LIVRE V
hâta de les transporter à Saint-Patrice. Ils laissaient en ville leurs six enfants, qui furent recueillis par un père jésuite allemand. Vers cinq heures du soir, nous vimes arriver tous ces pauvres enfants, conduits par ce bon Père qui les ramenait auprès de leurs parents. A leur arrivée, ce fut une scène des plus déchirantes. Nous étions émues jusqu'aux larmes, en voyant ces panvres petites créatures, pleurant, se lamentant et demandant à voir leur père et leur mére. Ce fut la sœur Conlombe qui les reçut, et c'était pour elle une belle occasion d'exercer sa charité. Elle accueillit cette famille éplorée avec une tendresse vraiment touchante. Elle conduisit les enfants auprès de leurs parents, qui étaient déjà à l’extrémité, mais conservant encore toute leur connaissance. Pauvresgens !ils ne pouvaient serésigner à mourir, et surtout à laisser leurs petits enfants abandonnés sur une terre étrangère, et sans aucun secours. La mère principalement déchirait le cœur par ses lamentations. « Chère sœur, disait-elle à la sœur Coulombe, pensez - vous qu’il soit possible à une mère de laisser ainsi ses enfants? — Sans doute, Madame, reprit la sœur , il est bien dur et bien pénible pour vous de vous séparer ainsi de vos enfantset de les laisser; mais pensez-vous qu'il ne fut pas plus dur à la sainte Vierge de se séparer de son divin Fils? D'ailleurs ne savezvous pas qu’il est un Dieu qui se nomme et qui est le père des orphelins? Ne saura-t-il pas prendre soin de vos enfants ? Pourquoi vous désolez-vous donc? Avezvous peur de les remettre entre ses mains ? » Par ces paroles et d’autres semblables, elle réussit à consoler cette pauvre famille. Le père et La mère firent leur sacrifice ; ils se résignèrent à la volonté de Dieu, et moururent en paix, abandonnant ces chers petits à la divine Providence, mais comptant surtout sur la charité de la bonne sœur qui leur avait donné un si bon espoir. Combien d’autres traits de cette charité admirable ne pourrait-on pas citer, bien que l'humilité de la
sœur Coulombe travaillât avec une merveilleuse adresse à cacherses bonnes œuvres ! Grandnombrede personnes ont avoué à ses parents, depuis sa mort, qu’elles lui devaient leur guérison. « Nous étions malades à Saint- Patrice, diseut plusieurs , et les remèdes ne nous faisaient rien. Cette bonne sœur se mettait alors à commencer des neuvaines à la sainte Viergeet à saint Joseph, pour que le bon Dieu bénît les remèdes. Nous nous unissions à elle. A la fin de la neuvaine, nous nous trouvions guéris, à notre grande surprise. Quand nous la voulions remercier de notre guérison : « Remerciez plutôt le bon Dieu, disait-elle, car c’est lui qui a tout fait ; souvenez-vous surtout que la meilleure action de grâces que vous puissiez lui offrir, c’est de le servir mieux que vous ne l’avez fait. »
Dieu, qui exauçait si bien les prières qu’elle faisait pour les autres, ne pouvait manquer de prendre soin d'elle, lorsqu'elle lui recommandait sa propre santé, 1 fit un vrai miracle en sa faveur, « Dans sa dernière maladie, elle témoigna un jour, rapporte une des sœurs , le désir de voir honorer davantage dans la communauté les fondateurs et les fondatrices de l'institut. «Pour moi, disait-elle, j’ai toujours eu envers eux une vive confiance , et j'ai obtenu une grande faveur par l’intercession de M, de la Dauversière. Pendant mon séjour à Saint-Patrice, il m'était venu un mal au genou, qui me gênait beaucoup pour marcher et commençait à m'inquiéter. Je m'adressai à M. de la Dauversière; je fis une neuvaine en son honneur, en préparation à l’anniversaire de sa mort. Je fus bien plus mal pendant les neuf jours; mais, à la fin, je fus entièrement guérie, et j'en re:dis à Dien mille actions de grâces. »
Si les catholiques avaient à bénir Dieu des heureux effets de son zèle et de ses prières , les protestants euxmêmes n'avaient pas moins à s’en féliciter. Comme l’hôpilal Saint-Patrice était ouvert à tout le monde, il en venait beaucoup, soit voyageurs, soit émigrants,
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