‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 12 sur 162 · LIVRE t · texte numérisé non relu

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entourée de soins comme elle l'était, et de plus si fidèle à la grâce, avait toujours, on le sait très-certainement, conservé la blancheur de son âme. Les fautes les plus considérables qu’elle eût à se reprocher n’avaient jamais dépassé les limites du péché véniel. Mais l'histoire des Saints nous apprend que d'ordinaire les âmes les plus pures sont les plus remplies de l'esprit de pénitence. À l'exemple de saint Louis de Gonzague, qu’elle honorait comme un de ses patrons et qui accusait avec tant de douleurs les petites fautes de sa vie, cette bénite enfant ne pouvait se consoler en pensant à ses légères négligences, à ses petites désobéissances et autres fautes qui échappent, même dans tous les âges, à la fragilité humaine. Ces sentiments de componction éclatèrent surtout à l’occasion d’une touchante pratique dont nous allons parler. C’est l’usage de suggérer aux enfants, le dernier jour de la retraite, de demander pardon à leurs parents des chagrins qu'ils ont pu leur causer, et de les prier de les bénir. Notre Adèle, si fidèle à suivre ponctuellement tous les avis de ses supérieurs, n’eut garde de manquer à celui-ci, qui était d’ailleurs si conforme au besoin de son cœur. Elle s’en acquitta en des termes si touchants, que les personnes qui en furent témoins ne purent s’empècher de pleurer. Sa mère et sa sœur, en rappelant ces circonstances, disaient : « Ah! si vous l’eussiez vue verser des larmes si amères et témoigner tant de douleur, vous n’auriez pu vous empêcher de pleurer vous-mème. À voir son chagrin, ses regrets constants, on l’eñt prise pour une grande coupable; cependant elle avait toujours été la plus soumise et la plus douce des enfants. »

A cette horreur du péché, à cette contrition vive dont elle était toute pénétrée, se joignait dans Adèle un empressement de plus en plus grand de s’unir à son Dieu. Elle comptait les heures qui la séparaient de cet heureux moment, Les exercices de la retraite, en purifiant son cœur, y avaient allumé un feu plus ar-

dent et une soif qui la faisaient sonpirer comme le cerf altéré après les sources d’eau vive. Elle était rendue au mercredi soir, 9 avril. C'était la veille du jour le plus beau de sa vie. Que la nuit lui parut longue! Elle la passa presque sans dormir, soupirant sans cesse après la possession de son Dieu. Enfin l'aurore de ce jour fortuné parut. Avec quel transport de joie, avec quelle sainte allégresse elle la salua ! A son lever, elle ne pouvait contenir les sentiments qui remplissaient son âme, Comme il était tombé de la neige pendant la nuit, et que cette neige blanchissait les rues, elle disait naïvement à ses parents : « Voyez donc cette belle neige toute blanche et que les pieds des passants n’ont pas encore foulée, le bon Dieu veut nous montrer par là combien nos âmes doivent être nettes et pures. Ah! comme tout est blanc aujourd’hui! les rues sont blanches, nos robes sont blanches, les parures mêmes de l'église seront blanches. Que cela exprime bien la blancheur dont nos âmes doivent être revêtues ! » Remplie de ces saintes pensées, Adèle sortit de la maison pour se rendre à l’église des Récollets. « Dans cette église, dit une de ses compagnes, nous trouvâmes les prêtres qui devaient diriger les enfants de la première communion, et les bonnes sœurs qui avaient pris tant de soin de nous. Après avoir chanté quelques cantiques et récité quelques prières,nous partimes pour l’église de la paroisse. C’est là que nous attendait le grand bonheur, objet de tous nos vœux, mais que semblait désirer bien plus ardemment encore la vertueuse Adèle. » Elle assista au saint sacrifice de la messe avec une piété qu’on n’avait pas encore remarquée en elle. Sur son visage doux et animé, dans ses yeux humides de larmes, on lisait les pensées qui occupaient son cœur. Enfin le moment d’aller à la sainte Table arriva. Les anges ne purent contempler sans admiration cette enfant, qui leur ressemblait si bien par son innocence, s’avançant lentement vers l’autel, les mains jointes, les

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