‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 15 sur 162 · CHAPITRE i · texte numérisé non relu

CHAPITRE i

Moyens que prend Adèle pour conserver ja grâce de sa première communion.

Nous avons vu Adèle à la sainte Table, modèle achevé d’une jeune communiante; avant de la suivre à la Persévérance, arrèions-nous à la considérer dans sa conduite après la première communion, et voyons les moyens qu’elle prit pour en conserver la grâce.

Le premier moyen qu'elle employa fut la prière. Elle en avait sucé l'amour, pour ainsi dire, avec le lait, Notre-Seigneur, en venant en elle, avait augmenté cet attrait si précieux. D'ailleurs, à mesure qu’elle avançait en âge, elle sentait davantage la nécessité de cette arme puissante pour résister aux tentations de l'ennemi. Elle se prescrivit donc pour chaque jour des moments destinés à la prière. Dès son réveil, elle donnait à Dieu, par une élévation de son cœur, toutes les actions de sa journée; puis, aussitôt que possible, elle faisait sa prière du matin, suivie d’une lecture méditée. Elle priait avant et après le repas; elle priait en

entendant tous les jours la sainte Messe, en disant pieusement son chapelet; elle priait sous la direction de ses bonnes maîtresses, avant, pendant et après l’école, Mais elle faisait toutes ces prières avec tant de

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ferveur, que sa vue seule inspirait de la dévotion. Bien différente de ces enfants dissipés dont la prière ne consiste guère que dans le mouvement des lèvres, Adèle se recueillait profondément, n'oubliant pas que c’est à Dieu que l’on parle dans la prière, et paraissait toute pénétrée de respect pour sa Majesté adorable. Adèle avait en outre plusieurs petites dévotions dont elle s'acquittait exactement à la maison, où, avec l'agrément de sa mère, elle avait transformé une petite chambre en oratoire. Là elle avait élevé un petit autel qu’elle ornait de son mieux, et sur lequel elle avait placé les images qui lui rappelaient ses dévotions de prédilection : l’image de la Croix, de la très-sainte Vierge, de saint Joseph, de saint Louis de Gonzague, de saint François Xavier, dont elle suivait toujours la neuvaine avec beaucoup de soin. C'était pour elle une douce occupation de parer sa chapelle selon les différents degrés des fêtes, se servant de ce moyen pour entrer dans l’esprit des divers mystères que l’Église célèbre dans le cours de l’année; de plus, la veille de Noël, elle ne manquait point d'y mettre un petit enfant Jésus en plâtre, qu’elle y gardait tout le temps consacré à honorer la sainte enfance de Notre-Seigneur. Elle a continué ces pieuses pratiques jusqu’à son entrée à l’Hôtel-Dieu. De temps en temps, dans la journée, elle se renfermait dans son petit oratoire pour y épancher son cœur dans la prière, mais toutefois sans jamais manquer à ses autres devoirs. Bientôt cet attrait pour la prière devint si grand, qu’il lui fut impossible de vivre sans prier.

Pour se soutenir, dans la vertu, Adèle ajouta à la prière la lecture des bons livres. Après avoir parlé à Dieu au fond de son cœur, elle trouvait ses délices à l'entendre parler à son tour dans les livres. Sa petite bibliothèque était composée de quelques livres de la bibliothèque paroissiale; elle la grossit plus tard des livres qu’elle obtint en prix. Mais autant elle avait de

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goût pour les bons livres, autant elle avait d’horrenr pour ceslivres mauvais, qui ne sont propres qu'à ébranlerla foi etles mœurs, et qui font tant de ravages dans les familles. Jamais elle ne souff-it dans sa bibliothèque aucun livre suspect ni même frivole. Si quelquefois on linvitait à lire de ces sortes de livres : « Non, non, disait-elle, je n’ai pas le temps; tout mon tenips est pris par la prière, par les travaux du ménage, par la préparation de mes leçons. Quand j'aurai fini tout cela, alors je verrai ce que j'aurai à faire. » Lire de ces livres eût été à ses yeux une perte de temps. Tous ses loisirs étaient consacrés à lire et à méditer les ouvrages qui pouvaient l’instruire et l’édifier. Ses livres préférés étaient les Actes des apôtres, les Actes des martyrs, l’/ntroduction à la vie dévote, et un ouvrage du Père de Gérambe : L'éternité s’avance, et nous n’y pensons pas. Elle aimait particulièrement à lire la Vie des saints, et surtout de ceux dont on faisait la fête. a Quand j'étais chez mes parents, disait-elle un jour à une des sœurs de l’Hôtel-Dieu, j'aimais beaucoup la lecture de tous les livres de piété, mais surtout la Vie des saints et principalement la Vie des jeunes vierges. Comme j'avais une mémoire heureuse, mon esprit était toujours rempli de ce que j’avais lu. » Son cœur s’enflammait dans ces lectures. Semblable à sainte Thérèse, qui, dès l’âge de sept ans, avait puisé dans le récit des souffrances des martyrs le désir de mourir pour Jésus-Christ, la petite Adèle ne respirait que dévouement et sacrifice. Voici en quels termes s'exprime à ce sujet une de ses anciennes compagnes d’école, actuellement religieuse : « Pendant que j'allais à l’école avec Adèle, j'ai remarqué qu’elle aimait beaucoup à lire la Vie des saints. Lorsque le soir, après la classe, nous allions jouer ensemble, elle me proposait d'en lire quelques pages, et choisissait de préférence la vie du saint dont on faisait ce jour-là la fète. Dans ses con.versations, elle aimait à s’entretenir des traits qui l’a-

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vaient le plus frappée, cc qu'elle faisait d’une manière si agréable, que nous trouvions vraiment du plaisir à converser avec elle. Elle portait une sainte envie aux saints qui ont eu le bonheur de mourir martyrs. Donner sa vie pour la défense de sa foi lui semblait une des plus grandes faveurs du Ciel. Elle me disait souvent : « Oh! que je voudrais bien avoir vécu au temps des « persécuteurs de l'Église ! combien d'enfants à notre « âge ont eu alors le bonheur de donner à Notre-Sei- « gneur jusqu’à la dernière goutte de leur sang ! Il me « semble que je serais si heureuse de souffrir la mort « et tous les tourments par amour pour le bon Dieu. » C’est ainsi qu'Adèle nourrissait et entretenait sa ferveur. Elle trouvait la vie là où d’autres jeunes filles trouvent la mort, parce que au lieu de lire de bons livres elles se repaissent de ces productions funestes qui ne devraient jamais se trouver entre leurs mains.

Adèle ne se contentait pas de la prière et des lectures pieuses, Elle fréquentait encore les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Dans ce bain salutaire, avec cette manne viviliante, elle trouvait le moyen, nonseulement de se soutenir, mais de croître en ferveur, et de courir sans s'arrêter jamais, comme nous le verrons par la suite, dans les sentiers du saint amour et de la plus haute perfection. De plus elle continuait à assister au catéchisme. Bien des enfants, après leur première communion, où du moins quand elles ne vont plus à l'école, ne paraissent presque plus au catéchisme, et perdent ainsi l'instruction religieuse qu'elles avaient acquise dans leur première enfance. Adèle eut garde d’en faire autant. Les réunions du catéchisme se prolongeant après la première communion et la confirmation, elle fut heureuse d'en protiter pour conserver les connaissances qu’elle avait acquises, et perfectionner les qualités de son cœur. Elle croyait d’ailleurs avec raison que de cette manière il lui serait plus facile d'entrer à la Persévérance et d’en retirer des fruits.

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