LIVRE VI
de voile et de vêtements. Elle avait mème recueilli une épingle toute noircie qui attachait un ” ‘rceau de voile. Tout cela était arrangé avec ün goût exquis dans les différentes branches de la croix. Elle emporta avec elle ce petit trésor, comme un reliquaire précieux et un sujet de consolation. Voici comment le jour du départ elle exprimait l’amertume de sa douleur, tempérée par ses sentiments habituels de résignation, de dévouement et de sacrifice : « Je pars aujourd’hui, 6 juillet 4861; je pars par obéissance, et mon âme s'en réjouit. Ce n'est pas sans émotion que je quitte cette terre bénite où j'ai reçu tant de grâces, et ce sera avec douleur que je baiserai pour la dernière fois ces murailles tutélaires, qui me dérobèrent au monde il y à déjà près de dix ans. Cependant, puisque mon Dieu et ma supérieure le veulent, je pars sans regret et sans désir d'y demeurer encore. Eh! que puis-je regretter, moi, ou que puis-je désirer ? Je n’en suis plus capable : tous mes regrets s’évanouissent devant la volonté trois fois adorable de mon Dieu. Par un effet de sa divine miséricorde, je n’ai pas plus d'attache aux lieux qu'aux personnes. Exilée sur un coin de la terre ou sur un autre, je n’en suis pas moins exilée: c’est pour cette raison que m’abandonnant sans réserve ni mesure au divin bon plaisir de Dieu, qui m'est manifesté par mes supérieurs, je veux désormais, avec le secours de sa grâce, vivre au jour le jour, tout abandonnée, tout anéantie, sans bruit et sans éclat. Si je reviens mieux, que Dieu en soit loué! Si je meurs, qu’il soit encore loué à jamais! Dussé-je encore souffrir des années et des années, dès que ce bon Maitre me donnera la patience, peu m'importe. Si Dieu le veut ainsi, pourquoi m’en affliger? Sa volonté n’estelle pas ce qu’il y à de plus désirable? O volonté de mon Dicu, que je meure plutôt que de ne pas vous accomplir ! Je ne puis rien faire que de m’abandonner sans réserve, montant volontiers en la compagnie de