CHAPITRE TI
Adèle s'applique à la mortification et à la méditation,
La mortification et l’oraison sont les deux ailes qui élèvent sans cesse vers Dieu l’âme chrétienne. Adèle s’en servit, dès qu'elle put en comprendre l’importance, pour s'élever par degrés à la sainteté éminente à laquelle Dieu l’appelait. On vit constamment en elle l’action de ce double esprit qui l’inclinait sans cesse d’une part à mortifier la nature, de l’autre à s'unir à Dieu par l’oraison.
Sa mortification cependant ne consista jamais en de grandes austérités. Bien qu’elle respectât les attraits des autres, ce ne fut jamais le sien. Elle faisait surtout consister la mortification à porter avec joie et amovr les croix de la Providence, c’est-à-dire celles qui étaient attachées à sa condition, à ses fonctions et à mille circonstances qui contrarient à chaque instant la nature. Dans ces voies si simples et si ordinaires en apparence, les personnes qui la suivaient de près ont admiré en elle une mortitication peu commune.
D'abord elle se privait de toutes les satisfactions purement naturelles et de tous les plaisirs sensuels; et, quand elle était obligée de vaquer à des actions naturellement agréables, par exemple la conversation, les repas ou autres actions semblables, elle ne s’y portait point à cause du plaisir qu’elle y trouvait, mais uni-
quement parce que Dieu les lui commandait. Elle était toujours contente de ce qu’on lui servait à table, ne murmurant jamais, quelque chose qu'on lui donnât et de quelque manière qu’elle fût apprètée. Elle aimait même à se priver de ce qui convenait le plus à son goût. « Nous avions observé, dit sa sœur, qu’elle aimait beaucoup les pommes, car elle disait sans façon ses petits goûts d'enfant. Nous lui en donnions donc quelquefois pour lui faire plaisir, et d'ordinaire elle les mangeait, mais d’autres fois, elle en profitait pour se mortifier, en différant de les manger, comprimant ainsi les premiers mouvements de la nature; ou bien encore, elle les offrait à Dieu comme un sacrifice, consentant à s’en priver tout à fait et à les remettre entre les mains de la ma’ñan. Si je les lui demandais, ce qui m'arrivait quelquefois : « Non, disait-elle, je les ai « déjà données au bon Dieu; c’est une offrande qui « ne m'appartient plus. » A mesure qu’elle avançait en âge, elle croissait aussi en mortification, et, revenant sur le passé, elle se reprochait les petites sensualités qu'elle s'était permises dans sa première enfance. «Oh! que j'étais gourmande quand j'étais jeune ! disaitelle. A présent il faut que j’en fasse pénitence et que je me mortifie, »
Adèle ne se plaignait jamais de rien, ni du temps ni de la saison. Respectant la Providence en toutes choses, elle ne disait jamais : Il fait trop chaud ou trop froid, mais se plaisait à admirer et à faire admirer l’ordre des différentes saisons de l’année qui se succèdent avec tant de régularité. On se plaignait quelquefois devant elle de cette neige qui couvre si longtemps le Canada. Adèle, au lieu de se récrier, trouvait là une occasion précieuse de s'élever à Dieu : « J'aime cette neige dont vous vous plaignez, disait-elle; elle convre la terre d’un tapis blanc, et ainsi elle est pour nous une image de la pureté qui doit orner nos âmes. Oh! s’écriait-elle, comme toutes les âmes devraientêtre pures en cepays!»
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