LIVRE If
Le zèle d’Adèle à prendre les moyens de se forlifier dans la vertu n’avait d’égal que le soin qu'elle mettait à éviter les écueils contre lesquels elle aurait pu se briser et faire, comme tant d’autres, un triste naufrage. Elle comprit de bonne heure, non-seulement le danger d'abandonner les pieuses pratiques qui lui avaient été suggérées, mais aussi le péril des mauvaisescompagnies, de l’oisiveté et des parures mondaïines. On lit dans la vie de sainte Thérèse qu'après la mort de sa mère, s’étant liée d’amitié avec une parente remplie de l'esprit du siècle, elle changea tellement de conduite, qu’on ne la reconnaissait plus. Adèle, toujours fidèle aux recommandations de ses parents et de ses maïtresses, évita de tomber dans ce piége. Jamais on ne la vit dans les assemblées du monde : les bals, les spectacles, les promenades, jeux publics ou autres divertissements dangereux. Aussitôt qu’elle s’apercevait que la société de quelqu’une de ses compagnes était pour elle une occasion de péché, ou seulement pouvait la détourner de la vertu, elle l’évitait comme la peste. Elle fuyait avec un égal soin l’oisiveté, qui est la mère de tous les vices. Jamais dans la famille on ne la vit désœuvrée. Ayant la plus haute idée du prix du temps, elle évitait de ne rien faire ou de faire des riens. « O maman, disait-elle quelquefois, que le temps est précieux ! je ne veux pas en perdre une minute. » En effet, elle n’en perdait aucune, s’occupant toujours, soit à lire, soit à prier, ou même à chanter de pieux cantiques, où elle se délassait en épanchant son cœur. Ne se sentant aucun attrait pour les bagatelles, ni même pour ce qu’on appelle les arts d'agrément, qui peuvent avoir quelquefois leur utilité, mais qui trop souvent consument inutilement un temps considérable, et exposent les jeunes personnes à perdre l’habitude si salutaire du travail et à être à charge à leur famille, Adèle se tenait toujours éloignée de ces passe-temps frivoles. La vue de tant de jeunes filles qui, en s’y livrant, avaient senti
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