‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 20 sur 162 · LIVRE Il · texte numérisé non relu

LIVRE Il

n’était pas bonne, sa charité en fut alarmée. Elle lui envoya ce petit billet : « De grâce, ne va donc plus avec M'e N., car c’est une mauvaise amie qui te dissipera; ne va plus avec elle. Si je n’y avais pris garde, elle m’eût entraïinée aussi. Je lui ai déclaré que tant qu’elle ne changerait pas de conduite, je ne voulais plus de sa compagnie. Fais-en autant. »

Mais c'était surtout dans ses conversations qu’Adèle montrait ce zèle qui ne lui laissait, pour ainsi dire, aucun repos; C'était là aussi qu’elle avait le plus de succès. Une parole sortie de sa bouche produisait souvent une impression ineffaçable. IL Y eut même de ses compagnes qui furent entièrement changées à la suite de ces pieux entretiens. On en cite une entre autres dont la conversion est trop remarquable pour ne pas la rapporter ici. C’était une: enfant d’une humeur ficheuse et de plus extrèmement dissipée. Ses maitresses avaient inutilement essayé tous les moyens de la ramener à d« meilleurs sentiments; elle semblait incorrigible. Comme elle appartenait à des parents pauvres, elle était ordinairement mal habillée. Tant de motifs auraient pu en rebuter une autre; mais ils furent pour Adèle antant de titres à sa charité. Elle entreprit donc de la convertir. Dans ce dessein, elle saisit toutes les occasions de lui adresser quelques bonnes paroles, et de l’exhorter à être plus sage et plus docile. Celle-ci, surprise et presque fâchée de tant de poursuites, finit par lui dire : « Mais, Adèle, que me veux-tu donc? — Je veux ton bien, » répond la charitable enfant. Cependant la conversion n’avançait pas beaucoup. Adèle ne se découragea point. Voyant toutes ses remontrances sans effet, elle résolut de tenter un dernier coup : ce’ fut de conduire sa compagne aux pieds de la très-sainte Vierge, et de la lui recommander. Cette démarche æéussit pleinement. Écoutons parler elle-même cette compagne, qui se plait à glorifier maintenant son aimable bienfaitrice, à laquelle

elle se croit redevable de son bonheur. «Il y avait longtemps qu'Adèle me faisait des avances pour m'engager à sortir de mes mauvaises habitudes; mais je restais insensible. Ni ses bons exemples, ni ses salutaires avis n'avaient pu me déterminer à changer. Adèle pourtant ne m’abandonna pas. Après avoir épuisé tout ce que sa charité ingénieuse avait pu lui suggérer, elle s’adressa à la sainte Vierge, ce qu’elle ne faisait jamais en vain. Un soir donc, elle me dit : « Viens; nous « allons aller à Bon-Secours. » Je la suivis. Chemin faisant, elle m’exhortait à recourir à cette bonne Mère. « Oh! que la sainte Vierge est bonne! me disait-elle; « je l'aime, mais je voudrais l’aimer d'avantage; je « voudrais te la faire aimer aussi à toi. Je ne sais pas « comment on ne peut aimer une si tendre Mère; elle « a tant fait pour nous, ayant sacrifié ce qu’elle avait « de plus cher au monde : son divin Fils ! » Lorsque nous fûmes arrivées à l’église de Bon -Secours, elle ajouta presque en me suppliant : « Nous allons entrer « dans son sanctuaire : promets-moi, quand tu seras « aux pieds de son image, de lui jurer fidélité. Dis-lui « detout ton cœur: Ma bonne Mère, je voudrais bien « vous imiter et devenir bonne, mais je ne le puis par « moi-même; daignez donc m’en obtenir la grâce! » Ses paroles firent sur moi une telle impression, que je me trouvai tout hors de moi-même. Arrivée à l’église, je ne pus penser à autre chose qu’à ce qu’elle m'avait dit. Alors je me sentis si émue, qu’il me fut impossible de résister. Au sortir de l’église, cette chère compagne, voyant que j'étais touchée de la grâce, me dit : « Jus- « qu’à présent tu as été bien méchante; tu as fait sou- « vent de la peine à nos maïtresses, tu as mal édifié « nos p'tites compagnes ; il faut que tu mènes une « autre vie. » Comme je semblais hésiter encore, cra1gnant de n'être pas capable de faire ce qu’elle me demandait : « Prends garde, me dit-elle d’un air sé- « rieux, d’abuser des grâces de Dieu. Tu as présente-

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