LIVRE V
les plus rebutants et les plus ingrats. On lui deman-
dait un jour si elle n’éprouvait pas quelques difficultés avec eux : € Oh! oui, répondit-elle; il nous en vient quelquefois qui sont bien difficiles; mais n'importe. Plus ils me rebutent, plus je leur prodigue de soins, et je finis ordinairement par en triompher à force de persévérance. »
En se levant le matin, elle faisait une courte prière, et se hâtait de se rendre à la salle avant l’oraison, pour y faire les lits des malades, après les avoir levés avec une délicatesse extrême. Souvent, däns ces opérations, elle attrapait une bonne part de la vermine de ces pauvres gens, mais jamais elle ne s’en plaignait. Bien qu’accontumée dans l'enfance à une très-crande propreté, on l’accusait néanmoins ‘d’être peu soigneuse d'elle-même, parce qu'elle ne prenait aucune précaution auprès des personnes les plus dégoûtantes. Elle ne s’occupait, en effet, que de les soulager, s’inquiétant fort peu du reste. D’autres m’étaient pas toujours du même goût; quant à elle, elle en riait. « Moi, voyezvous, disait-elle agréablement, j’ai la vue courte, je ne m'aperçois pas de ce qui vous rebute: vous autres, vous voyez très -bien ce que j'ai peine à distinguer. »
Saint Augustin dit quelque part que /à où l’on aime, on ne se fatique pas. C'est ce qu'éprouvait la sœur Coulombe : elle était vraiment infatigable. Rien ne pouvait l'arrêter. L'hôpital Saint-Patrice, qui est une maison à quatre étages très-élevés, avait des escaliers très-longs et très-pénibles, qui ont rendu plusieurs sœurs malades de fatigue. La sœur Coulombe semblait voler sur ces escaliers. Elle les montait et les descendait du matin au soir, étant obligée, par suite de son office, de porter des remèdes à tous les étages. Elle y
était même souvent la nuit; mais elle les parcourait si lestement et si vite, qu'on eût dit qu’elle était portée par une main invisible, au point qu'elle l’avouait elle-
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