LIVRE V
une certaine fraicheur qui me faisait grand bien. J’en étais d'autant plus surpris que je savais très-bien que ce soulagement ne pouvait ètre l'effet des remèdes, puisque lorsque d’autres me pansaient, ce qui arrivait de temps en temps, les mêmes applications me causaient les douleurs les plus vives. Je ne suis pas seulement redevable à cette bonne sœur de la guérison de mon mal , je lui dois encore mou retour à Dieu, »
Lorsque la sœur Coulombe ne pouvait réussir à guérir ses malades , Dieu le permettant ainsi pour leur bien , elle tâchait du moins d'obtenir leur conversion. Un jeune homme de bonne famille était retenu depuis longtemps à l'hôpital pour une plaie considérable qu’il avait à l’épaule, et qui lui occasionnait de grandes souffrances. Voyant que les docteurs ne pouvaient le guérir, il résolut de recourir à Dieu, disant tout haut à une sœur : «Ma sœur, je désespère des médecins de la terre, je vais recourir à Celui du ciel ; mais je désire que ma sœur Coulombe prie avec moi. » Là-dessus, il se mit à parler de cette sœur avec enthousiasme. « Oh ! disait-il, quel trésor vous avez là ! quelle sainte religieuse ! » 11 avait eu l’occasion de l'apprécier, car c'était elle qui le pansait, et, selon sa coutume, elle lui adressait toujours pendant cette opération quelques paroles qui tendaient à le consoler, à l’élever à Dieu, et à lui faire espérer de ce céleste médecin sa guérison. En mème temps elle ne cessait de prier pour lui. Ses efforts ne furent pas vains. Si elle ne parvint pas à guérir tout à fait sa plaie, par les soins qu’elle prit de son âme , elle réussit à obtenir de lui un grand changement de vie, au point de le faire se résigner parfaitement à la volonté de Dieu, et de lui faire supporter son mal avec des sentiments vraiment chrétiens.
Une conversion plus remarquable encere fut celle d’une jeune Irlandaise. Elle avait quitté son pays natal, et était venue à Montréal seule et sans parents, C'était en 1856. Elle fut admise à l’hôpital au mois d'août de
la mème année. Dans la traversée, elle avait attrapé les fièvres malignes, dont elle n'avait pu se rétablir. Cette personne était presque inabordable ; d’un caractère difficile, et aigrie par le mal, elle était mécontente de tout ce qu’on lui donnait, et murmurait sans cesse contre les sœurs. Touchée de compassion pour cette pauvre malade, la sœur Coulombe lui prodigua ses soins avec une bonté de mère, pansant son dépôt de fièvre avec autant de charité que d’assiduité, et n’épargnani rien pour la sonlager. Pendant qu’elle était ainsi auprès d'elle , elle lui adressait des paroles si douces et si insinuantes, qu’en peu de temps elle finit par gagner sa confiance et même son affection. La voyant ainsi disposée à son égard, la sœur profita de cet heureux changement pour l'instruire, mettre dans son cœur des sentiments chrétiens et la disposer à faire sa première communion. La pauvre malade fit, en effet, sa première communion. Ce fut le jour de Noël. Les dispositions qu’elle y apporta, les sentiments qu’elle manifesta alors, firent sur les sœurs une si grande impression, qu’elles ne pouvaient s'empêcher d’en témoigner leur surprise. « J1 n’y a, disaient-elles dans leur humilité, que la sœur Coulombe qui ait pu faire cela.» Non contente de l'avoir ainsi remise dans le bon chemin, la sœur continua à cultiver cette âme qui lui devenait de plusen plus chère, l’exhortant à souffrir avec patience et à se bien soumettre en toutes choses à la sainte volonté de Dieu. Notre-Seigneur bénit visiblement un zèle si pur, en opérant un changement extraordinaire dans cette jeune fille qui devint douce comme un agneau, patiente, soumise, et supporta ses cruelles douleurs avec une résignation héroïque, tellement qu’elle édifiait toutes les personnes qui l’approchaient. La confiance qu’on avait en ses prières devint bientôt si grande, qu’on lui recommanudait des affaires difficiles, la guérison ou la conversion des malades; et presque toujours on ressentait les heureux effets de son intercession. Le lit de
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