‹ Vie d'Adèle Coulombe [microforme]Chapitre 41 sur 162 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

« font les riches pour dépenser tant de biens en baga- «telles, pendant qu’il y a tant de pauvres qui souf- « frent! » Elle avait une sorte de vénération pour toutes les misères, respectant les personnes âgées, pauvres ou infirmes, et elle ne voyait qu'avec peine quelques-unes des petites écolières en rire ou s’en moquer. Elle disait en ces occasions : « Ne parlez pas « ainsi; un jour vous serez peut-être comme elles, et « ces personnes, de qui vous riez maintenant, seront « peut-être bien au-dessus de vous dans le ciel. » Quelquefois elle exerçait sa charité jusque dans les rues. Le trait suivant, raconté par une de ses compagnes d'enfance, peut suffire à faire comprendre comment Adèle se comportait toujours à l'endroit du prochain. « C'était en 1848. Un jour que nous allions à l’école ensen:ble, nous vimes venir à nous une pauvre petite fille, bien mal vêtue, amaigrie par la misère, un petit sac à la main et demandant son pain. Elle paraissait un peu plus jeune que nous. Comme c’était en hiver, et que le froid était des plus rigoureux, i’enfant faisait peine à voir. « Adèle, dis-je à ma compagne, 2s- « tu jamais vu un enfant qui eût l’air aussi misérable ? « Dis-lui donc quelques mots pour la consoler. » Alors la chère Adèle fit signe à la petite fille, qui s'approcha de nous. « Pauvre petite, lui dit Adèle, tu vas dire que « nous sommes bien curieuses; mais dis-nous donc « ce qui l’oblige à sortir aujourd’hui? I fait trop froid « aujourd'hui pour toi, pavvre petite! » La pauvre mendiante commenca alors à nous faire l’histoire de sa misère, et, autant que je puis me le rappeler, elle ous dit qu’elle était la plus âgée des cinq enfants qui étaient chez elle; que sa mère était bien malade, que son père n'avait point d'ouvrage, ce qui l'obligeait à chercher son pain. « Ab! pauvre enfant, lui dit Adèle, dont le ‘ cœur était déja aitendri, ne m'en dis pas plus long, « var cela me éait ina. Si je pouvais donc te secourir, « que je serais contente ! Cependant j’ai quelque chose

«ici, je m'en vais te le donner. » Et elle tira une pièce de deux sous qu’elle mit dans ses mains. Si elle eût eu quelque chose de plus, elle l'aurait donné de grand cœur. N'ayant pas autre chose, elle se tourne vers moi, et, pour me faire participer à la bonne œuvre, elle me dit: « Est-ce que tu ne donneras rien? tu as « des sous pour acheter des nanaos; donne-les à cette « petite pour l'amour de l'Enfant Jésus, » C’est ce que je lis de bou cœur. Nous quittâmes la petite fille, et Adèle, la saluant avec un sourire tout céleste : «Prie bien « le bon Dieu et la sainte Vierge, ajounta-t-elle, e‘ tu ne « périras pas. » Cette parole me toucha, et je me la suis toujours rappelée. Adèle ne laissa pas passer une si belle occasion sans me faire à moi-même une petite morale, « Comme le bon Dieu, dit-elle, nous aime, « nous autres ! il nous donne tout ce qui nous est né- « cessaire, nous n'avons pas de misère comme cette « enfant. Sh ! comme nous devrions aimer un Dieu si « bon! Cette enfant n’a pas le bonheur d'aller à l’é- « cole, comme nous, et d'apprendre à le connaitre. « Soyons donc reconnaissantes. » Tels ont été les sentiments de cette admirable enfant dès ses plus tendres années que je l’ai connue : son cœur était tout rempli d'anour pour les pauvres. »

Adèle avait aussi une tendresse particulière pour les malades. De sa maison elle pouvait apercevoir ceux de l'hôpital Anglais, quand ils se montraient sur la galerie pour prendre l'air. Loin d’être dégoûtée de leur air de misère, de souffrance et de pauvreté, elle sentait le dés'r de les soulager. « Oh! disait-elle, que je vouc ‘ais pouvoir les servir et les assister! » Pour satisfa , sa charité naissante, elle allait, avec la permissiou de sa maman, visiter les malades à domicile, et Les plus misérables étaient ceux qu’elle recherchait avec plus de soin. « Je me suis trouvée plusieurs fois avec elie daris ces visites, rapporte une de ses amies.

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