LIVRE II
sans être profondément touchée. » Plusieurs de ses amies ont avoué qu'elles cherchaïient à se mettre derrière elle pour jouir de la vue de son recueillernent et mieux protiter de ce bel exemple de respect dans le lieu saiut. Ce respect ne se démentit jimais, même lorsque plus tard elle écrivait dans l’église, et que, selon l’1sage , elle prenait des notes pendaut l'instruction du catéchisme, ce qui est assez souvent une occasion de dissipation pour les enfants moins sages; mais Adèle savait concilier ce travail avec les sentiments de religion dont elle était péuétrée. Quelquefois M. le catéchiste l’interrogeait pendant l'instruction ; Adèle interrompait aussitôt son écriture, se levait, répondait, puis reprenait ses notes, faisaut tout cela avec tant de modestie, qu'on s’apercevait sans, peine qu’elle ne perilait pas de vue la présence de Notre-Seigneur au saint Sacrement. Quand elle voyait ses voisines manquer de respect dans l’église, en parlant ou en se préoccupant trop de leurs notes, elle les reprenait avec douceur, leur faisant signe qu’il fallait éviter la dissipation et respecter Notre-Seigneur présent dans le saint tabernacle : « Si vous étiez, disait-elle, devant un roi de la terre, vous ne vous permettriez pas la moindre impolitesse ; à plus forte raison, dans la maison de Dieu, on doit se reprocher la plus légère irrévérence, comme de parler, marcher, s'occuper de ce qui se passe autour de soi. » Un jour, sa sœur, qui l’avait accompagnée à l’éxlise de la paroisse, l’invita à passer du côté de la chapelle Saint-Amable, pour y voir les tentures qu'on y préparait pour le Jeudi saint; elle s’y refusa, et, en sortant, elle lui dit qu’il fallait éviter de marcher ainsi et de regarder par curivsité dans l'église, qui était uniquement destinée à la prière.
La dévotion envers l’adorable Eucharistie la portait à entendre la sainte messe tous les jours, quand elle le pouvait, avec les sentiments de la foi la plus vive. Elle l’entendait ordinairement sans livre, méditant
62 VIE D'ADÈLE COULOMRE.
sur les mystères de Notre-Seigneur, et principalement sur la Passion. Durant cette action la plus sainte et la plus sublime de la religion, elle paraissait tout absorbée en Dieu. « Quand j'avais le bonheur d'entendre la messe a\ec elle, dit une de ses amies d'enfance, je sortais de l’église toute remplie de piété; sa conversation au sortir de l’église, pleine de foi et d’humilité, me portait à suivre son exemple et à marcher sur ses traces. »
Rien n’égalait toutefois le désir qu’elle avait de la sainte communion. Ce désir augmentait en elle à mesure qu’elle avancçait dans la vertu Ayant horreur des distinctions, elle ne communiait d’abord que tous les mois ou tous les quinze jours; maïs ensuite son directeur, voyant en elle un si vifattrait pour la sainte Table, joint à une vie très-innocente, lui permit de communier tous les huit jours, et enfin presque tous les jours. Ce qui frappait cependant davantage en elle, ce n était pas tant la fréquence de ces communions que le soin qu'elle mettait à s’y préparer. Elle purifiait sa conscienre tous les huit jours, en approchant du sacrement de Pénitence. « Je sus, raconte une de ses anciennes amies, qu’elle faisait ses examens avec le plus grand soin, se reprochant les plus petites fautes, et sa contrition était si vive qu’elle paraissait même à l’exté= rieur. À la voir, on eût cru qu'elle apportait de grauds péchés au saint tribunal, l'Ésprit-Saint lui faisant voir une grande injure dans les fautes les plus légères. Sa méthode, pour s’exciter à la contrition, était, selon qu’on le lui avait appris, de faire trois stations : l’une dans l'enfer, l’autre au ciel, la troisième sur le Calvaire. Elle m’enseignait à moi-même la manière de faire mon examen et de m’exciter à la contrition, m’exhortait à faire aussi les trois stations, me disant à ce sujet des choses si touchantes, que je ne pouvais retenir mes larmes. J'étais toute surprise alors de moi-même, car j'étais bien légère et ne pleurais presque jamais. » Après s’être ainsi pufifiée dans le bain
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