‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 11 sur 162 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

pectait déjà la personne même de Notre-Seigneur ; mais surtout lui seul connaît avec quelle sainte impatience cette âme innocente s’envolait, pour ainsi dire, au-devant du bien-aimé de son cœur à mesure qu’appochait le moment tant désiré. On se rappelle encore dans sa famille le silence rigoureux qu’elle garda pendant tout le temps de la retraite, et qu’elle u’interrompait que le soir pour rendre compte à ses parents des belles instructions qu’elle avait entendues et qu’elle retenait avec la plus grande facilité. Elle se rendait le matin au lieu des réunions avec un air modeste et recueilli, ne regardant rien dans les rues, mais toute pénétrée de la présence de Dieu. Quand elle retournait le soir à la maison, c'était le même silence, la même retenue. Elle occupait alors. son esprit à repasser les vérités qui l’avaient davantage touchée. Ses anciennes compagnes conservent encore le souvenir de ce beau modèle, et les dix-sept années qui se sont écoulées depuis n’ont pu effacer les impressions profondes qu’avait faites sur elles un spectacle si édifiant. Toutes s'estiment heureuses d’avoir fait leur première communion avec elle, et nul doute qu’elle n’ait contribué par sa présence à les aider. à la bien faire. Voici comment s’exprime à ce sujet l’une d’entre elles : «Longtemps avant notre première communion, Adèle y pensait souvent et m’exhortait à m’en occuper. Plusieurs semaines auparavant, nous étions convenues que nous ferions toutes nos œuvres en vue de cette grande action. Lorsque la retraite commença, Adèle redoubla de ferveur. O sainte retraite, jamais ton souvenir ne s’effacera de mon cœur! jamais je n’oublierai que j’eus le bonheur de la faire avec cette chère Adèle, de toutes nos compagnes la plus modeste, la plus pieuse, la plus fervente. Qu'il m’est doux, après tant d’années, de me rappeler les vives émotions qu’elle éprouva le dernier jour de la retraite, et qu’elle s’efforçait de faire passer dans mon âme, à la suite de la dernière instruction !

Cette instruction avait pour objet l'importance de bien faire sa première communion et d'y apporter une conscience pure. M. le prédicateur nous dit d’une voix pénétrante ces paroles, qu’il me semble entendre encore : « O mes chères enfants, si je savais qu’il y eût « parmi vous un nouveau Judas, je lui dirais : De « grâce, n’approchez pas de la sainte Table; n’imitez « pas ce traître, qui le premier fit une mauvaise com- « munion! Mais non, j'espère qu’il n’en sera pas ainsi « de vous; toutes vous offrirez demain à Jésus un cœur « purifié de toute souillure. » En entendant ces paroles, nous étions attendries jusqu'aux larmes, mais surtout la bonne Adèle, dont les pleurs coulaient avec abondance. Après qu’elle eut reçu l’absolution, comme nous revenions ensemble, elle me dit: « C’est donc « demain le grand jour ! Tout est préparé; n’y aurait- « il que os âmes qui ne le seraient pas? Quel malheur « que celui de ne pas bien faire sa première commu « nion! Demandons donc, ajouta-t-elle en me quit- « tant, demandons ce soir, l’une pour l’autre, la grâce « de faire une bonne première communion. »

Un désir si ardent de bien communier, de la part d’Adèle, était bien de nature à frapper vivement l’esprit de ses jeunes compagnes; mais ce qu’elles n’admiraient pas moins, et ce qui parait peut-être encore plus surprenant dans cette enfant, c’est l'esprit de pénitence dont son cœur était animé. Vers la fin de la retraite, pour préparer les enfants à recevoir l’absolution, M. le prédicateur avait présenté une suite de considérations propres à faire naïtre dans leurs âmes des sentiments de contrition. Ces considérations touchèrent si vivement la jeune Adèle, qu’elle ne put retenir ses larmes. La seule pensée de ses péchés la remplissait d’amertume À la voir ainsi pleurer à chaudes larmes, on eût dit que depuis l’âge de raison elle avait commis bien des fautes, souillé bien souvent sa robe d’innocence. Cependant il n’en était rien. Cette heureuse enfant,

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