LIVRE Il
sacré de la Pénitence, Adèle allait à la sainte commu nion, mais avec un air si angélique et le cœur rempli de si saints désirs qu’on ne pouvait la voir saus être édifié. « Je me rappelle, dit une de ses compagnes, que quand elle revenait de la sainte Table, il y avait sur son visage une rougeur toute céleste et un léger sourire qui trahissaient la joie de son âme. Eïle semblait tout ahimée en Dieu pendant son action de grâces. On voyait que sa foi vive lui montrait Notre-Seigreur dans son cœur comme dans un sanctuaire. Je l’accompagnais souvent à son retour chez elle : son cœur surabondaït de joie. Elle me disait alors des choses ravissautes, mais me recommandait de n’en rien dire, non plus que de ses communions, tant elle craignait d’attirer sur elle les regards. »
Sa teudre piété la ramenait encore au pied dés tabernacles dans le cours de la journée, afin d’y faire une ou plusieurs visites au saint Sacrement. Elle ne pouvait compreudre comment les personnes qui communient ont quelquefois le courage de se dispenser de leur action de grâces, et mème de cette visite. Pour elle, son bonheur était de se “etrouver ainsi auprès de Notre-Seigneur; elle y trouvait tant de délices qu’elle eût voulu en rendre toutes ses petites compagnes participantes, la charité la poussant toujours à communiquer aux autres les biens dont elle jorissait. Voici ce que raconte à ce sujet la compagne qu’elle avait pris à tâche de convertir : « Un jour, au sortir de l’école, Adèle me dit: « Viens ; allons ensemble faire une visite « au saint Sacrement. » Moi, qui ne savais pas Ce que c'était que de faire une visite au saint Sacrement, je Jui dis: «Que veux-tu dire ? qu'appelles-tu faire visite « au saint Sacrement?» Alors Âdèle de me l’apprendre et de me l’expliquer chemin faisant. « Notre-Seigneur, « me disait-elle, est dans nos tabernacles comme un « bon père qui attend la visite de ses enfants, comme « un roi dans son palais pour nous donner audience à
« chaque instant du jour. Nous allons donc faire visite « à ce bon Père. Quand tu seras devant lui, tu com- « menceras par l’adorer, reconnaitre ses perfections et «ton néant; tu lui demanderas ensuite tout ce qui « t'est nécessaire. » Elle me développait ainsi, avec une facilité surprenante, tout ce qu'il faut faire dans une visite au saint Sacrement. C'était vraiment une chose édifiante de voir ainsi deux enfants s’occupant du bon Dieu par les rues, au milieu de tant de grandes personnes insouciantes de leur salnt, qui passaient à côté de nous toutes remplies des affaires de ce monde, Une fois arrivée à l’église, Adèle entrait dans son banc et ne remuait plus. Elle ne se détournait que pour voir sije m’occupais à prier et si je mettais en pratique les avis qu’elle n'avait donnés, ou si je disais le chapelet qu'elle m’engageait à réciter, afin d'éviter de perdre le temps. Pour moi, je la regarilais aussi, mais, la voyant toute plongée dans une adoration profonde, j'avais honte de me sentir si froide. Adèle, continue la même compagne, ne lisait presque jamais quand eile faisait ainsi visite au saint Sacrement ; elle passait tout son temps à méditer et à produire des affections. Ordinairement ses visites ne duraient guère qu’une demiheure ou trois quarts d'heure au plus, non pas qu’eile s’ennuyât à l’église, car les moments qu’elle y passait étaient pour elle le temps le plus doux et le plus agréable, maïs parce qu’elle avait pour maxime de ne jamais faire de dévotions au détriment de ses devoirs, et elle ne pouvait rester plus longtemps à l’église. Elle se retirait donc dès que le moment de le faire était arrivé. Elleeñütcraintd’ailleurs,enrolongeantses visites, de se faire remarquer. Une fois cependant elle fut plus longue que de coutume, et je ne pus m'empêcher de m'en plaindre. « Adele, lui dis-je, qu'avais-tu donc « aujourd'hui? Pourquoi es-tu restée si longtemps à « l’église? je t'avoue que je me suis bien ennuyée. » Adèle merépondit doucement: « Hélas ! comment peux-
