‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 151 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

manne céleste était pour elle comme un supplément de la vision béatifique qu’elle attendait. La nuit qui précéda le jour de sa mort, elle montra ce désir ardent qu’elle avait de s'unir à son Dieu par la sainte communion jusque dans son délire. La sœur qui la veillait remarqua que, dans les instants d’agitation, elle promenait ses regards de côté et d’autre, disant : « Ils ne

sont pas encore arrivés! ils ne sont pas encore ar-

rivés !.. » La sœur, comprenant qu’elle voulait parler de la sainte communion, qu’on devait lui apporter le lendemain, lui dit : « C’est votre Époux que vous désirez? Tranquillisez-vous, chère sœur ; patience ! Il ne se fera pas longtemps attendre. Il est déjà deux heures; à cinq heures il viendra, comme au jour de son entrée triomphante à Jérusalem, vous visiter encore une fois et satisfaire vos saints désirs. » Alor: la mourante la regarda avec le sourire sur ses lèvres expirantes; ses

yeux abattus reprirent un instant leur éclat, et la joie

qui se reflétait sur cette figure moribonde fit voir qu'en effet son âme ne cessait jamais de soupirer après son Bien-Aimé.

Enfin arriva le jour tant désiré. Le dimanche des Rameaux, qui, cette année, tombait le 13 avril, la malade entra dans une espèce d’affaissement vers onze heures du matin. Les sœurs accoururent, croyant qu’elle touchait à sa dernière heure. Étant revenue de cette grande faiblesse, et voyant ses chères sœurs autour de son lit, elle leur dit, avec un sourire de prédestinée : « Oh! que tout ce que j’ai souffert jusqu’à présent est peu de chose! Tout cela ne me parait plus rien maintenant. Oh ! que je suis heureuse ! Mon Dieu, aurai-je le bonheur de mourir aujourd’hui ? Qu'il me tarde d’aller à vous, d mon Époux ! Je demande pardon de tout mon cœur à toutes mes sœurs des peines que je leur ai causées. Je les conjure toutes de vouloir bien prier pour moi. » Ensuite elle baisa successivement avec amour les plaies de son crucifix, qu’elle tenait

sans cesse à la main, ainsi que son chapelet et quelques autres petits objets de dévotion, et demeure dans le repos.

A deux heures et demie, elle put encore se confesser, en témoignant tout haut les plus vifs sentiments de contrition et de pénitence.

Vers les trois heures, il lui survint une crise trèsviolente, pendant laquelle ses sœurs s’assemblèrent de nouveau autour de son lit pour recevoir son dernier soupir. Ce fut le moment le plus solennel de toute cette longue maladie. On vit tout à coup cette âme forte se roidir contre la souffrance; et, montrant que l’amour est plus fort que la douleur et que la mort même, elle s’écria d’une voix vibrante et accentuée :

« O Jésus ! Ô Marie ! ô Joseph ! venez me chercher. O mon Dieu, que vous êtes bon ! oh! que vous êtes bon pour une misérable créature comme moi |.

« Oh! protégez cette chère communauté, qui a été si bonne pour moi !.…

« Je mm’en vais; je quitte la terre. Adieu, mes sœurs! Adieu, bon père, qui avez pris soin de moi! Je m'en vais à Dieu!

« O Jésus! on ne vous connaît pas! Ah! si on savait combien vous aimez les hommes! Oh! qu’il est doux de souffrir pour vous!... Quelle joie à la mort d’avoir souffert et de vous avoir été fidèle !.…

« O vie cachée! vie d’anéantissement !.… vie divine !.….

« O sainte Famille, venez me chercher !... O mon cher Benoit-Joseph, venez aussi me chercher !.…. »

P,5, se tournant vers la statue de Notre-Dame-de- Pitié, elle ajouta, toujours sur le même ton et avec le même accent :

« O Notre-Dame-de-Pitié, qui êtes venue me visiter! vous dont les larmes doivent sauver le monde, que je vous ai de reconnaissance !... O mes sœurs, honorez Marie désolée! Pour moi, je m’en vais... O mon

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