‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 139 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

elle pratiqua au plus haut degré les vertus d’une sainte religieuse, vécut dans la dépendance la plus absolne, «Jamais, dit son infirmière, je n'ai remarqué en elle de mécontentement. Je l’obligeais quelquefois de passer des huit jours sans se lever le matin pour communier ni entendre la sainte messe. C’était un grand sacrifice pour elle : néanmoins elle n’était ni triste, ni de mauvaise humeur. Seulement elle me disait alors d’un air angélique : « Ma sœur, me récompenserez-vous au moins « plus tard?» Je le lui promettais, et elle m'en témoignaïit sa reconnaissance. Je n’ai jamais vu pareille docilité. » Elle ne négligeait rien pour se guerir, disant qu’elle voulait encore servir la communauté.

Son grand courage la mettant au-dessus de ses douleurs, elle sortit de l’infirmerie le 5 septembre, pour suivre encore les exercices communs pendant quelques semaines. Elle travailla meme à se rendre utile en gardant le parloir des séculiers, conduisant les étrangers, qui, à cette époque, affluaient en grand nombre pour visiter le nouvel édifice, tenant les registres des salles des malades et faisant les écritures du dépôt des pauvres. Sa charité trouvait moyen de s’exercer dans tous ces petits offices : sa grande faiblesse n’était jamais une excuse pour elle, et elle ne s’épargnait en rien quand il s’agissait d’obliger quelqu'un.

La nature succomba enfin, et, le 20 octobre, elle rentra à l’infirmerie pour n’en plus sortir. Mais ce

jour-là même, son humilité la porta à se traîner dans

une des salles pour voir une personne à laquelle elle avait fait plusieurs petites confidences propres à donner

| d’elle une bonne opinion. L’ayant appelée à part, elle | lui fit les recommandations suivantes : «Je vous vois | à présent pour la dernière fois. Je vous supplie de ne | jamais rien dire des conversations que nous avons eues ensemble : il n’est pas bon que ce soit connu. » Mais | pendant qu’elle cherchait ainsi à se cacher, Notre- | Seigneur, qui voulait faire connaître après sa mort la

ape

sainteté et la perfection de ses dispositions intérieures, la portait comme irrésistiblement à écrire. Ce jour-là même où elle commencait à disparaître au monde pour s’ensevelir à l’infirmerie, elle traçait les lignes suivantes, où l’on va voir combien son âme grandissait et se remplissait de la vie surnaturelle à mesure que ses forces diminuaient et qu’elle s’acheminait vers la tombe. « Dieu a bien voulu me faire comprendre qu’il est l’unique appui, l’unique repos, l'unique bonheur d’une âme ici-bas; que, hors de lui, il n’y a que vanité et afiliction d'esprit; que toute l’occupation de cette âme fidèle doit ètre de le regarder, de le suivre pas à pas par l’abandon à sa divine volonté, de l'aimer lui seul comme l’unique centre de toutes ses affections, hors duquel elle ne doit en avoir aucune, puisque rien sur la terre ne peut mériter l’amour d’un cœur que Dieu a créé pour lui seul. Cette vérité a grandement dilaté mon âme, et l’a réjouie en lui faisant connaitre que la perfection est quelque chose de très-simple, puisque l’âme n’a plus qu'un soin unique, celui de regarder Dieu, et de trouver dans ce simple regard ce qu'elle avait cherché péniblement pendant longues années. Cette perfection, qui me paraissait autrefois si compliquée et si difficile, se réduit à une simple unité qui étonne l’âme, d'autant plus qu’elle à ignoré plus longtemps cette vérité. C’est là ce qui m'arrive aujourd’hui : je vois que tout se réduit pour moi à une simple vue de Dieu, et cette vue à tant de force, que, malgré sa simplicité et son unité, elle met mon âme dans une occupation intérieure si profonde, si variée, si étendue, que j'en suis dans l'admiration, J'avais déjà, depuis quatre à cinq ans, le bonheur de marcher toujours : 1

la sainte présence de Dieu; mais cette présence 4e | m'était pas si continuelle ni si amoureuse qu’à pré- |

sent. Quelquefois mème il me fallait des efforts pour

la conserver, et j'avais à combattre; mais depuis quel- | ques mois, et surtout depuis ma dernière retraite, je |

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