‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 147 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

même ; on tient à ses petites pratiques ; on n'aime pas à se sacrifier, parcequ'on n’a pas assez de charité pour les sœurs et pour les pauvres. Si on n’a pas la charité , c’est qu'on n'a pas l'humilité ; car, avec l'humilité, on s’oublie soi-mème pour les autres. Voyez une sœur qui est bien humble : elle ne se croit rien, elle n'est pas exigeante pour elle-même ; mais elle croit qu’elle doit beaucoup aux autres : elle se juge indigne de vivre dans leur compagnie. Son bonheur est de servir son cher prochain, surtout les pauvres. Quand un pauvre la demande , elle se garde bien de le faire attendre. Elle y court ; elle quitte tout, ne disant jamais de paroles désobligeantes. » Ces avis et autres semblables qu’elle donnait avec une sainte liberté produisaient des iinpressions profondes et ineffaçables, et tout le monile était persuadé qu’elle ne vivait plus par elle - mème, mais que c'était Notre- Seigneur qui vivait en elle et qui parlait par sa bouche.

La fidélité aux plus petits points de la règle est une des grandes vertus de la religion. Aussi brilla-t-elle au plus haut degré dans la sœur Coulombe, à ses derniers moments, etelle tâchait de l’inspirer à ses sœurs. Elle disait respectueusement à la supérieure : « Oh ! qu’il faut recommander cette fidélité aux plus petites règles. Par la grâce de Dieu, poursuivait-elle avec sa belle simplicité, j'ai tâché d’être fidèle dans tous les plus petits articles, comme de ne faire aucun bruit au réfectoire. Le bruit empèche de bien entendre la lecture ; et la lecture est la nourriture de l’âme. » Puis elle ajoutait : « Bien faire un signe de croix avec foi et respect, c’est grand cela !.… Ouvrir et fermer une porte doucement , pour ne point causer de distractions à ses sœurs, et pour ne pas perdre soi-même la présence de Dieu!... toutes ces petites choses ne paraissent rien, mais devant le grand Maître, c’est beaucoup. Il est si bon! » Et alors elle s’extasiait sur la bonté de son Dieu.

«Jamais, disait-elle une autre fois, nous ne pourrons

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nous sanctifier sans l’exacte observation de nos règles. Il faut en dire autant des usages établiset pratiqués par nos anciennes mères, qui avaient bien autant de sagesse que nous. » Un jour la supérieure, voyant son ardeur pour la sainte communion, lui offrit de la lui faire recevoir plus souvent qu’il n’était d'usage pour les sœurs malades : «Le bon Dieu sait, répondit-elle, combien je désire-de le recevoir; mais j'aime mieux en faire le sacrifice : je crains tant la singularité ! Je ne voudrais pas pour tout au monde introduire de nouveaux usages : j’añhne mieux me priver même de la sainte communion, quoiqun’elle fasse tout mon bonheur. »

Une autre fois, elle fit voir avec quelle fidélité elle avait toujours gardé ses vœux de religion. La supérieure, pour lui donner occasion de dire quelques paroles propres à édifier la communauté, lui demandait si elle n’avait pas eu de peine à garder ses vœu, : « Non, répondit-elle ; et j'espère, par la grâce de Dieu, n’y avoir jamais manqué délibérément. Je n’ai jamais rien gardé de superflu, pas même une image, et il me semble que j'aimais cette belle vertu. » Sur le second vœu, elle n’eut rien à dire, car elle était chaste comme la colombe et pure comme un ange. « Quant à la sainte obéissance , dit-elle , j’ai toujours demandé toutes mes permissions , et je me suis toujours efforcée de faire tout ce qui m'était commandé. » Pour le vœu d’hospitalité, toute sa vie religieuse répondait hautement qu’elle en avait poussé l’observation jusqu’à l’héroïsme et au sacrifice d'elle-même.

Elle se félicitait d’avoir toujours obéi, non-seulement dans sa conduite extérieure, mais encore en tout ce qui concernait son intérieur. « Qh ! disait-elle , que je suis heureuse dans mes derniers moments d’avoir été fidèle à me laisser conduire par mes supérieurs et par mon confesseur ! Je lui ai toujours obéi en toutes choses. Ce n’est pas, avouait-elle à la supérieure, que j’aie jamais désiré de longues directions : ma confession de tous les

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