ne me vint pas une seule fois à la pensée qu'il pourrait mourir, parce que les consolations que Notre-Seigneur lui avait promises, n'étaient pas encore arrivées.Aujourd'hui Notre- Seigneur ayant rempli sa promesse, je commence à craindre qu'il ne meure ; cependant nul ne peut savoir si ce sera bientôt ou non, parce que nous ignorons si les consolations doivent durer longtemps. Je crois que Notre-Seigneur, qui est très libéral et qui récompense très généreusement ses serviteurs, voudra, après l'avoir fait tant souffrir, le récompenser dans la même proportion, c'est-à-dire longtemps avant qu'il meure ; voilà ce que je pense. S'il plaît à la divine Majesté, nous verrons ce qu'elle lui donnera ; je crois qu'il vivra encore cet été et que l'hiver prochain Notre-Seigneur le prendra ; parce que naturellement parlant, d'après les lois de la médecine, il est impossible qu'il supporte la rigueur de Fhiver.

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