LIVRE I
yeux baissés, Le cœur tout brûlant d'amour, pour se nourrir de son Dieu; puis, s’en retournant à sa place avec l’expression d’une joie céleste, et, se livrant ensuite à tous les transports de sa reconnaissance, car elle possédait enfin le Dieu caché qui combläit tous ses désirs, et elle pouvait dire avec l’Épouse des cantiques : Mon bien-aimé est à mot; je le tiens et ne le quittera plus. Son action de grâces fut en rapport avec les dispositions qu’elle avait apportées à la sainte communion. Elle semblait tout absorbée en Dieu. Une conversation qu’elle eut le lendemain avec une de ses compagnes, nous révèle une partie des sentiments qui l’animaient dans ce moment précieux. « Comme nous parlions ensemble, dit cette jeune fille, du bonheur que nous avions eu la veille: « Oh! dit-elle, que j'étais heu- « reuse, mais heureuse d’un bonheur qui ne peut s’ex- « primer. — Et qu'as-tu dit à Notre-Seigneur, » lui demandai-je? « Bien des choses, me répondit-elle; je « l'ai remercié d’abord, puis j'ai prié pour mes bons « parents et pour toutes les personnes qui me sont « chères; j’ai demandé ensuite à Notre-Seigneur la « grâce de mourir plutôt que de l’offenser. »
Au sortir de l’église, sa bouche parlait encore de l’abondance de son cœur. Elle ne se lassait pas d’exprimer le bonheur qu’elle avait goûté. « Je n’oublierai jamais, dit une de ses amies, la joie d’Adèle après sa première communion, la détermination où elle était d’être toujours fidèle à son bon Jésus. En nous faisant remarquer nos habits, elle nous disait avec la candeur qui lui était naturelle : « Le bon Dieu veut nous mon- « trer par cette blancheur extérieure la pureté inté- « rieure qu'il désire toujours voir en nous. » C'est ce qu’elle demanda à Dieu le reste de la matinée. L’aprèsmidi, les enfants s’étant réunies auprès des sœurs qui devaient les occuper à de pieux exercices, elle fut députée au séminaire avec une autre de ses compagnes pour demander l’heure de la cérémonie qui devait
avoir lieu dans la soirée. « M. Fay, curé d'office, étant venu au parloir, raconte sa compagne, nous adressa quelques paroles gracieuses; puis, se tournant du côté d’Adèle, qui avait l’air si sage et si content, et nous regardant toutes les deux, il nous dit: Vous devriez toujours être de petites vierges. Comme je me taisais pour laisser parler ma petite compagne, qui parlait toujours si bien, Adèle répondit d’un air aisé : « Oh! oui, Mon- « sieur, il serait bien à désirer qu’il en fût ainsi. » Ce souhait eut son entier accomplissement. Adèle demeura, en effet, toujours vierge de corps et d'esprit, et ce lis, si bien arrosé du sang de l’Agneau, conserva toujours sa blancheur. Bien éloignée d’imiter ces enfants qui après leur première communion abandonnent tristement leur Dieu pour se livrer au monde, notre jeune communiante lui resta fidèle. Jamais elle ne se sépara du bien-aimé de son cœur : elle contracta avec lui une union qui devint indissoluble.
Le sacrement de Confirmaiion, qu’elle reçut vers la fin du mois de juillet, en lui donnant de nouvelles forces, vint encore resserrer des liens si doux. Adèle se prépara avec tout le soin possible à ce grand sacrement qu'on ne reçoit qu’une fois, et qui apporte à l’âme avec ses dons la personne adorable de l’Esprit-Saint. « Oh! qu’il me tarde, disait-elle à ses parents, de recevoir cet esprit de force qui va faire de moi une parfaite chrétienne et me rendre capable de résister à toutes les tentations du démon. » Son âme était toute préoccupée de cette nouvelle faveur; elle y pensait sans cesse et s’efforçait de s’en rendre digne. « Un jour, dit une de ses amies d'enfance, je la surpris tenant entre ses mains une image qui représentait la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres; et, me montrant cette image, elle me dit : «Oh! combien ces Apôtres durent « être heureux, lorsqu'ils reçurent le Saint-Esprit qui « les remplit de force et de courage! » Puis, baïsant son image, elle ajouta : « O Saint-Esprit, que j’ai hâte