‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 140 sur 162 · LIVRE VI, 23N · texte numérisé non relu

LIVRE VI, 23N

sens mon intérieur tout changé. Je sens que mon âme est si abandonnée à Dieu, qu’elle est comme dans une complète impuissance de rien faire par elle-même. Il y a quelqu'un en elle qui la régit et la gouverne, de telle sorte qu’elle ne peut pas mème prévoir ce qu’elle fera onu quels seront ses sentiments dans l'heure suivante. Elle se trouvetellement dépendante de son Dieu, et par là même si attentive à suivre son mouvement, qu’elle est comme incapable, sans l'inspiration de la grâce, de faire d'elle-même la plus petite action. Elle semble avoir perdu l’usage de ses propres facultés, jusqu’au point de ne pouvoir faire un pas, dire une seule parole ou agir d’une manière quelconque, sans avoir auparavant jeté les yeux sur ce Dieu d'amour. De là naît une crainte si grande de lui déplaire, une horreur si vive des moindres imperfections, que je fuis jusqu'aux plus légères occasions où je pourrais l’offenser, comme les conversations trop dissipantes, les entretiens avec les séculiers, l’envie de savoir, d’apprendre des nouvelles, etc., tant je crains d’offenser mon Dieu. Je suis d’ailleurs si méchante par ma nature, que je n’ai pas hesoin de chercher au dehors des occasions de péché, Si, par malheur, j'offense ce Dieu si bon, ma contrition devient quelquelots si vive, que, tout anéantie à la vue de mon vxtrème malice, je me jette à ses pieds et je crie sans cesse miséricorde; et s’il arrive que Notre-Seigneur semble se retirer de moi, ce qu'il fait assez souvent, je ne puis avoir de repos qu'après m'être anéantie et avoir gémi des jours entiers, ne pouvant alors penser à autre chose, n'avoir d'autre occupation que celle de témoigner à ce bon Maître combien je suis malheureuse de lui avoir déplu et combien j'en suis affligée. »

Après avoir ainsi parlé de son abandon absolu entre les mains de Dieu, de sa crainte de lui déplaire, elle parle de son impuissance, des opérations de l’Esprit de Dieu en son âme, et poursuit ainsi: « D’après ce que

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je viens de dire de mon abandon à Dieu et de ma dépendauce de l’Esprit-Saint, il suit que je ne puis rien faire de moi-même. Je ne fais plus d’eflorts comme autrefois; mais je m'abandonne simplement à la grâce du moment, qui m'est toujours donnée à point, et qui m’inspire à chaque instant ce que j'ai à faire, sans trouble, sans inquiétude et même sans aucun travail de ma part, sinon que je me prête à la main divine qui veut bien me mouvoir et me façonner. Dans mon impuissance, je suis l’attrait qui me domine, tout anéautie et toute perdue dans la pensée de ma profonde misère, qui me suit partout et me tient dans l'humiliation. Je tends toutes mes voiles, et je m'abandonne au souffle divin avec une telle confiance, que Dieu ne permettra pas que je m'égare. Je me livre sans résistance au gré du vent favorable qui me conduit, et qui souffle où il veut et comme il veut. De là vient la variété et l’étendue de mon occupation intérieure. Quelquefois il nv’arrive d’avoir le cœur si plein, que je ne puis me contenir : c’est une abondance de grâces qui me ravit et m'enchante, et dont j’ai peine à retenir les transports. Ces sentiments divers sont produits en moi taniôt par une lecture pieuse que j'entends, tantôt par le chant de quelque cantique ou par une parole ‘édifiante qu’on me dit, ou encore par la vue des beautés de la création, etc. Plus souvent, ils n'ont point d’autre cause que la contemplation intérieure des charmes et des beautés de la Majesté divine, on d’une grâce reçue, ou d’un objet quelconque qui me met hors de moimême en me rappelant les beautés incomparables de mon Époux. »

On veit, par ces sentiments d'abandon à Dieu, que la mort, bien loin d’être pour elle un objet d'horreur, était, au contraire, le terme de ses vœux. La nature toutefois eut ses frayeurs, et Dieu permit qu’elle éprouvât la terreur des jugements de Dieu. «La erainte

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