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LIVRE I. 65 « tu donc t'ennuyer avec le bon Dieu?» Puis, me parlant de ses amabilités, de ses perfections infinies, elle me disait des choses si belles que, quoique je ne fusse pas dévote, j’en étais tout attendrie; sa conversation était si charmante , que j'avais peine à me séparer de cette chère compagne, et quand je la revoyais et entendais, c'était toujours avec un nouveau plaisir. »
L'amour d’Adèle pour la visite au saint Sacrement
lui inspira un amour spécial pour l’as-ociation à l’Adoration perpétuelle, qui procure à Notre-Seigneur une suite continuelle d’adorateurs devant nos tabernacles. Aussitñt qu'elle eut fait sa premiere communion, elle s’empressa de s’y faire i'srire. Là, comme partout ailleurs, elle exerçait son zèle pour y en adjoindre d’autres. C'était.surtout au temps des Gaarante Heures, qui ont lieu à la paroisse les trois jours qui précèdent le carème, que son zèle redoublait pour procurer à Notre-Seigneur des adoratrices qui voulussent bien s’assucier à elles. Des le carnaval de 1846, qui suivit sa première communion, elle ne manqua pas d’en faré la proposition à la petite compagne qu’elle avait ramenée à la vertu. « Adèle, dit celle-ci, savait qu’elle aurait quelque peine à vaincre mes “épugnances; aussi s’était-elle armée des raisons les plus puissantes pour me décider. Elle me les présentait d’une manière si forte, qu’il était imipossible de résister; c'était comme un petit avocat du bon Dieu, et je pris dire qu'elle plaidait bien sa cause. « Vois, me disait-elle, comme le bon Dieu est délaissé « dans ces jours-ci, comme il est outrigé par taut de « péchés qui se commeitent! Allons donc, nous autres, « auprès de lui, pour le consoler et le dedommager de « tani d’outrages. » Puis elle ajoutait ces paroles, qui
me sont toujours restées dans là mémoire : « Si tu es
« fidèle à visiter Notre-Seigneur pendant la vie, il
« viendra te visiter à son tour à la mort. Hâte-toi donc
« d'entrer dans l’Adoration perpétuelle. » Comme
j'hésitais encore, et que je lui disais : «Il suffit que tu tion € en sais; tu prieras pour nous deux.— Non, non, ré- de s « pondait-elle; il faut t'en metire aussi; nous ue se- ÿ ven: « rons pas trop de deux. Viens donc, et donne ton l tait. « nom. » Je fus obligée de le donner. Nousallämestroue M œl: ver le vénérable M. Roupe, qui éta'f al s direc'eur de N° que l'œuvre, et Adèle ne fut contente que lorsqu'elle vit & Ce
mon nom inserit. Elle ne s’en tint pas là. La veille du 7 vai. jour qui m'avait été assigné, elle avait soin de me NU allait rappeler que c'était mon heure le lendemain, et qu’il NM met:
ne fallait pas y manquer. » 1 dela
La sienne était le jeudi, de dix à 5nze heures du S sontc matin. Comme elle voyait en tout les dispositions de la À lemei divine Providence, et non le hasard, elle aimait àcon- MN sémir sidérer dans ce jour et cette heure qui lui étaient échus | fidèle une marque de la bonté de Dieu à son égard. « Voyez, M leurs disait-elle, comme le bon Dieu se plait à tout regler M m'un
au gré de nos désirs ! Le jeudi, c’est un jour que j'aime NU et mo tant : c’est le jour de l'institution du sacrement de | Tel Pamour; puis le bon Dieu m'a donné une heure de M caché Pavant-mii que j'aime beaucoup mieux, parce qu’il pouvo ya moins de monde dans l'ézlise le matin, et qu'étaut seule je peux me livrer à mes dévotious avec plus de Ji tranquillité. » Adèle, en effet, avait, pour ainsi dire, | soif de silence et de solitude, et, sielle eût putrouver li une église où elle eût été seule, sans entendre le moindre bruit, elle l’eût choisie de préférence à toutes les autres. « Quand je suis devant les auteis, disait-elle, je voudrais ne plus rien entendre que la voix de mon Dieu. Oh! que je serais heureuse, si je pouvais trouver un profond desert où je n’entendrais plus que le murmure des vents, et où je serais seule avec Dieu seul! C’est surtout dans l’église que je voudrais être soarde et n'avoir d'oreilles que pe’: {a voix intérieure de mon bon Jé-us. » Une fois “ar: |: lieu saint, Adele paraissait immobiie, sans ylus de mouvement qu’une statue, et ainsi bien différer .. personnes qui font aiten-
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