‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 146 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

seul, ma sœur, ajoutait-elle, Dieu seul ! Ne vous attachez qu’à lui, et vous verrez que vous vous en trouverez bien. »

Parvenue à cet état de dépouillement universel, elle se réjouissait, en pensant à la mort qui allait détruire et plonger dans la pourriture et l'horreur du tombeau cette nature qu'elle avait toujours détestée. L’infirmière lui témoignant un jour sa peine, en la voyant dans une si extrème maigreur : « Réjouissez-vous bien plutôt, fit:elle en riant : les vers feront maigre chère, quand je serai morte, Ils n'auront pas en moi un grand régal. » Elle en était venue à ce point de renoncement, que les souffrances faisaient ses délices. « Oh! disaitelle souvent, si l’on connaissait le prix des souffrances, que l’on s’estimerait heureux d’endurer quelque chose pour Dieu ! C’est si beau de souffrir que, si on le savait, on ne craindrait pas tant de se mortifier, de £e renoncer, de faire à Dieu de petits sacrifices. »

Dans cette dernière période de sa vie, sa charité brilla d’un éclat plus vif que jamais. Jusqu'à la fin, elle montra combien elle aimait sincèrement ses sœurs, Toutes venaient à l’envi contempler ce bel exemple de patience et recueillir de sa bouche quelques-unes des paroles de vie qui coulaient de ses lèvres. Quel ravissant spectacle, en effet, c'était pour elles, de voir cette innocente victime, presque expirante, toujours le sourire sur les lèvres, les accueillant toutes avec bonté, les édifiant par ses pieux discours! Chacune, en la quittant, disait : « Puisse ma mort ressembler à la sienne! Oh! quelle sainte religieuse ! » Sa charité était si délicate, qu’elle craignait toujours de <auser la moindre peine à quelqu’une de ses sœurs. En voici un trait bien frappant : « Un soir, dit linfirmière, qu’elle me pressait d’aller me reposer, je lui dis en plaisentant : « J’y consens; mais prenez bien « garde, ma chère petite colombe, de vous envoler en « mon absence. » Elle me répondit: « Je ne pourrais

« pourtant pas vous avertir, s’il me prenait quelque fri-

« blesse. » Or, ce soir-là, j'oubliaiside lui dire adieu, omme j'avais coutume de le faire. Elle s’imagina alors que sa réponse m'avait chagrinée, et en conçutune vive douleur. Je retournai par hasard à l’infirmerie, Me voyant, elle me dit : « Je vous ai fait de la peine, chère « sœur, je vous prie de me le pardonner. Si vous n’é- « tiez pas revenue me voir, je n'aurais pas eu de « repos. » Une autre fois, une de ses sœurs se recommandant à elle pour obtenir la grâce de la patience, elle laissa trahir un des secrets de sa charité : « Le bon moyen, dit-elle, de pratiquer toujours la patience, c’est de ne point envisager les défauts de ses sœurs, mais de voir toujours leurs bonnes qualités. » La supérieure, dans le dessein d'édifier la communauté, lui demanda un jour de quelle faute elle se repentait le plus : « D'avoir quelquefois blessé la charité, réponditelle, non pas d’une manière grave, mais en de petites choses. Pourtant, ajouta-t-elle, j'ai fait ordinairement tout mon possible pour obliger tout le monde; et, par la grâce de Dieu, j’ai sacrifié souvent mes petits intérêts pour aider mes sœurs. »

Cette charité exquise lui inspirait une prévoyance admirable pour éviter le moindre dérangement qu'elle aurait pu occasionner à ses sœurs. Dans le temps qu’elle pouvait encore descendre avec les autres pour se ‘confesser, pressentant qu’elle resterait plus longtemps qu’à l'ordinaire au confessionnal, elle s’approcha de celle qui la suivait et qu’elle craignait de faire trop attendre, et lui dit: « Ma sœur, comme je fais ma préparation à la mort, ma confession sera peut-être plus longue que de coutume. J'aime mieux vous prévenir d'avance, et je vous prie de m’excuser. »

Cette charité lui tenait si fort à cœur, que de sa voix mourante elle y exhortait sans cesse les sœurs qui venaient la voir et l’entendre comme un oracle. Elle disait surtout aux jeunes sœurs : «On s’aime trop soi-

quelque fri-

dire adieu, agina alors ut une vive merie. Me eine, chère Si vous n’épas eu de s se r'ecOMà patience, arité : « Le a patience, ses Sœurs, s, » La suunauté, lui epentait le , réponditn de petites inairement de; et, par petits inté-

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