‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 152 sur 162 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Dieu ! je ne veux qua votre sainte volonté. Je ne voudrais pas devancer d’une minute l’heure de ma mort. » |

Ces paroles, qu’elle prononça avec une force étonnante, semblaient porter avec elles le cachet d’une inspiration divine. Elles pénétraient jusqu’au fond de âme, et il était impossible de les entendre sans fondre en larmes. Elles furent recueillies avec soin par les Sœurs comme un souvenir impérissable de la plus sainte mort dont elles aient été témoins.

Ayant parlé ainsi sur un ton très-haut et bien sou— tenu pendant près de dix minutes, elle repiit sa tranquillité ordinaire, s’entretenant avec son Dieu et répétant avec amour : « Je m’en vais à mon Père. Je m’en vais à mon Père. Venez, Seigneur !.… Jésus, venez!... »

A cinq heures, elle eut encore une crise très-violente, pendant laquelle elle demeura les bras levés vers le ciel, qu’elle regarda attentivement pendant plus d'un quart à heure, tenant de sa main droite son crucifix, qu’on s’efforçait en vain de lui ôter, de crainte qu'elle ne se blessât.

Jusque-là elle avait demandé souven: un peu d’eau, étant consumée par les arüeurs de la fièvre. Son confesseur lui ayant dit : « Ma fille, unissez votre soif à celle de Notre-Seigneur, qui n’eut pas même une goutte d’eau pour se rafraîchir. » Elle ne demanda plus à boire, et remerciait quand on lui en ofiraï‘.

Ces deux colloques avec Jésus continuèrent ainsi jusqu’à neuf heures trois quarts, où son âme innocente se détacha enfin de son corps virginal pour s’envoier dans le sein de Dieu, et se réunir au chœur des vierges qui suivent l’Agneau partout où il va.

Sa mort plongea dans l’admiration toute la communauté, qui se glorifiait d’avoir possédé un si riche trésor et d’avoir vu mourir une sainle.

Ses funérailles eurent lieu trois jours après, le

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46 avril, le mercredi saint, jour anniversaire du bienheureux Labre, qu’elle avait beaucoup honoré, à cause de son amour pour la pauvreté et l’abjection. Ce grand serviteur de Dieu était mort l’an 1583, le 46 avril, qui, cette année, tombait aussi le mercredi saint. La malade, avant sa mort, parlant à son confesseur de son bien-aimé protecteur, avait elle-même fait remarquer cette coïncidence; car, même dans sa maladie, elle suivait exactement d'esprit et de cœur les fêtes de tous les saints et saintes que l’Église honore dans le cours de l’annéc.

Dès que la nouvelle de sa mort se fut répandue, toutes les personnes qui l'avaient connue rendirent à l'envi témoignage à sx vertus, disant hautement qu’une sainte venait de mourir. Plusieurs ont avoué qu’ils ne pouvaient se résouure à prier pour elle, se sentant bien plutôt portés à se recommander à ses prières.

Dans une réunion de ses anciennes compagnes du catéchisme de Persévérance, quand on rapporta les détai!: de sa mort : « Personne, dit l’une d’elles, ne fut surpris d’une si belle mort, tant nous avions une haute idée de sa sainteté. »

Cette option fut encore confirmée par ce qui se passa après sa mort; Car son corps demeura exposé deux jours et deux nuits dans l’infirmerie, sans qu'il s’en exhalât aucune odeur cadavéreuse.

Bien plus, huit jours après son inhumation, trois sœurs étant descendues dans le caveau et ayant ouvert son cercueil pour en retirer un reliquaire avec lequel on l’avait ensevelie, ne furent pas peu surprises quand elles trouvèrent le corps sans aucune odeur, ni aucune marque de dissolution. Ses membres étaient flexibles ‘orme ceux d’une personne vivante.

Le? mai suivant, la supérieure ayant chargé une religieuse de l’Hôtel-Dieu de :ecueillir immédiatement des notes sur la sœur Cculombe, il arriva que

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