‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 136 sur 162 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Départ de la sœur Coulombe pour le Mont-Sainte-Famille, — Klle

entre à l’infirmerie, — Comment elle s’y conduit, — Ses derniers écrits.

Le surcroît de travaux que la sœur Coulombe avait eu à supporter depuis quelques mois avait accéléré le progrès de la maladie de poitrine qui la minait depuis longtemps. Mais rien ne pouvait diminuer sa ferveur et son zèle à marcher dans les plus hautes voies du saint abandon et de l’anéantissement. « Je m’abanbonne à la sainte volonté de Dieu, disait-elle. Je me laisse tourner et retouruer sans la moindre résistance, me livrant à la grâce du moment, sans même demander à mou divin Maitre : Que voulez-vous faire de moi? La main de mon Dieu, pour me faire comprendre la voie du saïnt abandon, me conduit dans le profond abîme de mes misères. Là, je vois combien je suis faible et capable de commettre toutes sortes de crimes, si cette main bienfaisante ne me soutenait. Je me crains moi-même; mais cette crainte est accompagnée d’un grand calme. Je sais que je ne sers pas un tyran, mais bien l'Époux le plus doux et le plus suave. Je crains non pas les châtiments, mais le grand malheur d’offenser mon Époux. Je crains de blesser sa délicatesse, de choquer ses regards. Je crains de le trahir: mais ce n’est pas une crainte d’esclave. Je sens mon cœur tout à fait à l’aise : il est calme et libre; et quand mème

je tomberais dans le péché, il me semble que ma con-

fiance n’en serait pas ébranlée, Dans cet état de tranquillité, je me tiens devant cet adorable Architecte, et m’abandonne à tous ses desseins d'amour sur moi: je le laisse travailler sans bouger. Que fait-il donc en

moi? Je n’en saisrien ; mais je sais bien que quelqu'un opère en moi. Je suis tout étonnée du changement qui s’est fait en mon âme depuis le commencement du mois de mars, et il me semble que je marche dans une voie toute nouvelle. »

Elle entrevoyait déjà, dans un avenir peu éloigné, le terme de sa carrière mortelle. « La mort, écrivaitelle, paraît s’approcher à grands pas. Selon les apparences, ma carrière sera bientôt tinie, Je m’achemine vers la tombe, ayant en main une lampe presque éteinte, tandis qu’elle aurait pu être si ardente et si brillante si j'eusse été plus fidèle. » La toux, en effet, était devenue plus violente, et au commencement de juillet 4869, le mal ayant pris une tournure inquiétante, elle fut appelée au Mont-Sainte-Famille. Ce fut pour elle un grand sacrifice de quitter des lieux si chers, témoins de sa prise d’habit, de sa profession, et de tant de grâces dont le souvenir faisait tressaillir son cœur d'amour et de reconnaissance. Ce qui la consolait, c’est qu’elle allait retrouver dans le nouvel hôpital ses chères sœurs, ses chers malades, et même les restes vénérés de ses anciennes mères, qui y avaient été transportés de l’ancien Hôtel-Dieu., comme on l’a vu, vers la fin du mois de janvier. Lors de leur exhumation, son amour pour ces chères rières l’avait portée à descendre au caveau, malgré le froid et la délicatesse de sa poitrine qui prenait si aisément le rhume, afin d’assister à l’ouverture des cercueils, examinant de près ces 1ssements et ces linceuls qui tombaient en poussière au moindre contact, cherchant à se procurer un souvenir de chacune, et surtout de celles qui avaient exercé son office et qu’elle appelait ses chères mères et ses chères patronnes. Dans une de ces tombes elle avait pris une petite croix de bois bien conservée, et qui depuis longues années reposait sur le cœur d’une de ces vénérables religieuses. Elle l'avait enrichie de parcelles d’or, de brins de cheveux, de petits morceaux

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