LIVRE V
personne de ses membres souffrants. Pour surmonter ses répugnances, elle avait sans cesse dans l’esprit et dans le cœur cette parole de Notre-Seigneur dans le saint Evangile : Autant de fois que vous avez rendu ces services au moindre de mes frères, c’est à moi que vous les avez rendus. « Quant à moi, disait-elle un jour à un malade qui faisait quelque difficulté de se laisser panser par elle, je me prêterai volontiers à tous “vos besoins ; je panserai vos plaies, si vous le voulez. Du reste, je ne vois jamais que Notre-Seigneur dans ceux que je soigne.» — « Les pauvres, écrivait-elle un jour sont des sacrements sous lesquels Notre-Seigneur se cache. Ce sont des voiles qui le couvrent; les pauvres sont ses membres les plus chers. Enfin les pauvres, c’est Jésus-Christ lui-même, puisqu'il se confond avec eux : c’est l’Époux des sacrés Cantiques qui se cache derrière la muraille et qui regarde à travers les treillis pour considérer son épouse, et pour voir si c’estle pur amour qui conduit ses pas. »
Celte vérité de foi, dont elle était pénétrée, lui donnait la plus haute estime de sa vocation. « Je suis indigne, disait-elle, oh! oui, je suis indigne d être la servante des pauvres. » La pensée seule d’une si beile vocation suffisait pour la faire éclater en sentiments de reconnaissance envers Dieu, qui l’avait appelée à un si saint état. «O mon Dieu, que vous êtes bon d’avoir ainsi choisi une misérable pécheresse comme moi! Soyez-en à jamais béni!» Une personne du monde étant venue une nuit veiller les malades avec elle, la sœur Couiombe l’encourageait ainsi à les servir : « Oh ! que nous sommes heureuses de soulager ainsi Notre- Seigneur dans ses membres souffrants; car c’est à lui que nous rendons tous ces petils services : c’est à luimême que nous donnons à boire et à manger; c’est lui-même que nous assistons. Quel bonheur surtout de pouvoir sauver ces pauvres âmes, de les instruire et de les porter à Dieu par nos paroles! »
Elle avait une tendre compassion pour tous ces pauvres gens et les portait tous dans son cœur. On peut dire que leurs souffrances avaient leur contrecoup dans son âme si sensible, et elle n’avait point de repos qu'elle ne leur eût procuré du soulagement. Parfois il arrivait que pour certaines opérations les médecins prescrivaient de serrer étroitement les membres des patients, ce qui les faisait beaucoup souffrir. ? vs cris déchirants attendrissaient tellemer: ie cœu,: compatissant de la pauvre sœur, qu’elle ne pouvait y tenir. Alors, s’approchant doucement du pauvre patient : « Mon ami, disait-elle, je vais vous soulager un peu, mais pas beau:oup pour ne pas vous nuire. » Alors, se cachant derrière les rideaux, pour n’ètre pas aperçue, elle relâchait tant soit peu ses liens, pour adoucir ses douleurs et les rendre plus supportables. S'il arrivait qu'on sonnût l'office avant que ses pansements fussent terminés, elle ne laissait pas que de continuer, pour ne pas prolonger les souffrances du malade en interrompant son opération. Une sœur l’ayant avertie une fois que la cloche l’appelait au ‘hœur, elle lui répondit doucement : « Ma sœur, ne soyez pas mal édifiée si je continue; c’est pour épargner à cette pauvre âme les souffrances que le délai pourrait lui occasionner. Du reste, ajouta-t-elle, c’est l'esprit de la règle, qui dit que les sœurs préfèreront le service des malades à l’office et aux chants du chœur. » De fait, elle ne vivait que pour eux; elle ne pensait qu’à adoucir leurs souffrances, et même à leur faire plaisir. « Ma sœur, disait-elle quelquefois avec un aimable sourire, allons aujourd’hui au-devant @es désirs de nos chers malades, et donnons-leur quelque chose qu’ils ne nous aient pas demandé, en reconnaissance des biens que Notre-Seigneur donne à ses petites servantes sans qu’on les lui demande. »
Eile les chérissait tous indistinctement, ou, si elle avait quelque préférence, c’était pour les plus grossiers,
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