LIVRE II
« ment tous les moyens de t’amender; si tu ne le fais « pas, tremble ‘pour ton avenir, » Puis, pour achever de me décider, prenant une petite statue de la sainte Vierge, qu’elle avait toujours sur elle : « Accepte cette « petite statue, ajouta-t-elle, mais ne dis à personne « que jete l'ai donnée. Tu diras souvent à la sainte « Vierge, surtout quaud tu seras tentée : Ma bonne « Mère, ayez soin de moi, soyez ma gardienne. » Ce dernier acte de charité acheva de me gagner et mit le comble au respect, à l'affection que j'avais déjà pour cette fille chrétienne, ou plutôt pour cet ange de la terre. » Tel est le récit simple et naïf de cette compagne; il peint mieux que ne pourraient le faire toutes les paroles, le zèle prodigienx que déployait déjà cette bénite enfant pour la sanctification du prochain. Noncontente d’avoir ramené à la vertu ses compagnes qui en étaient éloignées, elle prenait tous les moyens de les y affermir : conférences pieuses, sages remontrances, supplications même. «Adèlen’aimant pas à sortir, raconte cette même compagne qu’elle était si bien parvenue à changer, j'allais la trouver chez elle. Alors, me tirant à l’écart sur la galerie de la maison, car elle craignait les louanges que pourrait lui attirer sa conduite, elle me parlait du bon Dieu, du bonheur qu’il y a à le servir. Comme elle était toute remplie de piété, les choses qu’elle me disait me touchaient vivement. Elle assaisonnait ses réflexions de traits si bien choïsi., que je ne pouvais m'empêcher d'être de son avis. Je sortais de ces entretiens le cœur tout embrasé du désir de me sanctifier. » Quelquefois sa charité triomphant de son humilité, Adèle oubliait ce qu’on pouvait penser et dire d'elle, pour remplir ce qu’elle croyait être son devoir. « Un jour, dit une de ses compagnes d’enfance, nous étions plusieurs enfants ensemble, nous parlions de nos petites peines. Chacune faisait son histoire : celle-ci se plaignait de sa mère, qui la réprimandait trop; celle-là trouvait que ses
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parents lui donnaient trop d'ouvrage; je m’échappai moi-même à dire que le bon Dieu avait fait les vieux et les vieilles pour faire souffrir les jeunes. Adèle, sortant alors de sa douceur ordinaire, et sans s’embarrasser de la bonne opinion que pourraient faire concevoir d'elle ses paroles, jeta sur moi un regard expressif, et, ne pouvant retenir sa peine : « Pourquoi « donc parler ainsi? me dit-elle; tu n’as pas sans doute « réfléchi à ce que tu viens de dire?» Puis, se tournant vers les autres : « Soyons donc plus respec- « tueuses, ajouta-t-elle, pour les personnes âgées, « surtout pour nos parents. Pensons que Dien nous a « fait un commandement exprès de les aimer et de « les respecter. Ils peuvent avoir leurs défauts; mais « ne font-ils pas assez de sacrifices, ne se donnent-ils « pas assez de peine pour que nous les estimions ? « Pour moi je ne voudrais pas les contrister, et encore «a moins les mépriser. Un enfant, continua-t-elle avec « un ton plus élevé, ne doit jamais voir les défauts de « son père ou de sa mère. » C’est ainsi que cette vertueuse enfant rappelait à la pratique de leurs devoirs celles de ses compagnes qui s'en éloignaient.
Si quelqu’une, trouvant ses observations peu de son goût, semblait lui en témoigner son ressentiment, Adèle, avec une humilité qui allait au cœur, se mettait à ses pieds pour regagner sa confiance et lui faire comprendre que sa charité seule avait dicté ses paroles. « Ma chère amie, écrivait-elle à une de ses compagnes que ses remarques avaient ainsi froissée, que t’ai-je done fait pour que tu me fuies? qu’as-tu donc à me reprocher? peut-être de t'avoir grondée l’autre jour. Eh bien, je te demande pardon, si je t’ai fait de la peine. Je ne puis penser que j’ai peut-être manqué à la charité sans en éprouver de la douleur. Mais, chère amie, sois bien persuadée que monintention n’était pas de te chagriner. Oh! non, car je ne veux: que ton bien. Mais enfin, si je t'ai déplu, pardonne-moi. Le bon